Kadhafi, Libye : La caste elito-vaticane musulmane ou les savants du pouvoir et du « prêche trottoir »

Il est difficile de choisir un vendredi pour aborder le sujet aussi délicat et quelque peu controversé des savants de la communauté musulmane.

En revanche ne pas aborder ce sujet participerait d’une forme de mensonge par omission ou tout du moins d’une omerta ou loi du silence au nom du principe selon lequel « les savants sont les héritiers des prophètes » ou tout autre principe qui ordonnerait selon la lecture et l’interprétation de certains, une révérence aveugle et irraisonnée à toute personne investie d’une quelconque autorité religieuse.

Dire qu’ils seront récompensés de l’effort qu’ils font dans la voie de la recherche et de la propagation ne signifie pas l’immunité et encore moins l’adhésion totale à tous leurs propos quelque soit le respect que l’on pourrait rendre à ces personnes en tant qu’individus ou en hommage au passé souvent noble et courageux de certains d’entre eux notamment le Cheikh Youssouf al Qaradhawi dont les témoignages de prison aux côtés de l’imam al Ghazali marqueront à jamais mon esprit du plus profond respect à son endroit.

Mais la Perfection appartient à Dieu et à Dieu Seul. Et l’histoire regorge d’exemples de nos pieux prédécesseurs certains mêmes  promis par le Prophète Mohammed (Paix et Salut de Dieu sur lui) au paradis  et qui ont reconnu  un jour, s’être trompés sur un jugement qu’ils avaient prononcé (Cf Omar concernant le fait de rendre la dote en cas de divorce, cf. le noble  Prophète Mohammed  lui même lors de la Bataille de Badr et le fait de poser le camp à un endroit non approprié ou l’histoire des  palmiers asséchés du fait de son conseil ….)

Durant le mois pas très lointain de Ramadhan nous fûmes bercés de discours sur le bon comportement du musulman et sur le Pardon.

Et en cette période d’Aïd el Adha on ne manquera pas de nous rappeler avec pudeur et attitude dévote que le musulman même en immolant son mouton prend garde de ne pas montrer le couteau pour ne pas choquer la bête machaallah ! L’Islam du pardon, de la tolérance, de l’hospitalité, de la bonne image…

Et là,  moins de quelques semaines    après ce mois d’ « auguste sainteté », nous assistons à  un revirement pour le moins spectaculaire : la colère, l’emportement, voix graves, profusion de qualificatifs haineux et de sentences meurtrières : « tuez-le », « c’est un fou » « kafir » « livre vert satanique », « son sang est licite » «  c’est un criminel » « un assassin » «  il veut anéantir le peuple » « sayf el islam, épée de l’égarement pré islamique » « bons pour la poubelle » etc.…

Violence et barbarie des mots, postures pathético dramaturgiques déroutantes. Après un mois d’ « anesthésie imanique » où nous en avions presque une auréole qui nous en poussait sur la tête, reconnaissez que le choc est si  terrible que nous en avons le sang glacé.

Où sont tous ces discours de la Miséricorde de Dieu  ? Ou sont les discours sur nos « vilains cœurs pleins de haine et sans rahma à l’égard de nos pauvres voisins », cœurs qu’il nous fallait absolument purifier au risque de sombrer dans les fins fond de l’ardente fournaise des égarés !

La douche est si froide que nous frôlons le choc thermique mortel en espérant que pour certains le choc n’a pas déjà eu lieu.

Les paroles que nous entendons depuis quelques mois ne sont pas à la hauteur de prédicateurs et encore moins de ce que nous attendons comme analyse de la part des savants qui ont une certaines audience.

Je n’aime ni ne déteste Kadhafi puisque c’est de lui dont il s’agit en l’occurrence. Je laisse à Dieu le soin de juger de Ses créatures, Mais Pourquoi vouloir choisir la voie banale de l’approbation générale et de l’opinion communément propagée, au détriment de la voie de la vérité par delà les opinions injectées par les médias et par delà les intérêts politiques ou financiers de certains Etats ou de certaines mosquées ?

La diabolisation aurait-elle  marché même avec nos savants ?

La réaction due à leur rang n’eut-elle pas été de rappeler par exemple le droit du prisonnier en donnant par la même, une leçon cinglante à ceux que nous critiquions il y a peu sur leur façon de traiter les prisonniers notamment à Guantanamo ou même dans les geôles tunisiennes ou égyptiennes, geôles dans lesquelles certains de ces savants ont eux-mêmes séjournés ?

« Ses avions bombardent la population » « il massacre et décime son peuple » « c’est un père qui tue ses enfants » « même les Juifs n´ont pas agi de cette manière »

Les avions, les bombardements, les massacres de masse, ne s’agit-il pas là de « media mensonges » démentis entre autre par la Russie ?

Rappelons que ce sont ces mêmes mensonges qui ont « légitimé » l’intervention de l’OTAN en même  temps que ces propos émanant d’autorités religieuses ont « halalisé »  de façon volontaire ou irresponsable ladite intervention.

Mais l’avis sur lequel il faut s’arrêter, c’est bien sur l’avis du Cheikh Youssouf al Qaradhawi émis le 21 février 2011, car cet avis se présente comme étant une fatwa ou avis juridique et que par là même il a valeur de sentence.

1ère sentence : « Cela fait longtemps qu´il est fou ».

Quels sont les symptômes de cette folie selon  le Cheikh Yousssouf al Qaradhawi ? 

« Parmi les signes de sa folie

  • le fait qu´il ait voulu devenir philosophe, qu´il ait fabriqué quelques théories, à l´instar de Marx et Mao Tsé Toung… Il a inventé la Troisième théorie… 
  • son comportement étrange. Il est devenu la risée de tous les sommets arabes.
  •  Il voyage dans le monde entier affublé de ses vêtements colorés, transportant sa tente sur toute la surface du globe »

Aux vues de ces critères pour le moins simplistes, à combien d’hommes faudrait-il passer la camisole de force ou passer par les armes ?

Il est difficile d’apporter la contradiction à des arguments qui n’en sont pas ou dont le degré étrangement infantile loin de faire sourire jette un voile de tristesse sur nos cœurs qui aimeraient ne pas croire à ce qu’ils lisent espérant se réveiller d’un affreux cauchemar.

Tous ceux qui ont  pris la peine de lire « Le livre vert », savent que la troisième théorie universelle n’est pas une théorie philosophique mais bien une théorie sociale et politique dont le développement argumentatif et explicatif est loin d’être la production d’un dément.

« De nos jours, l’ensemble des régimes politiques est le résultat de la lutte que se livrent les appareils pour parvenir au pouvoir, que cette lutte soit pacifique ou armée, comme la lutte des classes, des sectes, des tribus, des partis ou des individus, elle se solde toujours par le succès d’un appareil , individu, groupe, parti ou classe et par la défaite du peuple, donc la défaite de la démocratie véritable »

« La force motrice de l’histoire humaine est le facteur social, c’est-à-dire le facteur national. Le lien social qui assure la cohésion de chaque groupe humain, de la famille à la tribu et à la nation, est le fondement même de la dynamique de l’histoire. »

« L’éducation obligatoire, standardisée constitue en fait une entreprise d’abrutissement des masses. Tous les états qui déterminent officiellement les matières et les connaissances à enseigner et qui organisent ainsi l’éducation, exercent une contrainte sur les citoyens. Toutes les méthodes d’éducation en vigueur dans le monde devraient être abolies par une révolution culturelle mondiale visant à émanciper l’esprit humain de l’enseignement du fanatisme et de l’orientation autoritaire des goûts, du jugement et de l’intelligence de l’être humain. »

« Le logement est une nécessité pour l’homme et sa famille. Il ne doit appartenir à personne d’autre qu’à lui. Un homme n’est pas libre quant il habite une maison louée »

(Extraits : 4ème édition 2007)

Il y évoque et donne des définitions précises des partis, des classes, du référendum, du socialisme, en apportant un avis, et des critiques dignes d’analyse. Je prends même le risque de dire que « Le livre vert » ouvre des perspectives notamment l’idée des comités et congrès populaires qui gagne à être étudiée de plus près.

Et donc le minimum que nous aurions attendu de nos savants eut été une critique éclairée et éclairante de cet ouvrage plutôt que des opinions de rue qu’ils reprennent à leur compte de façon puérile.

Qu’on ne se méprenne pas sur mes propos et sur l’intérêt que je pourrais porter ou ne pas porter par ailleurs aux théories de ce livre. Il s’agit juste de dire qu’il nous faut désormais combattre ce manque de sérieux et de profondeur liés essentiellement au fait que nous n’allons pas au bout des choses et de l’avis général et convenu.

« Il dit qu’on lui a dit que Kadhafi est fou » alors que nous sommes la communauté de Iqra qui signifie lis !

Tous mes propos ont-ils pour but de prouver que Kadhafi est un saint ?
Il a eu des propos inqualifiables que j’ai moi-même entendu et que je condamne. (J’inviterais en passant les traducteurs de vidéo à plus de prudences car il m’est arrivé d’entendre plus d’une fois des propos traduits de façon à dire le contraire de ce qui était réellement dit).

Nonobstant le fait que je considère cette fatwa comme déplacée dans le contexte qui est le nôtre, à l’époque des « Versets sataniques » de Salman Rushdie, qui a appuyé la fatwa de l’Iran ? Ou alors n’avait-il pas atteint le même degré de satanisme de Kadhafi ?

Auquel cas que nos érudits nous tracent un tableau de cotation avec des sentences pour chaque degré.

Mais au fait dans ce précieux tableau  à quel degré placeraient-ils les Ben Ali, les Assad, les Abdallah, les Fahd ou  un Moubarak qui a même reçu l’appui inconditionnel de certains d’entre eux ?

« Ni parlement, ni Conseil de la Shura , ni parti politique, ni institutions… Il incarne à lui seul les institutions. Il est tout et rien. Il dit : « Je ne suis pas un président. » Alors qu´est-ce que vous êtes ?! Il est tout. » Nous dit le cheikh Qaradhawi dans la suite de son discours.

« C’est une démocratie participative qui se rapproche du modèle suisses, rien à voir avec une dictature et c’est éminemment plus démocratique que des régimes comme ceux que nous avons en France pour la simple et bonne raison que si on se donne un critère de participation populaire aux décisions il y a des systèmes d’assemblée délibérative partout. Et dans le pays sur 3,5 millions d’adultes,  il y a régulièrement, participant au débat politique, aux décisions à prendre, 600 000 personnes qui participent à cela. Alors qu’en France les gens qui participent aux délibérations, c’est à dire en fait les partis politiques et les syndicats, c’est une goutte d’eau dans la population française. Ils ont le droit de dire leur mot en période d’élections et après ils n’ont plus rien à dire (…) Au-delà des conseils municipaux lorsqu’on arrive aux décisions concernant les lois, la politique générale, tout le monde est exclu de ce débat sauf le président de la république et les députés ;

Ce pays est donc beaucoup plus démocratique dans son fonctionnement que le nôtre » 

Il ne s’agit pas des propos d’un idéaliste illuminé mais des propos de Thierry Meyssan qu’il a tenu  le 29 juillet à Tripoli.

Au-delà  des nombreux témoignages relatifs à la déception profonde  que j’aie pu lire sur la toile ; déceptions relatives aux prises de position ou de non position d’ailleurs de ces élites religieuses  aussi bien sur des chaines satellitaires qu’à l’échelle plus modeste de nos mosquées et qui conforteraient ce que je viens d’écrire, je souhaiterais du fond du cœur  me tromper mais la raison, dans un dialogue avec ce cœur tourmenté, vient freiner cet élan émotif pour me rappeler que par delà le cœur il y a ce que l’on appelle une « raison d’état, de palais ou d’intérêt pécuniaire » qui frappe sans relâche et sans pitié et contre laquelle nous devons nous insurger au risque de perdre toute crédibilité devant l’Histoire, devant le sang des opprimés et devant Dieu.

Vendredi 28 octobre 2011

Faouzia Zebdi-Ghorab

Catégorie :: Opinions

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Commentaires (2)

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  1. bernlouby dit :

    merci au Nom de Dieu pour votre courage de dire « que nous n’allons pas au bout des choses et de l’avis général et convenu » et qu’au lieu de juger et condamner selon nos préjugés ou intérêts partisans et ignorants, il y a à LIRE et connaître. Comme vous le soulignez, s’il y a bien une chose importante par laquelle commence le Saint Coran, c’est bien LIS!
    merci pour votre appel à la grandeur de l’être humain, au rétablissement de la vérité sans tutelles, à chacun de nous reprendre la mission inachevé des prophètes libérateurs de l’humanité,
    salam aleikum,
    bernard

  2. Green dit :

    Elle ne s’est pas émue autant lors de l’assassinat du shaykh bin Laden raHimahu Llâh qui lui n’était pas un savant des palais ou un traitre inféodé à l’occident. Mais il est difficile d’avoir une existence politique en France lorsque l’on soutient le shaykh bin Laden raHimahu Llâh alors qu’on peut rallier les adeptes des complots en tout genre, les gauchos ou encore les « anti-otanistes » primaires lorsque l’on défend l’imâm (Guide)Qaddafi. Business is business.
    Bref, c’est une analyse qui se fait à travers d’autres prismes que le prisme islamique. Pour moi, c’est nul.

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