l’Islamophobie en France séculière

Le troisième volet dans l'étude de l'Islamophobie est le caractère particulier du sécularisme français qu'il faut placer dans les trois contextes suivants :

1— la définition de l'Islamophobie donnée précédement est d'actualité pour la France coloniale et post coloniale. La France intervenant en fer de lance en Libye et en Syrie se sert de l'Islamophobie comme art de gérer les contradictions du monde musulman et ses faux clivages pour conduire, au nom de l'empire et du sionisme, les agressions contre deux pays musulmans.

 

2 — Les creusets civilisationnels de la France, le monde gréco-romain et le monde judéo-chrétien dont la France est la fille ainée. Le monde gréco-romain est fondateur de l'esthétique, de la rhétorique, de la culture contre l'étranger, mais aussi de son incapacité à se hisser à une culture monothéiste par ses traditions polythéistes et athées. Le monde judéo-chrétien est une "monolatrie" qui repose sur l'idée que Dieu lui appartient exclusivement ainsi que son paradis et sa préférence. Tous les autres peuples sont des peuples païens et maudits, que le Juif peut utiliser comme esclave et que le Chrétien doit évangéliser par la force. Le peuple le plus infidèle, aux yeux de la "monolâtrie", est le peuple Musulman qui a par l'Islam mis à nu toutes les falsifications de leur religion et toutes les impostures de leurs docteurs en foi.

 

3 — L'histoire violente fondatrice de la nation française dont les forces d'agression forgent l'imaginaire collectif. La première force maléfique est le jacobinisme d'État qui remplace la monarchie absolue et qui devient sacré par la volonté du peuple contre la prétention de détenir le pouvoir royal par le droit divin. Il est absolument remarquable de constater la singularité de la France d'opérer des mutations symboliques, sémantiques et historiques pour conjurer ses malheurs et surmonter ses contradictions. Le jacobinisme qui est une idée monarchiste et catholique pour l'unité et la souveraineté de la France est devenu l'instrument de la République qui donne légitimité à la violence de l'État et à la confiscation centralisée de tous les pouvoirs détenus par les pouvoirs territoriaux et féodaux.

 

La seconde force maléfique est le rôle de l'Église dans l'inquisition puis l'exploitation des populations en se mettant du côté de la féodalité et de la monarchie, poussant l'idée de révolution et de progrès sur une "religiophobie". Passer de la "religiophobie" à l'Islamophobie est presque naturelle. La troisième force maléfique est la conjugaison des guerres de religion et des persécutions qui n'ont pris fin que par la laïcité qui a permis d'apaiser l'intérieur et de partir unis à la conquête des colonies pour en partager les dividendes.

 

La fin des longues guerres de religion entre catholiques et protestants est synonyme de la fin de la guerre civile qui a divisé un pays alors qu'il était en voie de se fédérer contre les autres nations européennes. La fin de la guerre des religions ne fut pas la domination d'une religion sur une autre, mais le partage du pouvoir régalien sur le peuple et les symboles de puissance et d'autorité entre ceux qui ont instrumentalisé la religion à des fins politiques et économiques. Comme toute guerre qui se fait au nom de Dieu, mais pour des intérêts mondains, les horreurs et les ruines qu'elle laisse dans les champs de bataille et les consciences sont terrifiantes et indélébiles. L'apparition de l'Islam, dans sa forme authentique ou formaliste, est ressentie comme un déchirement de la conscience par la déconstruction de l'imaginaire qui s'est cristallisé sur la négation du religieux dans la sphère publique et privée.

 

Le Musulman renvoie le Français à ses peurs, à ses crises de consciences, à son nihilisme et à son illusion d'avoir remporté la bataille du progrès non contre ses démons, mais contre l'Islam, contre qui l'on a inventé une fausse bataille de Poitiers alors que l'Islam est déjà entré dans l'alternance des civilisations du fait de la décadence de ses adeptes laissant le champ libre à la Renaissance sur ses décombres, mais avec les outils scientifiques, philosophiques et technologiques de la modernité que les Européens ont possédés, adaptés et développés durant le long sommeil des musulmans qui a ouvert la porte aux conquêtes coloniales, à l'évangélisation des peuples et aux guerres coloniales en Asie, en Afrique et en Amérique.

 

Le glissement sémantique opéré par les intégristes de la laïcité, qui est une véritable religion, ayant pris la place du christianisme, devient une arme idéologique et sécuritaire pour ostraciser toute résurgence du fait et de l'idée religieuse qui ont vocation comme l'Islam de témoigner, de revendiquer, de s'opposer à la vassalisation et à la sécularisation. Ce courant extrémiste et dominant dans le monde pédagogique, scientifique, philosophique et médiatique a expurgé la France de toutes ses références religieuses allant jusqu'à nier et cacher le rapport au religieux de Descartes et le rapport à l'Islam de Voltaire. Ce courant tolère l'expérience du bouddhisme qui est perçu comme un ressourcement philosophique, écolo spirituel, identique à l'initiation au haschich, au biologique ou à l'exotisme comme procédés de différenciation apaisant dans une société qui prône l'indifférenciation.

 

L'expérience de proximité avec ou dans l'Islam est automatiquement perçue comme une remise en cause de l'imaginaire collectif qui se trouve sans repères religieux pour dialoguer avec l'Islam. Ce dernier a déjà été habillé par les préjugés coloniaux et l'intégrisme laïciste de l'école de religion violente opposée au progrès, à la rationalité, à la liberté, à la démocratie, à la permissivité, au progrès matériel, à la modernité et au consumérisme qui sont les nouvelles divinités qui ont remplacé celles de Rome et d'Athènes.

 

Omar MAZRI

 

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Catégorie :: Opinions

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