Bataille de Syrte en Libye, malheur aux vaincus

La question est simple et mérite d’être posée. Existe-t-il de bons civils libyens et des mauvais ? Autre interrogation : en quoi le sort d’un habitant de Syrte – ou de Bani Walid est-il différend de celui de Benghazi ? Pourquoi intervenir pour sauver le second et détourner la tête quand les premiers sont sous le feu de l’artillerie lourde et sous la menace de futurs règlements de compte ?

A y regarder de près, la situation libyenne n’évolue jamais comme on s’y attend et emprunte toujours d’étranges méandres. Rappelons le fait que les rebelles n’ont pas été capables de renverser par eux-mêmes le régime de Kadhafi et que leur cause est devenue soudainement controversée – dans le monde arabe mais aussi en Occident – dès lors que l’Otan est intervenue pour les soutenir. Or, au risque de se répéter, la mission première de l’alliance était de protéger la population civile de Benghazi et des autres villes insurgées. Pourquoi donc ne pas protéger celle de Syrte ? Parce qu’elle appartient au mauvais camp ? A celui des vaincus ? Autrement dit, vae victis… Malheur aux vaincus !

La fin des combats toujours repoussée

Cela fait plusieurs semaines que l’on nous promet la fin des combats en Libye et le retour à un calme qui permettrait à l’ensemble de la population de fêter sa libération. Or, Syrte résiste encore. Les troupes loyales à Kadhafi s’y défendent depuis plusieurs semaines et obligent même les troupes du CNT à reculer. Au beau milieu des affrontements, des civils tentent de survivre. Certains n’ont pas les moyens de quitter la ville tandis que d’autres craignent de le faire par peur de doubles représailles. D’une part, celles des pro-Kadhafi qui ont besoin de boucliers humains et qui verraient dans leur départ une trahison. Et, d’autre part, celles des désormais ex-rebelles mus par un désir de se venger qui se vérifie chaque jour dans les villes libérées. Car la chasse à l’homme et les règlements de compte sont une réalité dans la Libye d’aujourd’hui. Jeudi 13 octobre, Amnesty International (AI) a publié un rapport demandant aux nouvelles autorités libyennes de mettre fin aux détentions arbitraires et à l’usage de la torture pour débusquer les responsables de l’ancien régime. L’ONG va même plus loin puisqu’elle estime que la «nouvelle Libye est ‘’entachée’’ par les atteintes aux droits humains dont sont victimes les prisonniers» ces derniers étant estimés à 2 500 pour Tripoli et Zawiya.

Arrestations arbitraires et tortures

Certes, plusieurs membres du CNT ont appelé leurs combattants à respecter les droits de la personne humaine mais le jugement d’Amnesty international reste sévère.

«Le risque est réel qu’en l’absence de mesures fermes et immédiates, certaines pratiques du passé ne soient remises au goût du jour. Les arrestations arbitraires et la torture ont en effet caractérisé le régime du colonel Kadhafi», relève ainsi un communiqué de l’organisation en citant Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. Et d’ajouter qu’Amnesty international a «bien conscience que les autorités de transition sont confrontées à de nombreux problèmes» tout en estimant que «si elles ne rompent pas clairement avec le passé dès aujourd’hui, elles feront passer le message selon lequel il est toléré dans la nouvelle Libye de traiter les prisonniers de cette manière».

Responsabilité des grandes puissances

Cette critique vaut aussi pour les grandes puissances ayant soutenu le CNT. De la France à la Grande-Bretagne en passant par le Qatar et les Etats-Unis, leur responsabilité est clairement engagée vis-à-vis non seulement des prisonniers mais aussi et surtout vis-à-vis du sort des populations civiles de Syrte, de Bani Walid et des autres localités qui refusent l’allégeance au nouveau pouvoir. Qui peut jurer qu’il n’y aura pas de règlements de compte après la chute de ces villes ? Qui peut jurer qu’une épuration violente ne va pas marquer dans le sang l’histoire de la nouvelle Libye, préparant en cela de futures vengeances ?

Il est étonnant et scandaleux que les capitales occidentales restent muettes à ce sujet. Bien sûr, l’heure est à la course de vitesse pour les futurs contrats puisque les délégations de patrons et d’hommes d’affaires européens se succèdent à Tripoli en un bal obscène qui fleure bon le néocolonialisme. Mais tout de même! On peut faire des affaires et accorder un minimum d’attention au sort de populations civiles qui se retrouvent punies parce qu’elles résident dans la ville favorite de l’ex-Guide. Comment se fait-il qu’aucune initiative diplomatique ne soit apparue pour obtenir une reddition sans effusion de sang ? Pourquoi aucun appel n’a été émis depuis Paris, Londres, Doha ou Washington pour que cessent les combats ?

«Parce que ce n’est pas la logique de cette guerre et parce que le CNT a besoin d’une victoire totale pour asseoir son pouvoir», confie à SlateAfrique un observateur bien placé.

Il est vrai que le nouveau pouvoir libyen est déjà contesté par quelques factions armées dont les islamistes. Il est vrai aussi qu’il n’a toujours pas composé son nouveau gouvernement du fait de la menace que fait peser la résistance kadhafiste. Mais ce genre de situation peut vite mener à de sanglants dérapages. Les membres de l’Otan ont aidé le CNT à gagner «sa» guerre. Ils doivent l’aider à construire la paix civile au plus vite voire exiger cela de lui.

Akram Belkaïd

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Commentaires (1)

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  1. Xuan dit :

    Selon Zengtena, »le directeur général de la TV syrienne El Rai Mishaan Jabouri, a déclaré que dans la journée du samedi 15 octobre, les rebelles du CNT et l’otan ont commis un génocide contre des civils à Syrte. Ils ont exécuté des familles entières, des prisonniers et des blessés, ce qui amène monsieur Mishaan Jabouri, à faire appel à n’importe qu’elle personne ou organisme qui est en relation avec les organisations internationales concernées par les crimes de guerre et les droits de l’homme et de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et de personnalités politiques, institutions religieuses et de l’aide pour essayer d’aller à Syrte et faire cesser ces crimes.
    Il a ajouté encore qu’il fait appel à tous les militants sur le net pour diffuser cette information du génocide contre la population civile à Syrte pour que cette alerte arrive aux institutions internationales et que nous puissions sauver ce qui peut être sauvé de la population de Syrte »….
    La responsabilité de mon pays, qui bombarde encore une ville privée de tout, est inexpiable.

    Mais les vaincus ne sont pas nécessairement ceux qu’on croit.
    A mon sens la guerre est perdue pour l’OTAN sur le plan moral et politique, et elle commence à être perdue sur le plan militaire.

    L’intervention des troupes de Kadhafi en plein Tripoli,investissant plusieurs quartiers, détruisant le siège du CNT, un hélicoptère de l’OTAN…, est absolument passée sous silence ou décrite comme une manifestation d’une vingtaine de personne rapidement maîtrisée.
    Cela doit faire réfléchir.
    Cela signifie déjà que la thèse des « poches de résistance » ne correspond pas aux faits.
    Le CNT a beaucoup menti sur ses victoires « imminentes » et les arrestations ou décès des fils Kadhafi. Mais les vidéos prises sur le vif de ses soldats par la presse occidentale ont montré une armée d’incapables braillards, indisciplinés et tiraillant dans tous les azimuts : de la chair à canon pour l’OTAN.
    Or les bombardements aussi meurtriers soient-ils ne peuvent pas remporter une victoire au sol.
    Le silence dont l’OTAN entoure maintenant la situation militaire laisse deviner qu’elle est très mauvaise pour les pays occidentaux.

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