Avant l’aïd 2010, jaddi Chrif le musulman nous raconte qui est Dajjâl

La sourate 18, Al-Kahf, La Caverne : 4 récits pour une leçon cruciale [intro]

Nous vous servons l’entrée en guise de dessert ( publication précédente : Ramadan 2010, jaddi Chrif raconte sourate Al-Kahf ).

Il nous est agréable et nécessaire de profiter de ce mois béni, afin de faire une plus grande place à la science, au ‘ilm, au savoir authentique dans cet espace, dans ce site d’information.

Nous remercions jaddi Chrif et l’équipe des Editions Avant l’Heure, pour l’immense travail qu’ils fournissent pour le bien de l’humanité et de la communauté musulmane en particulier, équipe que nous savons portée par cette seule éthique : Plaire au Créateur, rechercher Sa Miséricorde Immense et Son Pardon Essentiel.

La sourate 18, Al-Kahf, La Caverne : 4 récits pour une leçon cruciale

Bismillâh

La sourate 18, Al-Kahf, La Caverne, tourne autour de 4 récits avec lesquels Allâh nous donne Ses jugements, Ses enseignements, Ses exhortations : l’histoire des gens de la Caverne, l’histoire du propriétaire des deux jardins, l’histoire de Mûsâ et Al-Khadhir, ‘alayhim-as-salâm, et l’histoire de Dhul Qarnayn. Chacune de ces histoires met en scène une contradiction entre les apparences et les plans d’Allâh et montre combien les apparences ne sont pas fiables et qu’il faut revenir en permanence à l’adoration d’Allâh quelles que soient les difficultés apparentes qu’on rencontre.

Dans son magnifique livre sur l’explication de la sourate Al-Kahf*, le cheykh Abul Hasan An-Nadawiyy, rahimahullâh, a entamé une réflexion spéciale sur cette sourate parce qu’il a été fortement marqué par les hadiths authentiques qui conseillent de la lire. Le Prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, nous a effectivement recommandé de lire la sourate Al-Kahf chaque vendredi pour être protégés du messie Dajjâl, le faux messie qui viendra dans les derniers temps de l’humanité.

Amoureux de cette sourate depuis son plus jeune âge, grâce à sa mère, le cheykh Abul Hasan An-Nadawiyy l’a profondément étudiée par la suite. Dans cet ouvrage, son objectif est de mettre en évidence pourquoi notre prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, a distingué la sourate Al-Kahf d’entre les 114 que compte le Coran pour la relier aux troubles de la fin des temps et au Dajjâl.

Quel trésor contient la sourate Al-Kahf qui lui donne ce statut si spécial et si important d’être à même de protéger, par la grâce d’Allâh, ceux qui la lisent et la comprennent de ces troubles si dramatiques pour l’humain ?

Tout d’abord, il faut comprendre qui est le Dajjâl.

Brièvement, le Dajjâl est mentionné dans des hadiths authentiques qui précisent certains éléments de son aspect physique mais surtout les caractéristiques de sa personnalité et de ses actes. Et le nom qu’on lui donne résume tout cela : le Dajjâl. À lui seul, ce nom nous met en garde contre le danger qui menace chez cet homme, contre ses objectifs, sa da’wâ, ses actes et son comportement. Car le mot  » dajjâl  » signifie en arabe le grand menteur, celui qui dissimule, qui camoufle, qui falsifie, qui trompe. Voilà son nom ! Voilà sa personnalité ! Voilà sa  da’wâ et son objectif. Voilà ce qui le caractérise parmi l’ensemble des gens qui appellent au mal et qui rejettent l’islam. Tous les porte-parole de la mécréance et du désordre possèdent bien sûr ces caractéristiques-là, mais le Dajjâl annoncé va les porter à un niveau jamais atteint jusque-là, avec des méthodes et un pouvoir uniques. Il va les surclasser tous, de loin, en faisant croire que l’eau est le feu et que le feu est l’eau, que la vérité est le faux et que le faux est la vérité, que le paradis est l’enfer et que l’enfer est le paradis, que le futile est important pour être heureux et que l’important est inutile. Il va semer le trouble en mettant tout sens dessus dessous, en faisant croire ce qui n’existe pas et en faisant rejeter ce qui existe réellement. Il va parvenir à tromper les gens dans leur croyance mais aussi dans leurs perceptions sensorielles, leur vue, leur ouïe…

Et c’est justement sur le lien qui existe entre le contenu de la sourate Al-Kahf et la personnalité du Dajjâl que le cheykh An-Nadawiyy s’interroge dans son livre. Il dit au début, dans une sorte d’introduction générale, que les 4 récits n’en sont qu’un en réalité. Ils sont différents, c’est vrai, mais portent le même message, la même morale, traitent du même sujet et donnent le même enseignement : il existe et existera dans l’histoire de l’humanité 2 conceptions différentes de la vie ; les hommes adoptent l’une ou l’autre.

Pour expliquer cela, le cheykh présente un rapide développement sur les règles qui régissent ce qui existe. Ce monde est en effet soumis, dans l’extrême majorité des cas, à des règles naturelles. Les « lois de la nature », comme on les appelle. Elles organisent le monde et régissent son fonctionnement. Ce sont les causes des choses et des événements. Ces causes sont importantes car elles provoquent toujours les mêmes conséquences, et cette régularité permet les prévisions et surtout la compréhension du monde dans lequel on vit. Alors à une cause précise, il existe une conséquence précise. La caractéristique importante de ces causes et ses lois naturelles c’est qu’elles sont visibles, apparentes, concrètes, matérielles. C’est pourquoi tout le monde les reconnaît. C’est par exemple le fait de manger qui cause la disparition de la faim, ou le fait que les plaques tectoniques se déplacent qui cause les tremblements de terre. Tout le monde reconnaît ces causes. Mais c’est ensuite que les hommes se divisent en 2 groupes :

  • Certains humains, sans doute une majorité au cours de l’histoire, ne prennent en compte que ces causes naturelles, concrètes, apparentes et ne jurent que par elles. Leur conception de la vie s’arrête à ces causes naturelles, matérielles, perceptibles. Pour eux, ces causes expliquent tout, absolument tout, même la foi ou le besoin de chercher à plaire à un Créateur. Il n’y a rien qu’on ne puisse expliquer ni comprendre car toute chose a une cause naturelle matérielle. Ce qui est sacré pour eux c’est le lien entre les causes et leurs conséquences. Sacré dans le sens où dans leur conception de la vie c’est la seule chose qui ne bouge pas, la seule chose sur laquelle ils peuvent toujours compter, la seule chose qui leur permet de comprendre ce monde et de se sentir en sécurité. La seule chose dont ils ont besoin en définitive. Je compte sur la nourriture car à tous les coups quand je mange je suis rassasié. C’est la nourriture qui explique que je n’ai plus faim. Je n’ai besoin de rien d’autre pour comprendre que je n’ai plus faim. Comme je n’ai besoin de rien d’autre que la tectonique des plaques pour comprendre et expliquer les tremblements de terre et les milliers de morts qu’ils provoquent. Ce sont les vrais responsables. L’effet des causes sur les conséquences va structurer leur vie, leur donne un but, et conditionner leurs espérances et leur désespoir. Si j’ai de la nourriture, je ne crains pas la faim, si je n’en ai pas, je vais tout faire pour en trouver et si je n’ai aucune chance d’en trouver je suis désespéré. Si je n’habite pas sur une faille sismique, je suis en sécurité, sinon, je déménage ou construis un abri anti-sismique. Si je ne peux pas, je suis en danger, la faille va me tuer. Les causes sont sacrées car elles sont nécessaires à la survenue des choses et sont responsables du bonheur et du malheur. On compte sur elles, on les recherche car on recherche leurs effets. Rien ne peut se dresser entre une cause et sa conséquence. Ces gens vont focaliser leur attention sur les causes, et rejeter tout ce qui n’est pas perceptible, tout ce qui n’a pas d’effet perceptible, car ils n’en ont pas besoin pour comprendre et anticiper les choses. C’est cette conception qui amène les hommes à ne compter que sur le concret et le matériel, et uniquement sur ce qu’ils peuvent percevoir, sur l’apparent. Je ne crois qu’en ce que je vois, je n’ai besoin que de ce que je vois. Puis qui les amène à rejeter ce qui n’est pas matériel. Donc à rejeter la vie après la mort car, selon eux, la mort marque la fin du matériel. Et à rejeter la résurrection, fatalement, et tout ce qui aurait une influence sur la vie dans l’Au-delà. En définitive, ils traitent les causes naturelles, matérielles, perceptibles comme des dieux et rejettent toute autre possibilité d’influence sur les choses. Rien d’autre n’a d’influence puisque les lois de la nature expliquent déjà tout. Ils donnent tout au matériel, peuvent mourir pour lui, se mettent à sa disposition dans le sens où ils vont faire ce qu’exige le matériel pour obtenir les choses car le matériel est pour eux la seule possibilité d’atteindre leurs objectifs, et le bonheur, et la seule possibilité d’éviter le malheur. Ils sont convaincus que ce sont les causes matérielles qui donnent et que c’est donc elles qu’il faut vénérer. Et, bien entendu, ils vont prêcher vers cette voie et considérer comme idiot celui qui ne vénère pas les causes.
  • D’autres humains ont une conception des choses radicalement opposée. Pour eux, il existe derrière les causes naturelles, apparentes et matérielles une cause invisible que l’on ne peut pas percevoir avec les sens, mais seulement avec le cœur et la raison. Cette cause invisible, c’est la Volonté divine qui domine toute chose et s’impose sur ces causes naturelles, sur leur existence et sur leur organisation. C’est la Cause des causes, la Responsable des conséquences. Toutes les causes s’arrêtent et reviennent à Dieu. Elles sont causes parce qu’Il le veut et qu’Il a fait que cela soit le cas. Les causes Lui obéissent et n’agissent pas par elles-mêmes. Elles pourraient n’avoir aucune conséquence s’Il le voulait, ou avoir d’autres conséquences. Il sait ce que nous ne voyons pas, ce que nous ne percevons pas, ce que nous ne savons pas. Il connaît la vraie nature de ce que nous percevons : Je crois en ce que je vois, bien sûr mais ce que je vois n’explique pas tout. La nourriture me rassasie, c’est vrai, mais ce n’est que parce qu’elle est sous la dépendance de la volonté d’Allâh. Elle joue le rôle qu’Allâh lui a donné. Il existe d’ailleurs des famines qui sont dues au fait que la nourriture, malgré son abondance, ne remplit pas son rôle et ne rassasie plus. Les mouvements des plaques tectoniques causent les tremblements, c’est vrai, mais ce rôle leur a été donné par Allâh et elles ne décident de rien, ni de leurs mouvements, ni du moment et de l’intensité du tremblement, ni de l’endroit exact, ni du nombre et de l’identité des victimes. Car c’est Allâh qui fait et qui défait, qui donne et qui retire, et les causes matérielles n’ont pas ce pouvoir. Elles ne se sont pas créées elles-mêmes. Elles n’ont pas créé leur influence sur les choses elles-mêmes. Quand il n’y avait rien, ni cause ni conséquence, c’est Lui, Allâh, Jalla wa ‘Alâ, qui a fait exister les choses à partir de rien, qui a distribué les rôles de causes et de conséquences à ce qu’Il voulait. Et Il est la cause de tout.

Cette conception-là a une conséquence des plus importantes. Car non seulement elle met les causes naturelles et matérielles sous la dépendance de la volonté du Créateur, mais elle offre en plus un autre système de causes qui influencent ce qui se passe dans le monde, autant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle des peuples, d’une manière plus forte que les causes naturelles matérielles et apparentes. C’est la soumission au créateur, la croyance en Lui, les bonnes actions, le bon comportement, la justice, la bonté, les invocations, en un mot l’adoration. Et tout cela a des conséquences sur tous les domaines de la vie, non seulement spirituels et psychologiques, mais également matériels. Bien entendu, les causes contraires que sont par exemple la mécréance, l’injustice, l’avarice, le désordre, les passions, l’orgueil… produisent les conséquences contraires. La nourriture cause la disparition de la faim comme une bonté de la part d’Allâh, et une nourriture en petite quantité peut suffire par la grâce d’Allâh. Et il est connu dans notre religion qu’il y a un lien entre les épreuves comme les tremblements de terre et les péchés. Ceux qui adoptent cette conception reconnaissent les causes apparentes et cherchent à les provoquer, évidemment, mais c’est la volonté d’Allâh qui explique tout, et c’est la satisfaction d’Allâh qui protège des vrais malheurs.

En conséquence, si l’on s’attache à provoquer les causes de la satisfaction du Créateur, le monde ira mieux et la vie sera plus belle. Allâh nous facilitera les choses, que ce soit par l’intermédiaire des causes naturelles matérielles habituelles ou au contraire en rompant l’ordre naturel des choses, comme Il l’a fait très souvent, par exemple avec les miracles de Ses prophètes. Et cela est facile pour Allâh.

Mais celui qui voudra provoquer les causes inverses, celles de la colère d’Allâh et ne voudra s’appuyer que sur les causes naturelles matérielles et perceptibles quoi qu’il ait à faire pour y parvenir, le monde et ses éléments se ligueront contre lui, et les causes n’auront plus les conséquences attendues – on l’a vu et on le voit encore aujourd’hui, quand Allâh donne la victoire à Ses soldats, peu nombreux et mal armés contre des spécialistes de la guerre – et il ne sera jamais heureux, ni sur Terre, ni dans l’Au-delà. C’est une perte atroce pour lui, et cela est tout aussi facile pour Allâh.

En conclusion, le Dajjâl viendra parmi les hommes pour les tromper sur les causes des situations et des évènements, modifier leur perception et leurs croyances. Il leur dissimulera la vérité sous des apparences concrètes trompeuses. Il cherchera à les convaincre que le chemin le plus sûr pour le bonheur et la félicité est de dominer et maîtriser les causes matérielles et qu’il n’existe rien d’autre que ce que l’on voit, que les choses sont comme on les perçoit par nos sens, pas autrement. Tous ceux qui appellent à abandonner la religion d’Allâh et qui luttent contre elle et contre les croyants partout dans le monde et à toutes les époques utilisent ces stratégies à des degrés moindres avec un pouvoir maléfique moins abouti.

Or, contre tous ceux-là et leurs ambiguïtés néfastes et retorses, la sourate Al-Kahf est tout entière dédiée à l’affrontement entre le matérialisme et l’îmâne, entre l’apparent et l’invisible c’est-à-dire entre ces deux conceptions dont nous venons de parler. Deux conceptions, deux dogmes, deux psychologies, deux philosophies de vie. La lutte entre la foi dans le matériel et la foi dans l’invisible et en Allâh. Et cette sourate dévoile et explique tout ce que ces deux conceptions impliquent en termes de certitudes, d’actions, de comportement, de moralité, ainsi que leur résultat réel pour le bien-être de l’être humain. Elle met en garde enfin contre le fait de s’appuyer uniquement sur les causes naturelles matérielles, le perceptible, l’apparent et de renier l’invisible, et Allâh, ainsi que Sa responsabilité exclusive sur tout ce qui est.

La suite : Ramadan 2010, jaddi Chrif raconte sourate Al-Kahf

* C’est un livre d’observations et d’analyses sur la sourate Al-Kahf et sa nature protectrice, par la grâce d’Allâh, contre les épreuves de la fin des temps, intitulé : As-Sirâ’u bayna-l-îmâni wal mâddiyyah : Ta-ammulâte fî sûrat-il-Kahf, L’Affrontement entre l’îmâne et le matérialisme : observations sur la sourate Al-Kahf.

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