Affaire Herta-Halal en France, le problème subsiste

Les récentes affaires liées au business halal en France, celles qui gravitent autour de la saucisse de la marque « Herta » , ne redorent pas le blason des politiques françaises en matière de gestion de domaines importants pour  ses citoyens de confession musulmane, qui sont aussi des consommateurs, qui comptent et pèsent de plus en plus dans la balance économique du pays. Des citoyens, des fidèles coupés d’une vraie représentativité, auxquels on impose des structures fantoches dites représentatives, telles les conseils français et régionaux du culte musulman (CFCM, CRCM), laissant perdurer un désordre croissant particulièrement dans les marchés du Halal et du Hajj. Simplement parce qu’il y a pas mal d’intérêts idéologiques, stratégiques et financiers en jeu.

Contrairement à d’autres marchés, celui du halal, comme celui du hajj d’ailleurs, est doté d’une particularité intéressante qui réside en l’existence d’une concurrence volontairement déséquilibrée, injustement établie ou encadrée par l’Etat français, entre les différents acteurs et institutions religieuses, économiques et politiques des marchés du Halal et du Hajj.

Dans les faits, concernant la politique de l’Etat autour du Halal, il s’agit de comprendre pourquoi sont nées ces monopoles de désignation et de formation des sacrificateurs pour l’industrie du halal, monopoles que l’Etat français a accordé, par différents arrêtés ministériels, aux trois mosquées que ce sont celles de Paris, de Lyon puis d’Evry ?

Ces monopoles d’habilitation des sacrificateurs du halal créent mécaniquement une concurrence déloyale et sème la zizanie entre les différents acteurs économiques et « religieux » du marché, favorisent le maintient d’une situation qui rend impossible tout consensus sur les fondamentaux rituels, les référentiels scientifiques et industriels entre les acteurs concernés pour satisfaire une réelle demande des consommateurs de confession musulmane.

Le calendrier électoral du CFCM aidant, chaque  grande  fédération religieuse  composant le conseil français du culte musulman (CFCM) est liée, même par son silence, de près ou loin à ce flou autour du « halal », à cette affaire des saucisses Herta-halal qui a fait du bruit dans les média. Un laboratoire d’analyse, commandé par le site debat-halal.fr,  aurait détecté récemment la présence d’ADN de porc dans un lot produit par les usines du groupe Neslé, propriétaire de la marque « Herta ». Ces saucisses analysées étaient sensée être « halal ». L’organisme certificateur rattaché à la Grande Mosquée de Paris, la SFC-VH, ainsi que Neslé s’en défendent en produisant une contre-analyse réalisée par le laboratoire Genetic-Id. Cependant il persiste une opacité quant aux conditions et à la précision de ces analyses et contre-analyses.

Il est intéressant de constater que le projet de la charte halal, que s’est approprié le CFCM et qui n’a pas été adopté à cause des réserves de l’UOIF, entre autres, est concomitant à ce scandale des saucisses au porc « Herta ». Cette charte visait à encadrer des définitions consensuelles ou majoritaires quant à la conception du halal dans le monde de la consommation et dans les pratiques de l’agro-alimentaire en France.

Cette nouvelle charte était présentée un peu partout  comme le fruit de la volonté des consommateurs musulmans afin d’assainir le marché du halal, de fixer une définition commune du halal et des méthodes d’abattage et contrôles adéquats pour satisfaire les exigences d’un halal plus en phase avec les principes des consommateurs musulmans, évitant aux acteurs de l’agroalimentaire, notamment les industriels, ne connaissant rien au halal de se lancer en toute ignorance dans ce juteux et opaque marché estimé à plus de 5.5 milliards d’euro annuels.

Volonté des consommateurs oui, mais pas seulement. Nous savons que cette charte est le fruit du travail de l’association de contrôle AVS, proche de l’UOIF qui demande depuis des années un privilège identique à celui des trois mosquées habilitées pour délivrer des cartes de sacrificateurs, les former et de se prévaloir de la touche de reconnaissance officielle, rendant ainsi plus facile le commerce « halal » avec l’industrie et la grande distribution.

Alors que la raison voudrait que justement ces privilèges aux 3 grandes mosquées  disparaissent afin de laisser libre concurrence aux structures désirant sincèrement œuvrer et produire de véritables produits et services halal, sur un même pied d’égalité, sans favoritisme étatique.

Non l’UOIF demande la même exception en posant un véto, mais ne s’aventure pas de front sur le terrain de la revendication, de la menace d’un procès à l’Etat pour manquement au principe de laïcité et pour ingérence dans le culte et favoritisme, par exemple.

La création de cette concurrence déloyale peut se comprendre dans une logique où l’Etat opérerait  un contrôle supplémentaire de cette masse musulmane qui ne cesse de grandir, à l’instar du CFCM qui lui a servi aussi de stéthoscope et de scanner pour mieux comprendre les intérieurs des mosquées de France.

Ainsi nous pouvons mieux appréhender le jeu de la concurrence déloyale qui permet d’agir en amont, au niveau des abattoirs. S’il n’y a pas de sacrificateur certifié par une des 3 grandes mosquées pour l’usine productrice de matière première (ovins, bovins, volaille…), nous ne pourront plus parler de « halal ». Pas de sacrificateurs agréés, pas de chaine halal officielle pour ces unités de production. Il reste cependant la confusion entretenue entre le sacrificateur (celui qui abat selon le rite musulman) dont le statut dépendant d’une des 3 grandes mosquées habilitées et le contrôleur qui peut être indépendant (salarié de l’organisme de contrôle) ou salarié de l’entreprise productrice.

La grande Distri vs les petits commerces

Cela fait des années que l’on nous parle de cette mutation du paysage marchant en France. Le monstre de la grande distribution et des industriels, celui des centrales d’achat et des gros volumes, face au monde des petits et moyens commerces qui en pâtissent. Nous connaissons le phénomène c’est pourquoi il faut l’ajouter comme filtre supplémentaire pour mieux comprendre les affaires du faux halal en France.

Pénétrer la grande distribution, nécessite une grande flexibilité, c’est aussi s’engager sur des volumes importants et des coûts de prestation réduits pour l’entreprise certificatrice et/ou l’association religieuse de contrôle. Les trois grandes mosquées jouissant d’un monopole, disposent chacune d’une structure associative exerçant des activités de contrôle dans le marché du halal. D’autres structures de certification et de contrôle existent, évidement elles sont en concurrence. Naturellement celles qui subissent le monopole peuvent se regrouper pour survivre dans le paysage. Ces structures ne définissent pas le halal de la même façon, leurs sources sont hétérogènes et nombreuses. Elles ne sont non plus animées des mêmes volontés, du même sérieux.

La Grande Mosquée de Paris (GMP) via son organisme de certification « SFC-VH », venait de pénétrer la grande distribution avec une certaine longueur d’avance sur ses concurrents. En effet, elle l’avait fait grâce à un partenariat avec le groupe Neslé déjà introduit et régnant en maître dans la grande distribution. Avec le groupe Carrefour également. Ce qui laissait derrière la concurrence et dévoilerait les agressivités contre la GMP.

La concurrence économique et politique de la Grande Mosquée de Paris, à savoir, AVS, le RMF, l’UOIF, la mosquée de Lyon  avec leurs structures certificatrices et de contrôle auraient agit ces dernières semaines, avec l’aide de quelques blogs, pour isoler, dénigrer et casser la Grande Mosquée de Paris. En manquant la plupart du temps et délibérément de dissocier l’institution Mosquée de Paris de cette association certificatrice partenaire qu’est la SFC-VH, impliquée dans la polémique de la saucisse halal au porc.

Il y a eu d’abord le lancement d’une pétition au mois de décembre : « halal en danger » (le site ayant disparu, voici le site archivé par google) , puis le théâtre relatif au mirage de la charte halal qui a permis aux protagonistes de surtout redonner de l’importance au CFCM, alors qu’ il était évident pour ceux qui connaissent un temps soit peu le fonctionnement réel de cette structure « sarkozienne », que la manœuvre serait voué à l’échec. Les méthodes n’étaient pas saines dans cet objectif concerté de faire tomber la GMP.

Pas plus que le résultat de l’affaire du porc dans des saucisses Herta. En effet le problème n’est pas réglé, malgré la mobilisation croissante des consommateurs et des concurrents de la GMP qui n’auraient réussi qu’à briser le partenariat commercial entre Neslé et la GMP, ce qui reste à confirmer. Neslé n’a pas avoué sa faute. En effet il n’est pas raisonnable de penser que ce cas de contamination au porc soit l’unique conséquence de la qualité des services du certificateur ou du contrôleur. La communication de crise et les stratégies adoptées par Neslé et la SFC-VH ont été désastreuses. La GMP aurait du se retourner contre Neslé pour leur demander des comptes, car seul responsable de cet « accident », et pousser Neslé à avouer la faute si faute il y a.

D’autre part, aucune enquête sérieuse n’a été menée dans cette affaire, dans la mesure où presque aucun média musulman n’a pris la peine d’aller toquer à la porte de la GMP afin de mieux comprendre les problèmes, ce qui est la moindre des choses pour bien informer et surtout pour satisfaire à l’éthique islamique dans le cadre du conflit.

Aujourd’hui certains consommateurs musulmans rêvent de voir AVS contrôler Neslé, ce qui nous laisse perplexe à plusieurs égards. C’est un peu comme si la « bonne » réputation d’AVS allait redonner une virginité au grand Neslé, maintenant que les mauvais certificateurs de la GMP se contenteront dorénavant du mépris ou du tombeau.

Dans tous les cas le prochain certificateur de Neslé aura du souci à se faire sur le plan éthique, dans la mesure où Neslé n’a pas avoué qu’il y avait bel et bien du porc dans ses saucisses « halal ».

Catégorie :: Le Halâl et le marché

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Commentaires (6)

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  1. CFCM TV dit :

    Assalam ‘alaykoum,

    Si la Grande Mosquée de Lyon a pu se prévaloir du même privilège que la Grande Mosquée de Paris, à savoir une exclusivité pour la délivrance de cartes de sacrificateurs halal, c’est bien grâce à la Mosquée de Paris qui a tout fait à l’époque auprès des autorités pour que son ennemi d’aujourd’hui, la Mosquée de Lyon, bénéficie du même privilège dans le marché de halal français.

  2. CFCM TV dit :

    Assalam ‘alaykoum,

    Il faut relier la décision qu’à prise l’UOIF concernant sa non participation aux prochaines élections du CFCM (juin 2011), à son désir ardent de décrocher les mêmes privilèges que les mosquée de Paris, d’Evry et de Lyon concernant la certification halal.

  3. Tâlib dit :

    As’salamoualaykoum,

    Le boycott pur et simple d’achat de produits d’appellation « halâl » vendus dans les temples de la sur-consommation capitalistes, devrait être une partie de la solution … Ensuite certains embryons de solutions concrètes sont proposés et mise en pratique, en commençant avant tout par l’instruction / l’éducation de l’éthique alimentaire ainsi que des choix de consommations en l’Islam.

    D’autres éléments d’opinions personnelles sur ce sujet du dit « marché halâl » en France :

    – Halal : on nous prend pour des dindes !
    http://www.al-har.fr/blog/2010/10/12/halal-on-nous-prend-pour-des-dindes/

    – Le sacrifice rituel, seule exigence du halal ?
    http://www.al-har.fr/blog/2010/10/15/le-sacrifice-rituel-seul-exigence-du-halal/

    – Du porc chez les industriels du Halal
    http://www.al-har.fr/blog/2011/01/17/du-porc-chez-les-industriels-du-halal/

    Ainsi que sur le site « QuestionHalal.com » et « Debat-Halal.fr ».

    Was’salamoualaykoum.

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