Le mois du Ramadan et l’observation de la lune

Le texte a été rédigé par l’équipe de Darul `Uloom al-Madania, et en voici une traduction.

L'Observation de la lune

Introduction

lune-ramadan-2015Il suffit d’évoquer Ramadan pour que viennent à l’esprit diverses pensées, la première étant la vision de la lune, puis les différends et disputes incessantes qui retentissent dans les mosquées et dans les communautés au début et à la fin du mois de Ramadan.

Il y a deux rôles joués dans l’affaire de la vision de lune. Le premier est celui des éminents savants qui ont toujours été remplis de bonnes volontés pour la Ummah. Ils aspirent à éliminer, du concept de vision de la lune, tout sectarisme et toute confrontation. Ils fournissent des efforts chaque année afin d’obtenir un consensus sur ce sujet et d’unir les communautés et les mosquées sur une seule décision. Malgré leurs tentatives, ils n’ont toutefois atteint que peu, voire aucune différence dans le résultat de chaque Ramadan et leurs efforts sont tombés dans l’oreille d’un sourd.

Le second est joué par ceux qui délaissent l’intellect pour juger des affaires en se basant sur leurs émotions. Résultat : ils restent entêtés sur leur position bien qu’elle puisse clairement contredire le Qur’an et la Sunnah. Les gens sont forcés de suivre leurs opinions au point où celui qui s’en écarterait serait vu comme un paria. Et si ces gens suivant leurs émotions se mettaient à médire de lui, l’accuser faussement ou l’insulter, ils n’en seraient point tenus responsables, comme si cela était permis. Il arrive que cela aille jusqu’à des violences physiques, le pire étant que l’acteur de la violence pense, en ce faisant, accomplir une bonne œuvre.

Dans les faits, une question islamique purement juridique est devenue le terrain d’opposition d’individus qui tentent de la résoudre et de la régler avec émotions et fougue. De question islamique, elle a été transformée en affaire personnelle. Etre en désaccord avec une opinion se traduit par l’attaque de la personne qui tient cet avis. Le résultat de cela est évident : l’un des jours les plus sacrés d’adoration en Islam ainsi que deux célébrations de la Ummah se transforment (par Shaytan) en trois jours de désunion et de confusion totale.

C’est la raison pour laquelle il est essentiel d’aborder cette question de l’observation de la lune au travers du Qur’an et de la Sunnah. Tout musulman pourra ainsi établir son opinion en conformité au Qur’an et à la Sunnah et connaître, par la même, la position des autres selon les preuves utilisées afin d’appuyer leur position. Ci-après vous trouverez des points discutés qui nous aideront à réfléchir sur cette affaire et qui, s’ils n’élimineront pas, tout au moins allégeront les divisions et les bouillonnantes tensions entre les parties. De façon plus importante, cela nous permettra d’ouvrir nos esprits aux opinions des autres. Et tout cela n’est point difficile pour Allah.

Il y a un certains nombre de choses sur lesquelles nous pouvons tous être en accord. Premièrement, les mois du calendrier Islamique se basent sur la lune. Deuxièmement il n’y a nul désaccord quant au fait que le mois Islamique sera soit de 29 soit de 30 jours ; il ne peut ni être moins de 29 jours ni dépassé les 30 jours. La question, dès lors, est comment déterminons-nous le début et la fin de chaque mois ? Voici les diverses opinions sur cette question :

1) Certaines personnes suivent les calculs astronomiques. Elles estiment que la naissance de la nouvelle lune déterminée par les calculs astronomiques déterminera le commencement de la nouvelle lune.

2) D’autres sont d’opinion que la vision de la lune dans n’importe quelle partie du globe marquera le début du Mois de Ramadan pour l’ensemble des Musulmans.

3) Il y a ceux qui suivent la vision de la lune de l’Arabie Saoudite estimant dès lors que toute observation de lune en un autre endroit ne déterminera point le début du nouveau mois. Ceci a donné naissance à un penchant nationaliste au sein des diverses ethnies musulmanes. Ainsi, un Pakistanais peut être amené à dire qu’il suivra uniquement le témoignage de la vision de la lune du Pakistan ou provenant d’un Pakistanais et un Turque peut dire qu’il n’acceptera que le témoignage d’un Turque ou qu’il ne reconnaîtra l’entrée du nouveau mois que si la Turquie le déclare officiellement.

4) Certains se limitent à suivre l’Arabie Saoudite pour la détermination du mois de Dhul-Hijjah, et pour les mois restants ils recourent à l’observation locale de la lune.

5) Et pour finir, il y a ceux qui ont recours à l’observation locale de la lune, ce qui implique que le nouveau mois ne débutera chez eux que lorsque la lune sera vue dans leur propre zone géographique ou dans les zones avoisinantes, quand bien même la lune serait vue ailleurs dans le monde.

1. LES CALCULS ASTRONOMIQUES

La détermination du début et de la fin d’un mois en se servant de calculs astronomiques ne trouve aucune base dans le Qur’an ni dans la Sunnah.
Le critère dans la Shari`ah pour discerner le début du nouveau mois et la fin du mois passé est la vision effective de la lune, ce qui implique que si la lune n’est pas vue le mois sera complété par 30 jours. Dans le hadith, le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) insiste incessamment sur ce point :

« Ne jeûnez pas tant que vous ne voyez pas la lune ; ne rompez point votre jeûne tant que vous ne voyez pas la lune. » (Bukhari H.1773, Muslim H.1795, Nasai H.2093, Abu-Dawood H.1976, Muatta Malik H.557)

Cela signifie que tant que vous ne voyez pas la lune, vous ne devez commencer le mois de Ramadan ; de même, ne célébrez pas `Eid avant d’avoir vu la lune. Dans un autre hadith, le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) interdit clairement l’utilisation de calculs.

Il dit :

« Nous sommes une nation illettrée. Nous n’avons recours à l’écriture ni aux calculs [astronomiques] pour déterminer les mois. Un mois est ainsi, ainsi et ainsi.
Disant cela le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) leva ses mains trois fois avec l’ensemble des doigts dépliés les deux premières fois et avec le pouce plié la troisième fois indiquant par cela vingt-neuf jours. Puis il dit le mois est ainsi, ainsi et ainsi levant à nouveau ses mains trois fois, avec cette fois-ci l’ensemble des doigts dépliés à chaque fois, indiquant par là trente jours.
» (Muslim H.1806, Bukhari H.1780, Nasai H.2111, Abu-Dawood H.1975)

Dans ce hadith, le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’avait certainement pas pour but de dire que ceci est une Ummah d’illettrés, mais il souligne plutôt leur simplicité de ne pas avoir d’éducation dans le sujet traitée. Le but derrière cette affirmation est de laisser entendre que nous ne connaissons les calculs et nous ne nous en servirons nullement pour déterminer nos mois. Ceci est une religion universelle. N’importe quelle personne de n’importe quel lieu peut la suivre où qu’elle se trouve. Si le système était basé sur les calculs, la décision de millions de personnes serait entre les mains du petit nombre qui déciderait quand le mois commence et quand il finit. L’Islam a plutôt basé le calendrier lunaire sur la vision de la lune, de sorte à ce que même les Bédouins, qui sont loin d’être à la portée de la plupart des sciences modernes et nouvelles technologies, puissent voir la lune et savoir lorsque le mois commence et s’achève.

Cela peut, dans nombreux esprits, soulever la question de savoir – si l’Islam a pour principe la simplicité – pourquoi recourir à des emplois du temps (horaires) pour les prières et dépendre des calculs dont émanent ces horaires. Ceci est une question importante car sa réponse prouvera que l’Islam est effectivement une religion universelle et elle manifestera l’un des extraordinaires miracles du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui). Afin de comprendre cela, il nous faut garder à l’esprit qu’en Islam le début et la fin de chaque mois repose sur la vision de la lune, alors que les horaires de la prière reposent sur le mouvement du soleil.

Les calculs n’ont, à ce jour, été capables de nous indiquer en quel lieu la lune pourra être vue en premier. La seule chose que nous apprenons des calculs est le moment où la nouvelle lune est née. Notons également que nous, humains, n’avons point la capacité de voir la lune immédiatement après sa naissance. Combien d’heures faut-il avant de pouvoir voir la lune ? Parfois elle peut être vue après 14 heures alors que d’autres fois elle ne sera pas visible, même après 20 heures, et ceci car différents éléments contribuent à la visibilité de la lune.

Le soleil lui, est différent. Au cours de la journée le soleil est très aisément visible, sauf quand le ciel est couvert, et ceci est l’une des différences entre le soleil et la lune. Autre différence majeure : le soleil se déplace sur une trajectoire établie qui est la même chaque année. Ainsi, si l’on venait à mesurer le temps du lever et coucher du soleil le premier Janvier 2005, l’on constaterait qu’il n’y a nulle différence avec le temps du lever et coucher du soleil à la même date l’année précédente ou suivante. Et si l’on venait à mesurer le temps du lever et coucher du soleil à la même date dix ans plus tard, on ne trouverait toujours pas de différence avec leur temps au 1er Janvier 2005. Dès lors, si une personne note le mouvement du soleil d’une année entière et que, de ses observations, elle établit un emploi du temps (horaire), il lui sera possible de s’en servir pour le restant de sa vie. Et c’est en réalité exactement de cette manière que les horaires des prières ont été établis : une fois cet emploi du temps réalisé, il n’y avait plus utilité de répéter le processus d’observation du soleil.

Le cas de la lune est tout autre. Si le Ramadan était de 30 jours cette année, il ne sera pas nécessairement de 30 jours l’année suivante ou l’année après cela. Ceci met en évidence le miracle du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) dans lequel il interdit l’utilisation des calculs et des formules pour établir la naissance de la lune (« nous n’avons recours à l’écriture ni aux calculs ») sans inclure le mouvement du soleil dans cette interdiction. Comment le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) pouvait-il, 1400 ans de cela, être averti de la consistance du mouvement du soleil et que, malgré les découvertes dans les données et calculs astronomiques, nul ne serait jamais capable de lire l’exact instant de la vision de la nouvelle lune.

En résumé, il n’est pas permis, pas plus que la Shari`ah n’admet que le calendrier lunaire soit basé sur des calculs. Ceci n’a jamais été autorisé et a été le consensus de la Ummah. Toutefois, notons que l’Islam autorise l’utilisation des calculs astronomiques pour assister dans l’observation de la lune. Cela peut en effet, par exemple, nous indiquer le temps approximatif auquel la lune devrait être visible, où l’âge de la lune au coucher du soleil, ou l’instant auquel la lune va se coucher.

2. L’OBSERVATION UNIVERSELLE DE LA LUNE

Selon l’opinion suivante, la vision de la lune en n’importe quelle partie du globe, que ce soit pour le début ou la fin d’un mois, doit obligatoirement être acceptée par l’ensemble des Musulmans pour ainsi commencer (ou finir) un nouveau mois. Si nous jetons un œil dans les ahadith, nous verrons que cette opinion est certainement acceptable. Ainsi, il a été rapporté dans le hadith :

« A la vision de la lune commencez votre jeûne, et à la vision de la lune rompez-le (à savoir : faites du jour suivant le jour de `Eid). » (Bukhari H.1776, Muslim H.1809, Tirmizi H.620, Nasai H.2088)

Il pourrait être dit que cela a pour signification que, où que la lune soit vue, les Musulmans du monde entier auront à commencer ou terminer le mois. Ainsi, les tenants de cette position utilisent ce genre de ahadith afin de faire valoir l’avis selon lequel l’ensemble des musulmans devraient commencer le mois où que la lune soit vue. Mais si nous abordons cela de façon pratique et réaliste, nous constatons que peu mettent effectivement en œuvre cette opinion, car ceux qui la suivent s’en servent en vérité pour soutenir l’idée selon laquelle il faudrait uniquement suivre l’Arabie Saoudite. Si l’annonce de la vision de la lune leur provient d’un autre coin du globe, ils ne l’acceptent pas.

Deuxièmement, cette opinion est loin d’être pratique. Qui pourra, sans relâche, suivre les plus de 200 pays autour du globe, recevoir les rapports de la vision de la lune et distinguer les vraies des fausses attestations ? Voilà pourquoi aucun pays musulman ne suit cet avis. L’Arabie Saoudite elle-même n’accepte le rapport de vision de la lune d’aucun autre pays. C’est donc irréalisable pour plusieurs raisons.

Il y a quelques années, lorsque le Maroc avait annoncé la vision de la lune avant l’Arabie Saoudite, j’invitai quelques un de nos frères qui étaient de cet avis à accepter l’annonce. Ils répondirent qu’ils allaient attendre l’annonce de la vision de la lune par l’Arabie Saoudite. Nul ne considéra l’annonce faite par le Maroc. La même chose arriva quelques années avant cela, des communiqués officiels annonçant la vision de la lune étaient en provenance d’Italie, mais nul ne le prit au sérieux. Ils attendirent plutôt l’annonce de l’Arabie Saoudite. Même chose avec la Libye dont le rapport fut délaissé à l’avantage de l’annonce de l’Arabie Saoudite.

Cela illustre bien l’impraticabilité de cette opinion. Nul n’a encore jamais, ne serait-ce qu’une seule fois, essayé d’établir que tout le monde devrait commencer un nouveau mois en se basant sur la vision de la lune dans une autre partie du globe.

3. SUIVI DE L’ARABIE SAOUDITE

La troisième opinion est que nous devrions suivre l’Arabie Saoudite. Du point de vue de la Shari`ah, il n’y a aucune preuve soutenant cet avis dans le Qur’an ni dans la Sunnah. Il n’y a guère que l’argument émotionnel mis en avant par certains que l’Arabie Saoudite, étant le berceau de l’Islam ou le lieu où le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a vécu, elle devrait être reconnue comme le centre de décision primaire dans de si importantes affaires.

Outre le fait qu’elle n’ait nulle base dans la Shari`ah, cette opinion est problématique d’autres manières également. Qu’arrivera-t-il si la lune était vue partout ailleurs avant qu’elle ne le soit en Arabie Saoudite ? Que sont les Musulmans de ces régions censés faire ? S’ils attendent que l’annonce soit faite en provenance d’Arabie Saoudite, ils transgresseront les directives des ahadith qui affirment clairement que le jeûne commence et s’achève avec la vision de la lune. Mais si, d’autre part, ils suivent leur propre vision de la lune, ils ne tiendront nullement compte de l’Arabie Saoudite, que ce soit pour Ramadan, `Eid Al-Fitr ou `Eid Al-Adha. Se conformer à la vision de la lune de l’Arabie Saoudite est dès lors incorrect.

Depuis la proclamation de cette opinion, les Musulmans d’autres pays ont décidé d’en faire autant. Le Pakistan, par exemple, se base sur l’observation locale de la lune, et il pourrait avancer que dès lors que l’Arabie Saoudite suit sa propre vision de la lune, le Pakistan en fait autant n’ayant aucun besoin de suivre un autre pays. Qui dira au Pakistan qu’il n’y a aucune preuve pour son opinion pas plus qu’il n’y en a pour l’opinion de ceux d’Arabie Saoudite ?

Nombreux partisans de cet avis avancent également le fait que le Hajj, prenant lieu en Arabie Saoudite, nous devrions suivre sa vision de la lune. Ce genre d’argument ne trouve non plus nulle preuve dans la Shari`ah. Si une personne faisait de cette preuve le cœur de sa revendication et qu’elle accomplissait ses prières suivant les horaires de l’Arabie Saoudite, l’absurdité de la prétention (et la mesure de l’entêtement sur l’usage de la preuve) serait apparents à chacun. Le principal problème surgissant ici est, une fois encore, la question de savoir ce qu’une personne devrait faire si la lune avait été vue en un autre endroit avant l’Arabie Saoudite. Les Saoudiens, pour sûr, ne suivraient pas la vision de la lune d’un autre pays ; la question n’est donc pas à propos.

Cette opinion a pour point central l’argument que le Jour de `Arafah est suivi du Jour de `Eid, les Musulmans du monde entier devant dès lors célébrer `Eid le jour qui suit le jour de `Arafah en Arabie Saoudite. Cet argument est non seulement dépourvu de toute preuve du Qur’an et de la Sunnah, mais les preuves du Qur’an et de la Sunnah vont même à son encontre.

`Eid Al-Adha a été établi en Islam lors de la 2éme année de la Hijra et le premier Hajj dans le calendrier islamique fut performé lors de la 9éme année de la Hijra. Cela nous indique donc que durant sept années les compagnons (qu’Allah les agrée) célébraient `Eid et sacrifiaient leurs animaux alors même que le Hajj n’était encore initié. Si le jour de `Eid était, comme certains le pensent, associé au jour de `Arafah, alors les deux auraient été introduits dans la Shari`ah en même temps. Jamais dans l’histoire de l’Islam aucun pays musulman n’avait eu pour idée de se conformer à la vision de la lune de l’Arabie Saoudite en partant du principe que `Eid devrait faire suite au jour de `Arafah ; ce n’est que très récemment qu’une telle chose s’est manifestée.

Plus étonnant encore est le fait que le Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) n’a accompli le Hajj qu’une fois après qu’il ait été rendu obligatoire et il ne vécu, après cela, que trois mois. Au cours de cette période la vision de la lune entre Makkah et Madinah était différente (pour plus de détails voir l’appendice en fin).

En résumé, le Hajj et `Eid sont deux choses séparées et distinctes et ont, de surcroît, été introduits en Islam à des périodes différentes.

4. SUIVI DE L’ARABIE SAOUDITE POUR DHUL-HIJJAH UNIQUEMENT

La quatrième opinion est que nous ne suivions l’Arabie Saoudite que pour le mois de Dhul-Hijjah et l’observation locale de la lune pour les onze mois restants.
Les problèmes rencontrés avec cette opinion sont ceux mentionnés précédemment. En outre, cette opinion n’a aucune preuve (dalîl) du Qur’an ou de la Sunnah que certains mois pourraient commencer d’une façon et le reste des mois d’une autre façon. Un autre problème soulevé ici est qu’il est arrivé que le mois de Dhul-Qa`dah s’achève avec 28 jours, ce qui est un clair rejet des ahadith (et cela est d’ailleurs arrivé dans les années précédentes). Les mois islamiques ne peuvent être que de 29 ou 30 jours.

5. L’OBSERVATION LOCALE DE LA LUNE POUR L’ENSEMBLE DES MOIS

La cinquième opinion est le suivi de l’observation locale de la lune exclusivement. Ceci était la méthode prédominante à l’époque du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et elle continua à être l’unique méthode utilisée au cours de l’histoire de l’Islam. Un hadith rapporté par Ibn `Abbas (qu’Allah l’agrée) dans le Sahih de Muslim indique que cette méthode prévalait à l’époque du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et qu’elle faisait partie de ses enseignements aux compagnons (qu’Allah les agrée) :

Kurayb (qu’Allah l’agrée) rapporte qu’Umm Al-Fadhl (qu’Allah l’agrée) l’envoya en mission chez Mu`awiya (qu’Allah l’agrée) au Shâm. Kurayb dit : « Je me rendis au Shâm et j’accomplis la tâche. Je me trouvais toujours au Shâm quand le mois de Ramadan commença et nous vîmes la lune la nuit de vendredi. Lorsque je revins à Madinah à la fin du mois sacré, Ibn `Abbas (qu’Allah l’agrée) m’interrogea au sujet du Shâm. (Après lui avoir répondu) il me demanda à quel moment nous avions vu la lune. Je répondis : Nous vîmes la lune la nuit de jumu`ah. Il demanda : L’as-tu également vu ? Je répondis que oui, je la vis également et nombreux autres la virent et nous jeûnâmes tous, ainsi que Mu`awiya (qu’Allah l’agrée) (comprendre qu’ils jeûnèrent tous conformément à la vision de la lune). Ibn `Abbas dit alors : Mais nous vîmes la lune la nuit de Samedi, dès lors nous maintiendrons trente jours de jeûne à moins de voir la lune au 29éme jour. Je dis : Ne considères-tu pas la vision de la lune par Mu`awiya et son jeûne suffisants pour toi ? Ibn `Abbas répondit : Non, ceci est la manière que le Prophète béni nous enseigna. (Muslim H.1819, Tirmizi H.629, Nasai H.2084, Abu-Dawood H.1985, Musnad Ahmad H.2653 Darqutni H.2234)

Ce hadith est une preuve claire. Lorsque Ibn `Abbas fut informé par la personne, qui elle-même vit la lune, que les gens du Shâm avaient commencé Ramadan un jour plus tôt, il répondit que ce n’était pas uniquement son opinion, mais que c’était également des enseignements du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) que l’on déduisait que l’observation de la lune d’une autre localité n’incombait pas sur eux.

CONCLUSION :

En résumé, des cinq avis énoncés plus haut deux seulement sont en adéquation avec la Shari`ah.

1) Le premier avis est celui selon lequel où que la lune soit vue dans le globe, il incombe à tous les Musulmans de suivre [l’annonce de la vision de la lune]. La seule condition pour cela est que l’on ne se limite pas à l’observation de la lune d’un quelconque pays. Il ne peut, par exemple, être dit que nous n’accepterons l’observation de la lune que d’un pays particulier au détriment des autres. Et cela est indépendant du fait que le pays soit musulman ou non, tant que les témoins sont, eux, musulmans. Mais comme nous l’avons mentionné précédemment, personne n’a, de nos jours, mis cette opinion en pratique et les difficultés de sa mise en pratique ont également été évoquées.

2) Le deuxième avis est le suivi de l’observation locale de la lune. Non seulement ceci est autrement plus simple, mais c’est en vérité même la continuation de la tradition du Prophète béni (paix et bénédictions d’Allah sur lui) et des gens après lui tout au long de l’histoire de l’Islam.

APPENDICE :

Au temps du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui), l’observation de la lune était toujours faite de façon locale et les habitants de Makkah et Madinah avaient leur propre calendrier islamique. L’une des preuves de cela peut être trouvée en analysant la sîrah (vie du Prophète) avec soin.

Lorsque le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) accomplit son premier et unique Hajj le 9 de Dhul-Hijjah c’était un Vendredi. Il quitta ce monde trois mois plus tard à Madinah, le Lundi 12 de Rabi al-Awwal. Ces faits historiques sont établis par les ahadith. Cependant, lorsque l’on essaie de rétablir le calendrier Islamique avec ces données, le 12 de Rabi al-Awwal ne tombe pas un Lundi, quelque soit la façon dont vous essayiez (voir figure 1 et 2)

Le premier calendrier montre le minimum de jours pour ces 3 mois, ce qui ferait tomber le 12 de Rabi Al-Awwal un Jeudi. Le second calendrier montre le maximum de jours pour ces 3 mois, ce qui ferait tomber le 12 de Rabi Al-Awwal un Dimanche.

Toutes les combinaisons de 29 ou 30 jours ne peuvent que tomber entre la limite minimum et maximum, ce qui signifie que le 12 de Rabi Al-Awwal ne peut être qu’entre Jeudi et Dimanche.

Toutefois, le fait que le Messager d’Allah (paix et bénédictions d’Allah sur lui) ait quitté ce monde un Lundi indique simplement que durant ce temps, le calendrier de Makkah était différent du calendrier de Madinah. Ils maintinrent chacun leur propre calendrier basé sur l’observation locale de la lune.

Figure 1 : Basé sur le calendrier Mecquois, si chaque mois était de 29 jours, le 12 de Rabi al-Awwal tomberait un Jeudi.

Dhul-hijjah

V S D L M M J
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16 17 18 19 20 21 22
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Muharram

V S D L M M J
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Safar

V S D L M M J
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Rabi al-Awwal

V S D L M M Jeudi
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6 7 8 9 10 11 12

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Figure 2 : Basé sur le calendrier Mecquois, si chaque mois était de 30 jours, le 12 de Rabi al-Awwal tomberait un Dimanche.

Dhul-hijjah

V S D L M M J
9   10 11 12 13 14 15
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Muharram

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Safar

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Rabi al-Awwal

V S Dimanche  L M M J
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Source : https://faqiraatilaarabbinaa.wordpress.com

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