Printemps Arabe : Révolution ou révolte ?

Les débats actuels sur les révoltes arabes sont faussés. Seuls les ennemis internes ou externes du monde Arabe peuvent s’en réjouir que cela participe de l’ordre de la conscience abrutie ou de la conscience cynique et intéressée. Toute question est un prélude à une réponse. En d’autres mots, le choix d’une question est une réponse en soi dans la mesure où ce choix va la conditionner. La question choisie quelles que soient ses formulations est à peu prés la suivante : Le printemps arabe  est-il une révolution ou une révolte ? Libre à chacun de la formuler à sa guise. D’abord je trouve indécent de nommer une tragédie printemps, sauf si on veut nier qu’il n’y a pas eu mort de personnes et même de beaucoup de personnes. Et encore on est loin de la fin. C’est un printemps pour qui ? Ce n’est certainement pas pour les familles qui avaient perdu des êtres chers quels que soient leurs camps. Les révolutions commencent toujours par des révoltes, soit de tout le peuple, soit d’une de ses franges ou fractions. Ces révoltes peuvent ne déboucher sur rien de tangible comme elles peuvent mener à une véritable révolution, c’est-à-dire à un changement plus au moins abouti ou un replâtrage comme c’est souvent le cas.

Une donne qu’on néglige souvent, c’est que tout peuple est soumis à une grande inertie qui peut s’accentuer ou s’alléger  selon les déchirements et  les influences que le traversent, ainsi que  les diverses contraintes auxquelles il peut être soumis. Ce qui explique pourquoi il est facile de le tromper même si ce n’est jamais pour toujours.

Le peuple n’est ni bête, ni intelligent. Son intelligence ou sa bêtise se reflète avec plus moins de concordance à travers ses élites, lorsqu’il arrive à en enfanter,  souvent à la césarienne ou au forceps. Tous ceux qui se réclament du peuple ne sont pas du peuple, ils peuvent n’être que de simples parasites. Le peuple est, à travers la majorité qui le compose, attelé à la tâche de répondre aux nécessités qui le harcèlent. Je vois mal, par exemple un ouvrier qui passe de 8 à 12 h de travail sur une machine dans une usine, rentrer chez lui et commencer à faire de la géostratégie. Ce n’est pas  parce qu’il en serait incapable, mais c’est parce qu’il est assez harassé par sa journée pour pouvoir en faire plus sans parler de toutes les autres formes d’aliénations auxquelles il peut se trouver confronté.

Si les révoltes et les révolutions sont portées par le peuple, il reste que, sans une élite unifiée, alerte et consciente des demandes et des aspirations de ce peuple qu’elle doit inscrire dans des objectifs précis et réalistes, les résultats ne peuvent être que décevants. Il est vrai que cette vision des choses est théorique, et que c’est beaucoup plus complexe dans les faits.  Mais s’il y a débat sur les révoltes arabes, il ne peut porter que sur ce sujet, sinon ça s’appelle détournement, fuite en avant, aveuglement ou contre révolution.

Les perroquets mondialistes et égocentriques nous ressassent à l’unisson que les peuples arabes aspirent à la démocratie, à la dignité et à la justice  et que depuis longtemps des dictateurs sanguinaires les maintenaient soumis. C’est un beau programme en perspective. Les peuples arabes vont être sevrés de leurs dictatures et nourris à la petite cuillère de démocratie et de dignité.  Par-ci, gentil peuple arabe, tiens, avale cette petite cuillerée de démocratie.  Par-là, prends ça, c’est une purée de dignité etc… C’est du mépris à l’état pur.

Moubarak a été la marionnette de qui ? Certainement pas la marionnette du peuple Égyptien. Il l’a seulement enduré faute de mieux jusqu’à ce qu’il explose.

Zine el abidine Benali  a été  la marionnette de qui ? Certainement pas la marionnette du peuple Tunisien. Lui aussi, il l’a enduré faute de mieux jusqu’à ce qu’il explose.

Mais il faut aussi faire attention, la désignation d’un diable n’est pas une solution. Elle est plutôt contre productive et dangereuse. Elle vise à cacher des réalités beaucoup plus importantes, en plus de prendre le peuple pour une meute de chiens à qui il suffit de jeter quelques morceaux de viande pour la calmer. Pour quiconque ayant exercé une responsabilité sur des personnes pour peu qu’il n’ait été dénué de la moindre bribe de conscience,  a du s’apercevoir qu’on finit vite par être entouré et malmené par toute sorte de laudateurs, de mesquins, de tire-au-flanc, de lèche-bottes etc…  Si on n’en prend pas garde, ils finissent par constituer un écran opaque entre nous et la réalité qui nous entoure. Cela peut aller jusqu’à ne rien apercevoir qui ne passe par leur yeux.

Donc rien ne dit que Benali et Moubarak n’aimaient pas leurs peuples ou qu’ils n’avaient pas le sens des responsabilités. Ils se sont laissés piéger par les sirènes de l’occident qui promettent mais ne tiennent pas leurs promesses et par leur entourage qui avec le temps finit par devenir une véritable faune sauvage. Le pouvoir  à une certaine échelle est plus symbolique que réel. S’attaquer au symbole d’un pouvoir et laisser intacte sa réalité ne changera rien au destin d’un peuple. D’ailleurs l’occident l’a bien compris, il joue sur les symboles pour se donner une impression de changement mais ne touchent pas au pouvoir réel qui l’anime. Il l’ajuste quand c’est nécessaire et c’est tout. Tant que cela lui profite et qu’il peut continuer à surfer sur ses contradictions, rien ne le fera ébranler.

L’occident se gargarise de démocratie. Qu’on nous cite un seul pays démocratique parmi tous les pays qui le composent et se vantent d’être des pays démocratiques, mais sans s’arrêter aux façades. Prenons comme exemples le cas de la France, de L’Angleterre et Des États-Unis.

En France, on a un sérail, et on choisit une personne dans ce sérail et tout s’arrête là.

En Angleterre, c’est d’abord un royaume dont on dit que la royauté n’est qu’un symbole. Mais justement, c’est derrière cette royauté que le vrai pouvoir s’exerce, le reste n’est que technique et bureaucratie.

Aux États-Unis, la démocratie est morte avec la mort  des pères fondateurs et a évolué vers un système où tout change pour que rien ne change.

C’est schématique, j’en conviens  mais ce n’est pas loin de la vérité.

« Ce monsieur où veut-il en venir avec sa diatribe ? » Et bien, j’arrive. L’occident n’est pas intéressé par la démocratie dans les pays arabes. C’est ce que les arabes doivent comprendre. Il peut se complaire d’une démocratie formelle uniquement si et seulement si elles ne touchent pas à ses intérêts. On peut convenir que c’est  normal. Mais voilà qu’il ne respecte ni ses propres règles ni les règles des autres. C’est à partir de là que les complications commencent et que les pays arabes doivent réagir en conséquence. Tout est là et rien ailleurs. Comment réagir, là est la problématique du monde Arabe. (Ce point fera l’objet d’un développement à part dans un prochain écrit).

NB. Si je peux m’exprimer en mon nom, je dirai  pourquoi ce n’est jamais moi ou un autre arabe qui intervient au Darfour, au Soudan ou en Lybie  ou partout ailleurs alors que le sort de ces peuples m’interpelle moi aussi et beaucoup plus que d’autres pour différentes raisons pour que cela soit toujours un BHL, un Gorbatchev, un George Clooney , une Angelina jolie et j’en passe.   Ils sont peut-être photogéniques et qu’il n’y a pas d’arabes photogéniques. Mais comme disait mon père : Ce n’est pas parce que tu te considères beau que tu viens me cracher sur le turban. Le sort de l’humanité nous interpelle tous, et il n’est pas une marchandise qu’on peut vendre en louant  les services d’une actrice ou d’un acteur.

Mohamed CHETOUI

Catégorie :: Opinions

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