La grande consultation des musulmans : Analyse & constat

Par Aïssam Ait-Yahyawww.nawa-editions.com

Vous êtes nombreux à solliciter notre avis, concernant le projet de consultation.

Comme nous l’avions dit dès le départ, en soi ce projet est une bonne chose : l’esprit d’autonomie et d’initiative de la communauté musulmane en France qui est affiché est notre credo depuis notre existence.,Chez nous, l’initiative n’est pas une solution de dépit, de l’ordre de la réaction, un plan d’action forcé par l’évolution de la situation en France, non, mais bel et bien, un fondement idéologique, une croyance assumée dès le début de nos analyses (que de temps perdu donc !) mais….

Dans les faits, beaucoup de questions et de prudence de notre part, mis à part l’aspect purement tactique et politicien qui se révèle très vite dans tout le marketing et la communication bien rodée des organisateurs de ce mouvement, de grosses zones d’ombre demeurent concernant cette prétendue ”représentativité”, car loin de représenter tous les courants et sensibilités de notre communauté, cette initiative ne semble être réduite qu’à la posture idéologique de ses organisateurs.

Et c’est ce qui est très gênant: les responsables de ce projet n’ont l’air de n’avoir retenu de leur identité musulmane que l’affiliation ethnique et culturelle, voire éthique et cultuelle. Malgré la prétendue consultation d’imams, de prêcheurs ou de oulamas, nous ne voyons pas encore la réelle valeur ajoutée islamique dans ce projet de consultation et encore moins dans leur organisation.

Si certains de ces dirigeants sont clairement de simples arabo-musulmans totalement sécularisés, les leaders ont l’air eux d’être islamo-conservateurs dans la sphère privée (?) et progressistes libéraux dans la sphère publique. Ils rêvent d’un Macron devenu aussi « muslim-friendly » qu’un Trudeau, et d’un maire musulman à Paris, aussi ”musulman” que ne l’est celui de Londres…

Et quand nous entendons dire qu’il faudrait plus de représentativité au sein de l’Assemblée législative nationale… nous constatons qu’il s’agit du même et éternel discours servi inlassablement par les collabeurs depuis les années 1990… car la demande de plus de représentativité sociale, culturelle et ethnique dans cette enceinte où domine une certaine caste (le mâle blanc de souche de + de 50 ans), peut paraître cohérente avec la foi démocratique…

Mais une représentativité ”musulmane”, ”islamique” ou prétendue comme telle dans ce temple sacré de la République où s’élabore une shari’a laïque… Là, il faudrait davantage d’explications ! Ces quelques révélations concernant la vision globale, nous font comprendre que le projet de représentativité semble être biaisé. De là à penser qu’il existerait une sorte de filtrage idéologique avec une mise à l’écart de ceux qui n’entrent pas dans le moule de cette espèce d’islam libéral que l’on essaie de nous vendre, il n’y a qu’un pas à franchir.

D’autres questions interviennent concernant l’idée et le projet final: on peut légitimement se demander si ce dernier n’avait pas été déjà pensé/préparé bien en amont et la consultation n’aurait dans ce cas servi qu’à lui donner une légitimité et enclencher une dynamique propre qui ne bénéficierait qu’aux auteurs du projet.

En sommes, nous serions en face de la même politique et des mêmes méthodes que l’État français lui-même : son plan d’organisation d’un islam de France est déjà prêt, la consultation des organes officiels ne vise qu’à donner l’apparence d’un procédé démocratique pour négocier les futures ”parts/places/positions” dans cette gestion nationale et à « prendre la température » pour évaluer avec qui « on » peut travailler et qui doit être mis de côté…

Ce qui nous préoccupe avant tout est bien la vision idéologique et politique générale des initiateurs de cette vaste consultation, le manque d’analyse à long terme et l’absence de stratégie globale cohérente avec notre identité musulmane et nos valeurs islamiques.

Certains des propos tenus lors de la conférence sont même sidérants et nous confortent dans nos craintes, bien qu’on n’en fera pas l’étalage ici, on peut illustrer le manque de réalisme et de pertinence quand l’un des responsables énonce avec force et vigueur que l’Imam de la Mosquée doit jouer un rôle central, sans même relever le paradoxe: à savoir qu’ils ont déjà un rôle central et primordial dans le dispositif de contrôle étatique du culte musulman !

Les préfets et les maires font en sorte que ces personnalités jouent à la perfection ce rôle clé ! Rôle de contrôleur, d’endormeur public, rôle de diffuseur de la propagande nationale, et de zélateur républicain prompt à faire trembler les minbars… lorsqu’un acte terroriste frappe le territoire national.

Pour des individus prétendants lutter contre des pratiques néo-coloniales, c’est un comble que de vouloir consolider des structures qui appuient déjà le contrôle de l’Etat sans régler le problème majeur qui est la mise sous tutelle des imams qui manquent par ailleurs de considération et de formation. Libérons l’imam, faisons de lui un vrai chef et leader de la communauté mais pour cela…Il faudrait une vraie mesure “RÉVOLUTIONNAIRE” !

Faire en sorte, par exemple, que les fidèles choisissent eux-mêmes les responsables des associations cultuelles – qui gèrent souvent de manière très opaque leurs mosquées – et de choisir eux-mêmes leurs imams conformément à la Sunna prophétique et aux règles islamiques.

Des responsables de mosquée (très souvent étrangers ou naturalisés français mais immigrés nés à l’étranger) qui sont parfois des agents du renseignement ”bénévoles” au milieu des professionnels qu’ils rencontrent régulièrement. La vraie mesure audacieuse serait donc de mettre en place un système de contrôle local et de renouvellement obligatoire des postes ! Ce genre de mesure ”radicale” et terriblement efficace touchant le cœur du problème n’est bizarrement jamais pensée par nos brillants cerveaux…

On pourrait aussi souligner leur grave et fausse interprétation d’un des plus importants résultats de cette consultation: le refus massif d’ingérence de l’État français dans la gestion du culte musulman massivement exprimé par les musulmans est pour eux la preuve d’un attachement au principe de Laïcité ! Cette mauvaise interprétation montre encore un complexe inconscient (?) de ces organisateurs qui se prétendent pourtant ”décomplexés” (que dans la communication…)

Il ne s’agit absolument pas de la preuve que les musulmans adhérent au principe de laïcité, mais une preuve d’une certaine maturité politique de ces musulmans qui, intuitivement et par expérience, refusent désormais l’ingérence de l’État dans l’organisation de leur culte. Les musulmans, comme leurs aïeux en Algérie jadis, demandent l’application de la stricte laïcité pour libérer le culte musulman de la tutelle de l’État.

La laïcité est donc un simple outil stratégique pouvant servir à une émancipation, mais non pas une croyance en laquelle les musulmans adhèrent par conviction ! Le nier ou ne pas oser le dire soulèvent là encore de profondes questions…

Ces petits exemples, parmi d’autres, sont typiques d’une certaine incongruité des propositions et de l’approche. Tout ceci est certainement voulu et relève d’un choix idéologique assumé. Ainsi pour nous, c’est toujours le même grand problème : analyse superficielle, vision naïve et décalée, propositions creuses et timides, voire complètement complexées entérinant un rapport de domination de notre communauté envers une élite qui veut voir perdurer des relations de type colonial. Pour nous les demandes affichées restent terriblement naïves, trop conformistes et souffrent comme toujours d’un manque flagrant de profondeur intellectuelle.

Car tel que nous analysions l’ensemble du projet et de ses acteurs, ainsi que la manière même dont ils analysent leurs propres résultats : tout cela nous montre très clairement que si le Ministère de l’Intérieur manœuvre intelligemment (et vicieusement), il pourra très aisément tirer profit de toute cette démarche en cernant très bien les objectifs affichés par les initiateurs du projets et en répondant à certaines de leurs attentes affichées (ou dissimulées) pour recréer une nouvelle génération de compromission-soumission.

Et dans ce cas: le fait d’avoir réalisé cette conférence à l’Institut du Monde Arabe, ce vecteur de la pensée néo-orientaliste et pseudo scientifique d’un islam indigénisé par la France, serait un symbole annonciateur de la très amère et future déconvenue…

Dans le fond, nous ne voyons (pour l’instant !) que la même méthodologie et les mêmes ficelles que les représentants autoproclamés de l’islam français nous servent depuis 20 ou 30 ans. Auparavant, ils affirmaient que la participation électorale était la solution pour pallier à toutes nos difficultés.

Aujourd’hui les choses ont changé, ce discours d’arrière-garde ne peut plus fonctionner, ce qui oblige ces acteurs à l’habiller avec des mots d’ordre plus en phase avec son temps et la nouvelle génération moins naïve et moins complexée. Leurs mesures et idées ont l’air plus émancipatrices, mais elles demeurent engoncées dans le même cadre d’analyse que jadis.

Et nous disons tout ceci principalement en direction de nos frères imams prêcheurs, étudiants en sciences islamiques et professeurs, que nous respectons de manière fraternelle, ceux qui ont plus ou moins participé à cette initiative, de manière directe ou non, et ont été consultés :

Nous comprenons bien que cette nouvelle initiative est très tentante. Surtout que la situation délicate et difficile en France exige mobilisation et action ! Mais elles doivent être de taille et à la mesure du problème, profondément réfléchies et non opportunistes et superficielles. Or ici ces mesures semblent uniquement cosmétiques et destinées à embellir et rajeunir un vieux discours qui cherchent à se recycler. Et nous attirons leur attention pour qu’ils réfléchissent sur ces points qui leur ont peut-être échappé.

Finalement, et pour répondre aux lecteurs :

A la question de savoir si nous avons été contactés/consultés/approchés ; la réponse est bien évidemment non. Or quand on s’aperçoit que d’autres structures/acteurs qui jouissent d’un écho bien plus grand que le nôtre (d’après leurs propres résultats) ne l’ont pas été, car sûrement considérés comme trop sulfureux, comment pourrait-on s’en étonner ?

Si certains rapports nous décrivent comme influents, et que la réalité montre bien notre influence, peut-être que certains de ”bonne foi” l’ignorent… Or ici peu nous importe le chemin pris et avec quel compagnon de route, seule la destination finale nous intéresse.

À la question de savoir quelles seront nos potentielles relations avec ce projet et si nous envisageons des contacts avec leurs initiateurs ; la réponse est que nous continuerons notre chemin sur la voie qui est la nôtre, avec deux mots d’ordre: cohérence et pertinence. Cohérence avec notre foi, nos valeurs, nos croyances, notre patrimoine et héritage, pertinence avec notre contexte, notre espace et notre temps. Nous continuerons nos analyses et notre travail de sensibilisation idéologique et politique issue de notre Croyance musulmane.

L’idée de représentation est primordiale, mais elle doit être totale et intégrale, sans chercher à faire des concessions ou donner des garanties ou des gages: la Politique (avec un grand P) est avant tout un rapport de force et non un petit deal ”je te donne tu me donnes” que les as de la com sont déjà prêts à réaliser.

Ceci dit, nous n’avons jamais fermé aucune porte, et si nous échangeons même avec des non-musulmans d’Europe et d’Amérique du Nord, comment ne pourrait-il pas en être avec tous ceux qui s’affilient à l’Islam ici en France ?

Aïssam Ait-Yahya

Manifeste judéophile et islamophobe ou pure diversion ?


Le caractère manifestement islamophobe et judéophile des termes, des intentions et des figures des personnalités politico-médiatiques dénonçant «une épuration ethnique à bas bruit» pratiquée par les « islamistes radicaux » contre les bons citoyens juifs soulèvent quelques questions.

Les questions que nous soulevons ne cachent pas le caractère odieux de l’assassinat ou de la torture de onze juifs français par quelques musulmans français ou résidents en France. Elles ne se dressent pas contre la liberté, la légalité voire la légitimité de manifester ses opinions vraies ou fausses, de déclarer ses sentiments ou ses préjugés, d’afficher ses appartenances idéologiques ou religieuses. Les questions que nous soulevons manifestent notre liberté de pensée et notre devoir de clarification pour que ce qui ressemble à une vaste opération de communication ne soit pas vécue par la communauté la plus fragile de France comme une énième stigmatisation, une énième provocation, un énième amalgame, une sempiternelle diversion…

Les questions et les réponses à un problème factuel ou narratif ne doivent pas être prisonnier d’une imagination délirante et narcissique mise en scène et livrée à la consommation de masse pour fasciner, hypnotiser, leurrer, détourner, séduire, masquer.

Le problème, ses questions et ses réponses doivent répondre à :

  • La réalité (situation objective),
  • La vérité (se référer aux positions principielles les plus universelles ou aux affirmations catégoriques et explicites d’un texte sacré religieux ou profane fondateur d’une pensée ou d’une civilisation et non à des valeurs c’est-à-dire à des jugements, des interprétations et des opinions à portée limitée en termes de durée de temps, d’étendue d’espace)
  • Le contexte dans lequel se manifestent la réalité et la vérité pour s’imprimer dans la conscience humaine ou pour s’exprimer aux autres consciences.

Le contexte international :

L’échec en Syrie et la mise en évidence de plus en plus visible et de plus en plus crédible de l’implication occidentale dans la formation, le soutien et la manipulation des groupes terroristes nommés pour la « bonne cause » « islamistes » ou « djihadistes » impose de faire diversion.

L’impossibilité de cacher les manifestations des Palestiniens revendiquant toujours leur droit au retour avec détermination et conviction et la riposte sanglante et démesurée des forces d’occupation sioniste de la Palestine. A chaque agression sioniste et à chaque effort de résistance palestinienne le monde politico-médiatique vient apporter son soutien à l’entité sioniste et il n’échappe à personne la bataille qui veut confondre l’anti sionisme et le soutien à la résistance avec l’anti sémitisme. Le ridicule de qualifier un arabe d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient pourtant sémite que le juif d’Amérique, de France ou de Russie ne tue plus personne. Cette dérive « sémantique » porte préjudice aux Juifs eux-mêmes, mais eux aussi ils sont victimes des médias et du sionisme.

La réalité :

J’ai froid au dos et j’ai les limbes qui se transforment en morve lorsque je lis ce que les notables politico médiatiques français énoncent comme vérité sacrée :

«Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans»,

«Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République»,

«Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Clemenceau.»

Le crime et le criminel comme objet de préoccupation intellectuelle n’est pas un fait nouveau, ce qui est nouveau et absurde c’est de l’imputer médiatiquement à une race, à une religion, à une communauté sans apporter de preuves scientifiques et de témoignages vérifiables et incontestables. Le crime et le criminel sont des choses graves et sérieuses, ils relèvent de la compétence des criminologistes, des juristes, des psychologues, des psychiatres. Dans le passé il y a eu des dérives racistes ou des incompétences intellectuelles pour imputer le crime à une race. Aujourd’hui la théorie dominante veut que le crime relève de déviance de la personnalité individuelle ou de troubles pathologiques que les conditions sociales, politiques, économiques et psychologiques aiguisent ou atténuent. On a montré également que l’ignorance des lois et l’irresponsabilité sociale favorisent la délinquance et le crime.

Il est du droit des personnalités ayant signé le manifeste d’exprimer leur peur ou de manifester leur sympathie pour les Juifs et leur antipathie pour les musulmans, mais il est de leur responsabilité morale et citoyenne de ne pas s’embarquer sur un terrain aussi complexe que la sociologie et la psychologie du crime. En France il y a un homme extrêmement compétent en matière de criminologie, en l’occurrence Alain Bauer, professeur de criminologie appliquée au Conservatoire national des arts et métiers, consultant national et international en sécurité, auteur d’une cinquantaine d’ouvrages sur la criminalité et le terrorisme, descendant de parents juifs. Il serait intéressant, même s’il ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique, d’écouter son avis sur les assertions infondées et floues du dit manifeste. Il serait intéressant, même si certains lui reprochent sa « proximité avec l’extrême droite » ou  sa « haine des musulmans » de voir comment il explique les connexions du crime organisé et les solutions à apporter à la criminalité au lieu de juger et de punir des communautés sans argument scientifiques, sans volonté d’apaiser et de « civiliser ». Il pourrait nous expliquer pourquoi les “islamistes radicaux” ont droit d’expression sur l’Internet pourtant surveillée, pourquoi ils parviennent à passer à l’acte alors qu’ils sont fichés et surveillés et surtout pourquoi la majorité des ces “radicaux islamisés” proviennent de la délinquance ou du crime organisé ?

La réalité que les forces de l’ordre connaissent est bien celle du nombre d’arabes, d’africains et d’étrangers assassinés en France. Objectivement aller sur ce terrain et établir des ratios est dangereux, car la plupart des crimes et des agressions ne peuvent être attribués au racisme ou à l’islamophobie. Par ailleurs les ratios ne peuvent rien signifier lorsque l’on sait que les effectifs des communautés sont incomparables, les conditions sociales des communautés sont incomparables.

A titre d’illustration de la lutte idéologique et médiatique du manifeste et de ses affirmations fallacieuses comme celle-ci :  «Dix pour cent des citoyens juifs d’Ile de France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes – ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République». Tous les gens sensés des HLM, de la sociologie, de l’administration régionale et communale, de la démographie, de la géographie savent qu’il y a un processus d’infiltration et d’exfiltration communautaire dans les cités, les écoles, les lieux de travail par l’écrémage et la ségrégation du fait des conditions sociales, du communautarisme passif (celui mené par les politiques sociales et économiques en échec d’intégration et en confusion  sur le droit à la différence qui créé de la diversité et l’obligation d’indifférenciation qui multiplie les variétés dans les mêmes moules sociaux, politiques et médiatiques cultivant le même unanimisme et le même immobilisme). Il n’y a pas que les seuls Juifs qui ont déserté les « quartiers et les écoles de quartiers », mais tous les « européens » qui ont les moyens de partir et une minorité d’arabes et d’africains qui sont parvenus à une « intégration sociale » par le revenu.

L’autre réalité qui n’échappe à personne est le nombre de musulmans et d’arabes tués par le terrorisme « islamique ». Il ne s’agit pas de « onze » personnes, mais de millions de personnes en Irak, en Syrie, en Afghanistan depuis peu. Si nous devons comptabiliser les tués par la cupidité et la voracité des prédateurs occidentaux dans le monde il s’agit de centaines de millions. On s’interroge donc sur les mobiles des signataires du Manifeste contre l’antisémitisme lorsque l’un des signataires les plus influents et les plus prestigieux a mis à feu et à sang la Libye pour spolier ses richesses, punir les peuples qui résistent à l’ordre impérial et sioniste.

L’horreur de la réalité du Manifeste est exprimée par le journaliste Claude Askolovitch, qui dans les colonnes du site Slate, dit qu’il s’agit d’ «Une mise en accusation des musulmans de ce pays, réputés étrangers à une véritable identité française, sauf à renoncer à leur dignité». Il conteste la quintessence du message qui : «fait de la lutte pour les juifs une composante du combat identitaire français, et cette identité exclut.» Il en déduit que ce texte induit que «la défense du juif implique le refus de l’islam ».

Le politico-médiatique français n’a toujours pas compris que l’échec de l’esprit français en Algérie et son idéologie colonisatrice est dû principalement à sa stupide stratégie de monter le Juif contre le Musulman, le Berbère contre l’Arabe, l’assimilé contre l’indigène…

L’autre réalité est celle de la fiction d’un Islam français à opposer à l’Islam pour civiliser le monde. Les Américains veulent une OTAN arabe qui combat les arabes, les africains et les asiatiques pour le compte de l’empire au nom d’une certaine idée (fausse) de l’Islam. Ils fondent leur fiction sur la vassalité, la terreur ou la corruption des gouvernants arabes.  Les Français, forts de leur culture et de leur intelligence, veulent mieux faire : fabriquer un Islam français puis l’exporter comme on exporte une voiture ou des pommes de terre. Les uns et les autres se croient les dépositaires légaux de l’humanité et de l’universel.

«… que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par [le concile] Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime».

«Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie»

L’Islam au service des appétits impérialistes et de l’hégémonie culturelle de l’Occident athée et matérialiste nous l’avons vu en œuvre en terres d’Islam et nous avons vu ses bouffons en France. Il faut d’abord tenter de judaïser les Juifs et de christianiser les Chrétiens que vous connaissez mieux que les musulmans que vous voulez islamiser à la mode de Vatican II. Le manifeste pro sioniste et pro Netanyhou dans son contexte est dans sa réalité intrinsèque une référence à Vatican II pour une raison stratégique : la lutte idéologique.

Le Concile Vatican II (1962-1965) est une référence majeure sur le plan géopolitique : il déclare la guerre contre l’Islam jugé unique et solide rempart culturel, moral et spirituel à l’évangélisation de la planète. Pour s’attaquer à ce rempart Vatican II va réhabiliter les Juifs du meurtre de Jésus, ouvrir les passerelles vers l’Église orthodoxe d’Orient et de Russie, unifier les slaves contre l’union soviétique, considérer les musulmans comme sans Dieu, sans Livre et sans Prophète, considérer l’Islam comme une religion asiatique à l’image du bouddhisme, une spiritualité en retrait du monde… Contre la dialectique de l’existence qui refuse le monopole et le pouvoir unique Vatican II est en harmonie avec l’hégémonie impériale qui ne reconnait pas la diversité et la multipolarité. Le Vatican II est en harmonie avec le matérialisme impérialiste : l’Évangile, parole de Jésus d’inspiration divine est reconnu comme écriture humaine. Le Vatican II correspond à l’esprit de la post modernité : ni Dieu, ni centre, mais pouvoir temporel absolu et sans partage aux mains des communicants ( du nouvel ordre mondial). Le Vatican II est l’instrument de lutte idéologique le plus redoutable : il enlève à l’Islam son caractère divin et ferme la porte à un des messages les plus forts du Coran : les falsifications des écritures saintes et les crimes contre l’homme par les élites intellectuelles et politiques des Juifs et des Chrétiens qui instrumentalisaient la religion à des fins mondaines. Il évangélise les Chrétiens dans le sens où il les fait entrer massivement dans le giron de l’Église et enfin il leur demande de se désolidariser de la Palestine léguée aux Juifs qui ont le droit de la vider de ses occupants arabes et musulmans. Les Églises orthodoxes de Palestine, de Syrie, d’Irak et du Liban ont refusé cette reconnaissance. J’ai traduit et publié des textes sur l’arabité des chrétiens et leur attachement à la cause palestinienne. J’ai écrit sur le pape Benoit XVI, sur la visite d’Obama au Caire, sur les croisades : on trouve la même stratégie et la même communication : enlever aux indigènes leur droit à la patrie et former une élite musulmane médiocre et méprisable au service de l’envahisseur. La colonisation, l’évangélisation et l’Empire ne sont pas encore liquidés. Il y aura toujours des voix et des voies pour leur expression et leur désir de conquête et de vassalisation.

Le contexte national : La crise sociale, la crise civilisationnelle, la crise économique, les retombées de l’agression contre la Libye mettent à mal la cohésion politique et médiatique ainsi que sa crédibilité. La diversion et le spectacle sont des armes de manipulation de l’opinion et de désinformation.

Dans ce contexte international et national d’exaspération et de crise tout crime relevant du droit commun et inacceptable sur le plan de l’éthique et de la morale est instrumentalisé à des fins idéologiques et politico militaires. On confisque à la Justice, à la Police et à la conscience humaine leur devoir de questeur de vérité et de réalité. Lorsque le Manifeste dit «Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard, avant que la France ne soit plus la France» nous disons que ce n’est pas ainsi que l’idéal républicain et démocratique sera restauré ou promu. On ne peut ni promouvoir ni partager ce qui est confisqué ou pris en otage.

« Une civilisation démocratique ne pourra se sauver que si elle fait du langage de l’image un stimulant pour la réflexion critique, pas une invitation à l’hypnose ». Umberto Eco

J’ai largement abordé ce thème dans l’article : Je suis une image ( https://liberation-opprimes.net/je-suis-une-image/ ). Je suis heureux de constater que malgré la désinformation il y a toujours des honnêtes gens qui osent dire “ne parlez pas en notre nom” et ne travestissez pas la vérité. Voir l’article «Mise en accusation des musulmans» ? Des voix dénoncent la tribune contre le «nouvel antisémitisme» ( https://francais.rt.com/france/50093-voix-denoncent-tribune-contre-nouvel-antisemitisme )

La vérité : La négation de l’Islam et la stigmatisation des musulmans s’imaginent occulter la vérité en déclarant :

« que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques »

Il ne s’agit pas de vérité mais de syllogisme fallacieux :

1 – Sur un plan procédurier il n’appartient pas à l’accusé d’un délit ou d’un crime de défendre mon innocence, mais il appartient à ses accusateurs d’apporter leurs preuves et leurs arguments sur sa criminalité et les incitations aux crimes de sa religion, de son idéologie.

2 – Pour l’instant ils ne produisent qu’une doxa politico médiatique qui se veut casuistique docte. La casuistique se fonde sur le principe général pour juger du particulier alors qu’ici on émet une opinion infondée et ignare pour donner l’illusion de juger le principe général (le Coran) à partir du singulier (le musulman déviant et agressif). On ne peut raisonnablement imputer au Coran et aux musulmans qui peuplent la planète les malheurs qui s’abattent sur les Juifs et les Chrétiens et se taire sur les agissements d’une secte ou d’une monarchie incitant à la haine et au crime. Il est facile de se taire sur les agissements du corrupteur et de pourfendre le faible et le sans voix.

3 – Sur le plan logique, abstraction de la réalité et de la véracité, on ne peut demander à une autorité religieuse de frapper de caducité une partie ou l’ensemble de sa référence religieuse ou doctrinale à moins qu’elle ne soit déjà dans un processus de remise en cause de ses fondamentaux ou qu’elle ne soit dans une position de vassalisation telle que le reniement identitaire et religieux ne peut être évité. Les seules autorités religieuses qui sont capables de ce reniement sont celles de l’Arabie saoudite, car elles sont inféodées à la rente et au pouvoir du sultan. Les seules autorités religieuses qui sont capables de ce reniement sont celles sur qui pèsent l’accusation de terrorisme ou d’incitation au terrorisme et qui ont contribué à l’effort de guerre occidental contre la Libye et la Syrie par leurs moratoires criminels. Les renversements idéologiques et culturels en Arabie saoudite annoncent le néo wahhabisme ouvertement sionisant ou une guerre civile entre les libéraux et les archaïques.

4 – Les Occidentaux les plus éclairés et les plus honnêtes se laissent piéger par la doxa des savants et prédicateurs musulmans ou par celle des orientalistes. Les trois grands empires musulmans, les Omeyades, les Abbassides et les Ottomans ont légué aux musulmans et aux occidentaux une culture d’empire avec ses moratoires religieux pour justifier les colonisations ou pour contrer les envahisseurs étrangers dans une époque de confrontation politique et militaire. Le religieux a été instrumentalisé à des fins politiques et historiques. On peut leur trouver une justification ou une explication comme on peut les réfuter et les critiquer cela fait partie de la pensée humaine sur la politique, les relations internationales, l’histoire, l’économique, la géographie et la sociologie. L’immobilisme et la décadence musulmane ont érigé, à tort, le patrimoine historique et le fait coutumier d’une époque singulière ou d’une géographie  particulière en dogmes religieux inviolables. La conjugaison de la tyrannie politique dans le monde musulman, de sa paresse intellectuelle et du son mimétisme religieux des Juifs et des Chrétiens a gommé le sens coranique et son caractère universel. La colonisation a accentué ce gommage en aiguisant le refus du colonisateur non seulement en sa qualité idéologique et militaire mais en sa qualité humaine et dans ses valeurs morales et sociales.

Aussi les musulmans conscients et responsables doivent prendre leurs legs religieux avec esprit critique en puisant directement dans la source du Coran et dans le comportement du Prophète (saws) pour témoigner de la vérité et vivre dans leur réalité. Ils ne doivent pas continuer à vivre en marge du monde comme des reclus ou des bannis ou des accusés qui réagissent sans peser sur leur destin et celui des autres humains. Ils doivent mettre fin au mythe du musulman parfait car l’Islam est parfait qui les rend incapables de se prendre en charge dans un monde en mouvement et dont le mouvement est alimenté par la dialectique des crises. Pour ne plus être objet de manipulation nous devons agir comme acteur avec nos moyens et nos ressources pour nous libérer de l’oppression et de l’humiliation dans ce monde et dans l’autre.

Plusieurs voies s’offrent à nous, pour ma part j’en voie quatre  :

  1. Régler le sens de l’allégeance et de l’appartenance. Pour l’homme cultivé et intelligent, conscient et responsable de sa vie sur terre, les sphères, registres et niveaux d’allégeance et d’appartenance sont relatifs, non exclusifs. Nous pouvons les concevoir et les vivre sans contradiction, sans schizophrénie et sans anarchie si nous parvenons à les définir, à les délimiter et à les agencer dans des priorités. Sur ce terrain les Juifs ont réglé leurs problèmes. Athées ou croyants, communs ou élite, ils parviennent à vivre en harmonie et à faire front en bloc à l’adversité sans bruits et avec efficacité. Toutes les communautés humaines en minorité, par la loi de l’adaptation et du changement parviennent à trouver leurs marques et à vivre au sein des autres respectés et respectueux.
  2. Comprendre le rapport des forces. Nous vivons dans un pays où la charité répond à des impératifs politiques et idéologiques, mais où aussi le respect accordé et la voix permise sont fonction du poids électoral, social, politique, médiatique, culturel et économique. Pour des raisons historiques nous sommes absents sur ces terrains et nous ne pesons rien dans le rapport des forces. Le minimum requis, même si la démocratie est dévoyée par les médias, est de participer efficacement et massivement. Il ne s’agit pas d’un vote communautariste, mais d’un vote citoyen donc utile pour la vie sociale et économique du citoyen, utile pour les libertés fondamentales, utile pour la justice, utile pour la paix. Le Halal et le Haram ont été définis d’une manière explicite par le Coran, il serait vain d’en faire des masques pour cacher notre indigence et notre paresse. On peut décider de s’abstenir de voter par acte politique et c’est un choix respectable. Le faire par motif religieux est une ignorance de la religion et une inféodation à une secte ou une allégeance à un pays étranger.
  3. S’approprier le savoir et la connaissance. En qualité de musulman je me dois de connaitre un minimum du Coran pour vivre apaisé, libre et responsable. En qualité de citoyen ou de résident je me dois de connaitre un minimum de la culture, de la géographie et de l’histoire du peuple ou de la communauté avec qui je partage le temps et le lieu de vie.
  4. Réclamer pour nous et pour les autres la liberté et le droit à la différence. Il ne s’agit pas dans nos rapports avec les autres, musulmans ou non musulmans, de nous focaliser sur les questions d’exégèse ou de rite, mais de liberté, de responsabilité, de savoir, de dignité humaine. Nous ne pouvons inviter à la foi que par notre pratique quotidienne de la vertu. Nous devons penser, dire et agir en termes de liberté et de responsabilité. Tous les énoncés coraniques où il est question de châtiment divin ou de Jihad (lutte ou plus précisément effort sur soi) ont pour vocation la défense de la liberté et de l’expression plurielle. Seul Dieu est Un, Immuable, Absolu et Parfait avec pour corollaire tout ce qui n’est pas Dieu est divers et varié, changeant, relatif et imparfait. Nos réponses et nos positions en matière de liberté et de droit à la différence ne peuvent être tactiques, conjoncturelles ou superficielles : elles découlent du credo de notre foi monothéiste.
    Tous les Prophètes autorisés à prendre les armes et tous les châtiments venant du ciel répondent au seul impératif de défendre la liberté et de refuser le monopole y compris en matière de conscience et de pensée. L’ordre coranique de tuer les Juifs n’est pas un ordre arbitraire, inique et raciste que donnerait un tyran judéophobe contre tous les juifs pour leur race ou leur religion, mais la suite logique et historique qui a été réservée à une tribu juive qui a trahi le pacte de non-agression établi avec le Messager Mohamed (saws), qui a comploté avec les Arabes oppresseurs et qui a tué les émissaires de paix envoyé vers eux par le Prophète. Contre les traitres et les transgresseurs ce ne fut pas la loi coranique qui a été appliquée, mais la loi mosaïque dure et impitoyable. Le peuple de Sodome et Gomorrhe (peuple de Loth) n’a pas été exterminé, comme le disent la Bible et certains imitateurs musulmans pour ses méfaits moraux (homosexualité), mais pour son refus de la différence de Loth qui ne pratiquait pas l’homosexualité et qui risquait l’expulsion de la cité. Il en fut de même pour le peuple de Salah dont les élites ont confisqué les terres et l’eau pour le profit exclusif des nantis. Il en fut de même pour le peuple de Choaib dont le peuple a été exterminé pour le monopole du commerce et l’usage frauduleux des instruments de pesage et de mesure. David a combattu les envahisseurs tyranniques (jabbarines). Résister à un ordre inique et lutter pour sa liberté et celle des autres y compris pour la préservation de leurs lieux de culte et de leurs temples est un principe coranique universel que pratiquent tous les hommes épris de liberté et de justice. C’est ce que nous voyons en Palestine et ailleurs dans le monde. Le châtiment divin frappe aussi tous les hommes et tous les pouvoirs qui ont une dérive démiurge comme Pharaon.

Au lieu de verser dans des formulations infondées et tendancieuses, les signataires du Manifeste auraient trouvé plus d’écho et meilleur écoute s’il n’avait pas reproduit une fois de plus le monopole de la souffrance du peuple juif comme si les autres peuples n’ont pas de souffrance, comme si les Juifs de France ne sont pas confrontés aux mêmes problèmes que les autres français. Le moment et les propos du manifeste du nouvel antisémitisme mettent l’accent sur les clivages et les haines et à ce titre ils ne servent ni les intérêts de la République ni ceux de la Démocratie ni ceux de la Liberté ni ceux de l’impartialité et de la neutralité de la Justice.

Les défenseurs laïcistes de la République et les pourfendeurs islamistes de la République tombent dans le même travers psittaciste qui consiste à répéter inlassablement, comme des perroquets savants, le même discours alors que la réalité, la vérité et le contexte les contredisent. Selon l’expression de Malek Benabi le côté pile et le côté face de la même fausse monnaie intellectuelle peuvent représenter deux figures différentes, mais représenter le même symbole de l’échange ou de l’accord. Ces termes de l’échange ou de l’accord nous les avons vu et nous les continuons de les voir dans les agissements des terroristes pseudo islamistes qui terrorisent les populations musulmanes, mais qui ne mènent aucune attaque verbale ou physique contre l’occupant sioniste. Les uns et les autres pratiquent l’art de la diversion dans leur propre camp et avec leurs propres rhétoriques. En France les élites musulmanes participent au même psittacisme : bavarder et se disputer des rentes de positions sociales ou intellectuelles alors qu’aucune action sérieuse de pédagogie ou d’édification civilisationnelle (fondations caritatives, institut de formation, magazine, édition …) n’a été entreprise. La présence musulmane et arabe en France ne laisse que peu de traces dans la société française moderne malgré sa présence séculaire. Le nombres de convertis est négligeable. Il y a quand même des questions qui interpellent la conscience : les Français sont restés en Algérie 132 ans et ils n’ont pratiquement rien pris de nous à part les matières premières. Nous sommes en France depuis longtemps et nous n’avons rien pris de ce qui a fait la grandeur de la France à part ses boniments de friperie. Malek Benabi disait que le colonialisme est une double malédiction, pour le colonisateur et pour le colonisé, les deux perdent leur compétence à civiliser ou à se civiliser. Pour ma part j’ai l’impression que chacun mu par son intérêt de survie n’a pris que les choses de l’autre et dans sa cupidité il a emprunté les travers de l’autre. Vivant l’un à côté de l’autre et l’un dans l’autre nous ne vivons pas l’un avec l’autre et nous ne produisons que de la répulsion mutuelle comme des pôles aimantés de même sens.

Conclusion :

La loi coranique suprême stipule que :

quiconque attente, sans droit, à la vie d’un homme c’est comme s’il avait attenté sur l’humanité entière“.

Cette loi est universelle. L’unique dérogation est le droit de défendre la vie ou la liberté lorsqu’elles sont menacées ou bafouées. Le  seul droit est celui de la légitime défense, celui de la résistance contre un envahisseur, celui de la lutte contre un oppresseur usant de violence ou celui d’un acte de justice rendu par un tribunal légal et constitué qui accorde au justiciable toutes les garanties pour se défendre ou d’être défendu. En matière de justice, le Coran autorise la peine de mort comme hadd c’est à dire limite supérieure qu’il ne faut pas transgresser et il recommande le pardon et la remise de peine s’il y a repentir. Le fanatique qui tue au nom de Dieu ou de la religion est un criminel qui doit répondre de ses actes devant un tribunal et nul autre que lui ne doit porter le fardeau de son crime. Le fanatique qui impute à quelqu’un la responsabilité du crime commis par un autre est criminel lui aussi car son faux témoignage peut conduire au meurtre et à l’iniquité envers un homme ou une communauté d’hommes. Celui qui parvient à me prouver que le Coran dit le contraire je m’engage à échanger ma foi contre la sienne et à faire du sionisme l’amour de ma vie.

Omar MAZRI

Macron prépare une réorganisation « complète » du culte musulman en France

Le président Emmanuel Macron prépare une réorganisation « complète » du culte musulman en France, a rapporté dimanche le Journal du Dimanche (JDD), précisant qu’il veut « aller vite ».

A en croire l’hebdomadaire, un plan d’ensemble est à l’étude à la présidence avec la coopération « active » du ministère de l’Intérieur, qui est également chargé du culte et prévoit la création de nouvelles instances représentatives des musulmans, l’élaboration d’un cadre pour le financement des lieux de culte et la collecte des dons et un programme de formation des imams.

Selon des indiscrétions de personnes qui « abordent régulièrement la question » avec le président français, il souhaite « réduire l’influence des pays arabes, qui empêche l’islam français d’entrer dans la modernité », en voulant « inscrire le culte musulman dans une relation apaisée avec l’Etat et les autres religions et ( ) l’associer pleinement à la lutte contre le fondamentalisme ».

« Ma méthode, c’est d’avancer touche par touche », avait confié Emmanuel Macron au JDD qui rappelle qu’en recevant le 21 décembre dernier les représentants des religions, il avait posé le débat en dénonçant « la radicalisation de la laïcité », visant tous les partis politiques qui « instrumentalisent la loi de 1905 au service d’une guerre identitaire », selon un de ses conseillers.

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a été chargé dans ce cadre de préparer la réforme du Conseil français du culte musulman (CFCM), institution créée en 2003 sous l’égide de l’ancien président Nicolas Sarkozy, qu’un rapport du Sénat avait qualifié de « coquille vide » et pas du tout représentatif.

Selon une enquête de l’Ifop pour l’Institut Montaigne publiée en 2016 par le JDD, à peine un tiers des musulmans connaissent son existence, rappelle le journal, citant des experts qui ont estimé que son mode de désignation de ses membres est un « facteur d’immobilisme ».

Les membres du CFCM sont élus, rappelle-t-on, dans les mosquées selon une répartition des sièges proportionnelle à la surface des bâtiments et dans un scrutin où l’influence des pays étrangers (Algérie, Maroc, Turquie, Arabie saoudite, Qatar) est déterminante.

A cet effet, un groupe de travail a été créé, selon JDD, en son sein le mois dernier qui devra livrer des propositions de réforme eu gouvernement en juin prochain.

Mais les personnes proches du ministre de l’Intérieur, en charge du dossier et qui affiche l’intention de « sortir de l’islam consulaire pour ouvrir le CFCM aux musulmans les plus intégrés », reconnaissent la difficulté de structurer ce culte qui « n’est aucunement hiérarchisée ».

Selon le sociologue Gilles Kepel, que JDD cite comme un des inspirateurs de Macron sur ce sujet, « il faut trouver une formule qui tienne compte de la plasticité du sunnisme français, sans que les musulmans soient les otages des rivalités entre leurs pays d’origine », alors que Hakim El Karoui, un autre consultant d’origine tunisienne, pense, pour sa part, que « le moment est venu de confier l’organisation à la nouvelle génération des Français de confession musulmane ».

Cet ancien banquier d’affaires (chez ­Rothschild, comme Macron) préconise, selon le journal, qu’à côté de la Fondation pour l’islam de France, créée sous le gouvernement Valls et présidée par l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, une association « distincte » soit chargée de financer les lieux de culte, la formation et les salaires des imams, mais relève toutefois la difficulté de l’affranchir de l’influence du CFCM et de la tutelle de l’Etat.

Les musulmans pourraient atteindre le nombre de 13 millions de la population française d’ici à 2050, selon une étude de l’institut de recherche américain Pew Research Center publiée en décembre dernier, soulignant que la France continuera de former la première communauté musulmane d’Europe.

Hajj 2018 – La santé du pèlerin pendant le pèlerinage à La Mecque

Conseils santé hajj 2012Hajj 2018. A un mois des premiers départs de France aux lieux saints de l’Islam que sont Médine et La Mecque, le pèlerin doit porter, plus que d’habitude, une attention particulière  à son état de santé et à la dimension sanitaire d’un tel voyage.

Le hajj est reconnu comme étant le plus grand rassemblement annuel dans le monde. Plus de deux millions et demi de pèlerins venant de presque tous les pays se retrouvent à La Mecque, en Arabie Saoudite.

Considérant la forte densité démographique, il y a des risques non négligeables de contracter certaines maladies infectieuses telles que la méningococcie, la tuberculose, la grippe, et les infections gastro-intestinales. Les risques d’insolation, de crise d’angoisse, de contaminations alimentaires et de blessures physiques ne sont pas à exclure.

Dans le but de protéger leur santé et leur sécurité, le gouvernement d’Arabie Saoudite recommande aux pèlerins d’être âgés entre 12 et 65 ans et en bonne santé. Le Ministère de la santé d’Arabie Saoudite recommande aussi aux personnes atteintes de maladies chroniques graves telles que les maladies cardiaques, rénales, hépatites, diabète avec complications, obésité ou toutes autres conditions médicales qui affectent l’individu dans son ensemble, de renoncer au pèlerinage qui est une épreuve physique et psychologique difficile.

L’association France Hajj délivre ces quelques recommandations non exhaustives mais utiles afin que les pèlerins se prémunissent au mieux des nombreux risques liés à la santé et aux conditions sanitaire du pèlerinage à La Mecque. Un article sur la préparation mentale et psychologique est prévu prochainement inshaa Allah.

Avant le départ au Hajj

Vos vaccinations obligatoires

Tous les pèlerins âgés de 2 ans et plus doivent être vaccinés contre les méningocoques :

  • Le vaccin contre les méningocoques A, C, Y et W135 doit être réalisé au moins dix jours avant l’entrée sur le territoire saoudien (et doit avoir été fait depuis moins de trois ans).
  • Le vaccin contre la fièvre jaune est obligatoire pour les voyageurs en provenance de la Guyane.

Vos vaccinations recommandées

Le vaccin contre la grippe saisonnière est recommandé, notamment aux voyageurs atteints de maladies chroniques, ainsi qu’à ceux âgés de plus de 65 ans.

Il est conseillé d’être à jour des vaccinations recommandées en France, en particulier la diphtérie, le tétanos, la polio, la rougeole et la coqueluche.

Visite médicale vivement recommandée

Nous conseillons tous les pèlerins à consulter dès maintenant leur médecin traitant pour une visite médicale de contrôle. Informez-le de votre prochain voyage, de sa durée et de ses conditions, il vous conseillera au mieux.

Aussi si vous ne voulez pas passer par un centre de vaccination, vous pouvez demander à votre médecin qu’il vous prescrive le vaccin contre la méningite qu’il vous fera lui même. Il vous délivrera le certificat nécessaire.
Si vous suivez un traitement médical, demandez-lui de vous délivrer une ordonnance de sécurité en  mentionnant de manière lisible le noms des médicaments que vous prenez. En effet il arrive parfois que des pèlerins perdent leurs bagages dans lesquels se trouvaient leurs médicaments. Faites une photocopie de cette ordonnance pour la remettre à votre chef de groupe.

Conseils et précautions pour les différentes étapes du voyage

Pendant le Hajj, on marche beaucoup ! Vous allez, en quelques jours, parcourir de nombreux kilomètres. Prévoyez donc de vous chaussez au mieux afin d’éviter les douleurs aux pieds. Nous conseillons vivement les pèlerins, en guise d’entrainement, à une marche quotidienne de 20 à 30 minutes. Les sédentaires chroniques peuvent commencer progressivement, sans forcer. Pour celles et ceux en bonne condition physique, d’autres activités sportives aux efforts progressifs sont envisageables comme le jogging, le vélo, la natation etc…

A Madina et Makkah

  • Surveillez votre alimentation, elle doit être riche, variée, et sans excès. Les pèlerins qui suivent un régime antidiabétique ou antihypertenseur, devront continuer à le respecter.
  • Il faut prendre des petits déjeuners complets, et ne pas se limiter à un petit café, ou à un thé. Les repas doivent comprendre des céréales diverses, des protéines, des boissons chaudes ou fraîches sucrées, ou pas, des fruits, et/ ou des jus de fruits, etc. Il faut manger à des heures régulières.
  • Cette année, il se pourrait qu’il fasse chaud durant le pèlerinage. Il faut boire au moins deux litres d’eau par jour et éviter les boissons gazeuses et/ou sucrées qui augmentent, en plus de la transpiration, la production d’urines, et favorisent ainsi la déshydratation.
  • Contre la pollution et les risques d’infections par voies aériennes, des masques peuvent être utilisés. S’ils ne sont pas étanches, ils ne protègent pas totalement contre les efflux produits par les multiples toux et éternuements de pèlerins enrhumés. Éviter au maximum la proximité de quelqu’un qui tousse ou éternue.
  • Votre badge est un élément d’identification. Il peut renseigner également sur l’adresse du lieu d’hébergement et comporte des numéros utiles de téléphone. Il est fortement recommandé de ne pas s’en séparer. Si vous vous perdez, gardez votre calme et demandez de l’aide aux agents en uniforme, ils sont là pour vous.
  • La plupart des lieux de vie sont  climatisés, quand  vous les quittez,  veiller à vous protéger du soleil ardent (parasol, couvre-chef,…). A Médine, la température peut brutalement chuter le soir ou au petit matin. Prévoir des habits adaptés dans ce cas.

 

A  Mina, Arafat et Muzdhalifa

Lors de ces étapes essentielles du Hajj,  qui durent de quatre à cinq jours , les conditions de séjour sont particulièrement austères,  le manque de sommeil ainsi que la fatigue se feront vite ressentir.

  • Il faut savoir doser ses efforts et se reposer si la fatigue se fait sentir. Lors des déplacements en groupe, il faut marcher à son rythme et éviter de sur-estimer vos capacités physiques.
  • Pour les personnes âgées ou à mobilité réduite, il ne faut pas hésiter, à toutes les étapes, à recourir aux services des pousse-pousse. Ne prenez pas le risque de vous épuiser et ainsi provoquer des malaises évitables et des douleurs qui vont vous rendre inapte à poursuivre le périple.
  • Pour les hommes, les longues marches en habit d’Ihram, la chaleur et la transpiration aidant, les irritations peuvent apparaitre dans l’entre-cuisse, ce qui peut être très douloureux jusqu’à vous empêcher de marcher. Prévoyez une crème à cet effet. Vous pouvez même l’utiliser dans un but prophylactique.
  • Éviter toute forme de bousculade dont les conséquences sont imprévisibles et dangereuses. La chute peut survenir à tout moment, engendrant des entorses, des luxations et dans les cas plus graves, des fractures qui immobilisent les victimes pour longtemps.
  • En plus de la promiscuité, les conditions d’hygiène des sanitaires à Mina et Arafat ainsi qu’à Muzdhalifa sont mauvaises , à ce titre il vaut mieux privilégier une alimentation à base de féculents (riz blanc, pâtes, pains, farines, tubercules, pommes de terre, etc.) pour réduire au minimum le besoin d’aller à la selle. Il faut éviter de consommer trop d’agrumes ou d’autres aliments favorisant le transit comme les produits laitiers. Il faut boire souvent de l’eau (de Zamzam de préférence), même sans soif, par petites gorgées, s’il fait très chaud.
  • Les chutes dans les salles d’eau sont fréquentes, traumatisantes, et invalidantes. Dans la douche, pour laver ses pieds, ou pour faire ses ablutions, il est recommandé au pèlerin de s’asseoir afin d’éviter de glisser sur les surfaces carrelées lisses et humides. Les sandales de marche doivent être adaptées, pas très serrées, et adhérentes.
    Pour accrocs de la nicotine, sachez que la loi saoudienne interdit de fumer dans tout lieu public particulièrement dans le périmètre des deux grandes mosquées sacrées de la Mecque et de Médine. Le hajj devrait être l’occasion idéale pour vous soigner de cette dépendance. Pensez aux patchs ou à la nicorette, vous n’en trouverez pas là bas.

Votre trousse de secours pharmaceutiques :

Produits antidouleur (pommades, gels, comprimés prescrits), des vitamines, un anti-diarrhéique, quelques médicaments anti-rhume et anti-allergie, pansements, ciseaux, bandages etc… du papier hygiènique  pour les étapes hors Mecque et Médine. Les médecins et les pharmaciens sauront prodiguer des conseils à la demande.

Pendant toute la durée du Hajj, et à toutes les étapes, des professionnels de santé sont à la disposition des pèlerins qui peuvent recourir à leurs services.

Association France Hajjwww.france-hajj.fr

 

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Aïd al fitr 2017 le dimanche 25 juin en France : annonces par pays

En cette fin de Ramadan 1438/2017, tous les musulmans de la planète se préparent pour la célébration de l’Aïd al Fitr qui marque le début du mois de Chawwal 1438/2017.

Vous trouverez ci-dessous la liste dates officielles pays par pays :

Aïd al fitr le dimanche 25 Juin

  • France
  • Arabie Saoudite
  • Emirats Arabes Unis
  • Indonésie,
  • Malaisie,
  • Sultanat de Brunei
  •  Pakistan
  •  Bangladesh
  •  Japon
  • Corée du Sud
  •  Turquie
  • Australie selon le communiqué du Conseil national des imams

Aïd el fitr le lundi 26 Juin

Sri Lanka « La nouvelle lune du mois de Shawwaal 1438 n’a pas pu être observée » selon l’ACJU. Les musulmans Sri-lankais complèteront 30 jours.

La liste sera mise à jour au fur et à mesure des annonces officielles.

République, Démocratie, Élections : Je suis musulman donc je m’abstiens…

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Retranscription complète d’un entretien de l’auteur Aïssam Aït-Yahya donné pour un site anarchiste pro abstention (Le Nouveau Monstre), l’entretien tourne principalement autour des relations conflictuelles du musulman (conscient) vis à vis de son environnement laïco-séculier en Occident.

Aïssam Aït-Yahya est l’auteur de plusieurs livres, notamment De l’idéologie islamique française, mais aussi Théologie du complotisme  musulman ou Textes et contexte du Wahhabisme, tous publiés aux éditions Nawa. Entretien passionnant avec un auteur radicalement insoumis. 

Gustavo Mazzatella : Vous expliquez très précisément comment un musulman peut « vivre » et « se comporter » en France, bien que l’Islam ne soit selon vous pas compatible avec la démocratie et la laïcité françaises, en étant dans la légalité sans toutefois accorder au pouvoir en place sa légitimité. Tout musulman vivant dans un pays ayant un dirigeant qui n’appliquerait pas l’Islam en tant que politique doit-il automatiquement être dans l’opposition politique de celui-ci ? Est-ce en cela une insoumission à la modernité ?

Aïssam Aït-Yahya : Je vais prendre une simple image : l’Islam est un système global, un musulman hors de ce système est comme un poisson hors de la mer, certes, il pourra toujours vivre dans un bassin, dans un aquarium ou même dans un verre d’eau (qui constitue son espace de liberté)… mais il ne sera jamais aussi bien que dans son océan originel.

Celui-ci est pour l’instant très pollué par d’immenses rejets de toutes sortes (Occidentalisation) qui détruisent tout son écosystème (État/société musulmane) avec une qualité d’eau très médiocre, et en plus de cela, avec des flottes de bateaux de pêche qui le sillonnent, pêchent et vendent ce poisson au plus offrant.

L’insoumission à la Modernité, c’est juste dire que l’on sait que l’on est des poissons de mer, et on le redécouvre, parce qu’au final on a compris ce qu’était l’aquarium (France), et on sait ce qu’était la mer avant sa pollution et son exploitation. Certains, c’est vrai, refuseront d’adopter cette réalité, heureux de leur condition de poisson rouge tournant en boucle dans leur bocal.

Le musulman ayant conscience (même minime) de ce qu’est l’islam, est politiquement – au moins moralement – dans une forme d’opposition, dans une dissidence de principe et dans une résistance à un système non-islamique. Tout l’enjeu actuel pour le système politique en France, c’est de dire soit vous êtes des gentils arabo-musulmans assimilés, peu ou pas pratiquants, catho-laïques comme on les « aime », avec un islam colonial dont les imams font ce qu’on leur dit de faire, soit vous êtes des terroristes.

Insoumission à la modernité c’est dire : je vis en France, je respecte la loi (construction humaine historique critiquable), je ne cause de tort à personne, je vis en maximisant mes intérêts et ceux de ma religion (Droits et libertés fondamentales) et j’ai des croyances politiques et philosophiques radicalement opposées aux vôtres : cela ne fait pas de moi un criminel. Mais dire ça et penser ça en France : c’est complètement intolérable et à lire certains, cette vision totalement sereine et apaisée mais forte et incorruptible, c’est justement plus dangereux que le terrorisme !

De plus, en philosophie le terme Modernité regroupe beaucoup de thématiques (sécularisation, individualisme, matérialisme) dont les idées politiques peuvent entrer en contradiction avec la philosophie islamique. Être musulman au final, c’est entrer en résistance contre tout un processus de civilisations qui engendre des dérives et déviations, islamiquement intolérables.

GM : Vous critiquez vivement le rejet de l’implication des musulmans dans la sphère politique, comme le prône par exemple ce que vous appelez le salafisme séculier ou le soufisme maraboutique, tout en vantant les mérites de l’abstention. Pourriez-vous nous expliquer quel type d’abstention vous revendiquez ? Car cela pourrait paraître contradictoire à première vue.

AAY : Aucune contradiction, le système des élections est un jeu, avec ses règles, pour que les mêmes gagnent à la fin. C’est un système de reproduction du pouvoir, cela ne peut plus se faire par le sang directement (comme l’aristocratie) ou par la fortune (officiellement) donc l’élection est historiquement le moyen que les démocrates (dès le XIXème siècle) ont trouvé pour que les plus nobles, les plus riches, les plus puissants soient toujours élus et que le peuple abandonne la politique du rapport de force (défavorable à la minorité aristocratique et bourgeoise) en mettant un bout de papier dans une boîte.

Donc gagnant-gagnant pour qui l’on sait : toujours au pouvoir tant que le peuple joue le jeu. Pour information : c’est la raison pour laquelle nos petites démocraties occidentales ont toutes refusé d’institutionnaliser le système du tirage au sort à la fin du XVIIIe : base de la vraie démocratie au sens athénien du terme. Au final en France à l’heure actuelle, la démocratie c’est la dictature d’une majorité dont l’opinion publique est créée par des médias mainstream contrôlés par une oligarchie contre une minorité (musulman en France) souffre-douleur.

La vraie politique, c’est de s’abstenir et d’agir sur le terrain réel sur la « polis » (cité). Un musulman se plaignant de l’islamophobie institutionnelle et étant ensuite prêt à donner sa voix ou voter n’est plus victime, il est complice comme disait Orwell. La véritable politique est d’être acteur engagé dans son quotidien en construisant ce qui est nature a créer un vrai rapport de force politique, économique ou autre. Et pas de se faire tout beau un dimanche tous les 6 mois pour mettre un morceau de papier dans une boîte, entendre : « a voté » puis dès le lundi subir la dure réalité du système.

C’est assez extraordinaire de voir les gens constamment se plaindre des politiques, de leurs trafics et magouilles en tout genre, de leurs passe-droit et de leurs politiques et continuer jusqu’au bout cette mascarade du vote : cette démocratie et les élections, c’est vraiment plus qu’un phénomène religieux, c’est devenu complètement mystique et irrationnel. Et dire que les athéniens bannissaient le simple citoyen ambitieux qui rêvait d’accéder aux pouvoirs, condamnaient à mort celui qui détournait à son profit de l’argent public ou qui s’était simplement trompé de bonne foi dans une décision politique…

GM : Vous insistez sur le fait que la démocratie, la laïcité, ou encore l’humanisme sont des idéologies totalement semblables à des religions (séculaires), avec leurs dogmes, leurs croyances, leurs sacrés, etc. Est-ce une manière de renvoyer les athées anti-religieux dans leurs contradictions ? Une volonté de prouver le besoin quasi-vital de religion (ou disons de croyance) chez l’homme ?

AAY : L’athéisme est une religion sans Divinité ni dogme ni croyance ni rite autres que ce que la Raison de l’homme lui dicte, l’athéisme est une religion où l’Homme est finalement (fatalement je dirais) la divinité. L’athéisme est donc profondément lié au christianisme : Jésus était Dieu (dieu réincarné donc homme redevenu Dieu).

Dans l’athéisme, tous les ex-petits chrétiens deviennent donc à leurs tours leurs propres divinités, ce n’est pas Nieztsche qui me démentirait. L’homme est religieux, il faut juste savoir trouver quel est son sacré, quelle est la loi religieuse qu’il respecte scrupuleusement.

La Modernité occidentale, c’est justement le fait de cacher cette réalité aux hommes modernes afin qu’ils croient que l’humanité est libérée du religieux « traditionnel » : en occident, elle ne s’est libérée de ses anciennes religions que pour tomber dans d’autres nouvelles qui lui ont promis le paradis sur terre. On connaît la réalité de la promesse depuis la fin du XIXème siècle…

GM : Votre ambition est une renaissance de l’Islam qui doit passer d’abord par une déconstruction du mythe de l’occident moderne post-chrétien suivi d’une résistance globale et organisée par l’ensemble de la communauté musulmane refusant l’assimilation. Cela correspond-il à ce qui est nommé couramment le « repli identitaire » des musulmans et qui est redouté par l’Etat et de nombreux Français ?

AAY : Ce repli identitaire est redouté car l’Etat a peur que ses enfants de la colonisation et de l’immigration devenus français se construisent une conscience politique et agissent en citoyens décomplexés. Il a donc toujours voulu nous faire avaler la propagande anti-communautariste. Rendre l’homme déraciné, sans tradition ni identité, sans réseaux, sans solidarité civile, ethnique, religieuse ou politique, c’est faire de lui une proie facile et docile de devant l’Etat et ses politiques.

L’Etat républicain français a toujours eu la phobie des solidarités qu’il ne contrôle pas, et des identités fortes, qu’elles soit régionales, linguistiques ou ethniques, d’où le « La France Une et Indivisible » réalisée sur le massacre de la dissidence vendéenne anti-républicaine. Aujourd’hui, après avoir toléré le repli identitaire d’une seule communauté sous prétexte de « dette de collaboration » (jamais soldée), le repli identitaire à droite de la droite s’organise de plus en plus (réaction au pseudo Racisme anti-blanc !).

Je rappelle juste que le communautarisme des musulmans en France existe par défaut, c’est à dire que les musulmans l’ont subi et absolument pas organisé. Aujourd’hui je lis chez certains esprits malades tombés dans le délire islamophobe le plus loufoque « qu’il y avait des cerveaux comploteurs qui avaient tout préparé pour Islamiser la France (!!!!????) » Ce sont les musulmans qui sont responsables de la colonisation ? De la baisse de la natalité française ? Des trente glorieuses ? Du regroupement familial ? De leurs parquements dans les cités-dortoir ? De la loi sur la nationalité ? Les musulmans sont très souvent inertes, passifs et fatalistes, malgré cela ils sont coupables, car ils vivent et veulent vivre selon les principes de leur religion.

Aujourd’hui, avec la nouvelle génération de musulman français nés dans ces cités-dortoir et ces ghettos, il y a renouvellement des consciences politiques et religieuses : s’il n’y a pas de travail pour des musulmanes voilées ou des musulmans barbus, diplômés ou non, ils créeront leurs propres emplois, si l’école publique laïciste exclut, le système d’éducation privée se développera, etc… Et que les intellectuels au service de l’État appellent cela communautarisme, cela nous importe peu, nous n’avons plus cette logique de soumission post-coloniale de crainte, car nous nous appellerons cela tout simplement « vivre ».

Donc ce pseudo-combat contre le communautarisme est un combat pour maintenir les musulmans non seulement exclus mais au bas de l’échelle sociale, en leur faisant passer un message simple : si vous voulez monter dans la hiérarchie, reniez vous, reniez votre histoire, votre origine et surtout reniez votre religion. Et en France on remarque très bien le logiciel de ces « bougnoules et ces bamboulas » qui sont en haut de l’affiche.

GM : Par ailleurs, quel regard portez-vous sur les personnes, en Occident et particulièrement en France, qui se convertissent à l’Islam ?

AAY : La conversion des occidentaux à l’Islam suit toujours le même raisonnement logique et méthodique qui, bien mené à son terme, amène à la conversion. La finalité de l’Occident est en quelque sorte l’islam. Il y a quelques chose de Meta-historique dans la destinée de cette partie du monde : certains historiens marquent le début de l’Occident avec la conversion de l’empire romain au christianisme venu d’Orient, il n’est pas bête de penser et même logique de croire que sa finalité se trouve dans l’Islam, venu d’Orient, qui parachève le message de Jésus, historiquement dévoyé. Donc il n’y a rien qui me surprend dans ces conversions.

GM : Si la France (politique, médias, et également de nombreux Français) est autant et toujours bloquée sur l’Islam et les musulmans, c’est selon vous notamment en raison de son intolérance vis-à-vis de la diversité et notamment de la singularité des individus. L’uniformisation des musulmans, au même titre que celle d’autres citoyens, n’est-elle pas possible ?

AAY : Il y a un grand mensonge français qui fait partie des choses à détruire pour moi : le mythe de la tolérance républicano-laïque. Je rappelle que le terme tolérance est souvent utiliser dans le monde de la médecine et des soins : c’est un seuil où le patient tolère une douleur pour arriver à sa guérison. En science politique et sociale on a la même idée : tolérer indique de supporter une différence avec laquelle on est pas forcément d’accord pour pouvoir vivre dans une société en paix.

On tolère beaucoup de chose avec lesquelles on est profondément opposé, c’est comme cela vivre en société. Mais vis-à-vis de l’islam, la tolérance est complètement mensongère : le voile n’est pas toléré, les signes religieux ne sont pas tolérés alors même qu’ils font partie de la liberté individuelle et des droits personnels: déjà que certains tolèrent à peine la tête d’un français(e) d’origine arabo-africaine, alors si en plus il porte des marques d’une religiosité telle que l’Islam…C’est totalement cuit.

D’ailleurs aujourd’hui, avec les convertis (Français de souche), on se rend compte que le racisme a pris pour cible l’islam avec ce qui est compris de symbole vestimentaire, de pratique ou de comportements. Le racisme anti-arabe et anti-noir est juridiquement socialement trop dangereux (s’il est flagrant !), donc on remplace ce fond par des thématiques anti-islam. Et on comprend comment le thème de la laïcité (issue de la Gauche) se retrouve par haine anti-islam à l’extrême droite, alors que tout historien et politologue sait que la laïcité n’est pas une valeur traditionnelle de la Droite et encore mois de l’extrême droite !

L’uniformisation n’existe plus pour personne au XXIème siècle : nous ne sommes plus à l’époque de la IIIème république (raciste, coloniale et impérialiste !). En Occident, c’est l’individualisme qui prime (pour le pire et le meilleur) et s’il y a uniformisation, c’est juste pour le seul bien de la société marchande : sur le mode de citoyen électeur-travailleur-consommateur. Concernant l’uniformisation des idées, des croyances, etc : seul un système totalitaire a pu et pourra uniformiser les individus.

GM : Considérez-vous l’école et les médias comme les principaux outils de propagande des idéologies séculières, et notamment la démocratie, que vous combattez ? Comment se comporter face à ces institutions difficiles à contourner ?

AAY : L’école en France est bien plus que cela : les pères fondateurs de l’école républicaine (IIIème république) l’ont créée comme un outil de contrôle, de formation et de transformation des citoyens. Je rappelle la célèbre phrase de Mussolini « la transformation de l’instruction publique en Education Nationale est la plus fasciste de mes réformes ».

Et historiquement, la philosophie républicaine et laïque autour de l’éducation en France, anticléricale, anti religieuse, libertaire et athée, a eu des buts d’embrigadement, d’endoctrinement et de propagande assez clairs, bien soigneusement cachés derrière la liberté de pensée et l’esprit critique, ou la diffusion du rationalisme éclairé.

Aujourd’hui le niveau de l’éducation est tel, que je ne pense même plus que ces institutions constituent un danger : l’inculture de masse, la vulgarisation et l’appauvrissement des savoirs, ruinent eux-mêmes les buts politico philosophiques de l’école française.

GM : Comment percevez-vous le combat idéologique et politique de Daesh, dont on parle quasi quotidiennement dans les médias ? Sont-ils les apôtres d’une « islamisation de la modernité », que vous décrivez comme une ineptie résolument moderne ?

AAY : Je pense personnellement que Daesh est exactement ce qu’a été le Stalinisme pour l’idéal « Marxiste-Leniniste » : une déviation d’un projet louable au départ, une appropriation par un petit groupe d’Irakiens d’une idée globale à leurs petits profits et intérêts personnels et immédiats.

Je ne pense même pas qu’ils sont dans une optique d’islamisation de la Modernité : mis à part les moyens techniques à leurs dispositions, et des formes utra-modernes de leur communication qu’ils usent pour arriver à leurs fins, je pense en réalité qu’ils n’ont jamais eu de projet viable, préparé et réfléchi en amont, sinon extrêmement théorique et basique (qu’ils puisent dans la littérature classique de l’islam médiéval).

Ils ont basé leurs expansions sur le volet purement militaire (jihad) avec de la tactique à court terme, sans réelle vision stratégique, et pire, aucunement politique en réalité, et on sait qu’ils ont été eux-mêmes surpris par leurs rapides conquêtes.J’ai beau, par exemple, chercher une description viable du fonctionnement de leur « état  » ne serait-ce qu’en simple projet et hypothèse, il n’y a absolument rien, tout est opaque, caché et secret : pour un état c’est un comble.

Il n’y a pas d’islamisation de la modernité. Il y a des fondements ultra-réactionnaires qui cherchent à se venger de l’impérialisme occidental et de ses crimes dans cette région et faire payer le prix aux collaborateurs occidentaux (Chiites et kurdes), puis d’asseoir brutalement un leadership en éliminant systématiquement tout ceux qui osent critiquer les dérives. Or ce qui est basé sur la force peut-être renversé par la force car il n’y a justement pas de combat idéologique et politique chez Daesh.

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