Quick halal : Un catalyseur médiatique du syndrome anti-minarets


Par Kamel Chibout,

Président de la Fédération Régionale de la Grande Mosquée de Paris du grand est.

En ce moment les media parlent de Quick, la chaine de restauration rapide qui expérimente depuis quelques mois dans huit de ses restaurants des produits prétendument halal et par la même occasion retire, pendant ce temps de test, ses matières premières à base de porc de ces huit restaurants pilotes, ce qui n’est pas du goût de certains consommateurs non musulmans amateurs et défenseurs de leur liberté de choix. Ils veulent du bacon !

Marine Le Pen, elle, défenderesse  du modèle assimilationniste, veut de la visibilité médiatique en ce début de campagne régionale, et accompagne ce mouvement de protestation en rajoutant une couche artificielle avec cette prétendue taxe sur le halal que les non musulmans se verraient  imposer. Ceci est un mensonge, un mirage, car il n’existe pas de taxe ni de lien entre l’organisme de certification ou de contrôle, dans ce cas l’association Mosquée d’Evry Couronne, et la chaine de restauration Quick. Cette dernière traite ou a passé contrat avec les abattoirs « Socopa » qui les fournit en viande (halal ou non c’est à vérifier). C’est donc Socopa qui est en lien avec la Mosquée d’Evry qui certifie « halal » une partie de ses viandes.

La mosquée d’Evry, alliée et donneur d’ordres au CFCM, fournirait donc un service à l’abattoir, un service qui n’est pas gratuit et se répercute évidement sur le prix de la viande.

Quick doit donc acheter plus cher sa viande, répercute les coûts sur le prix du sandwich. Ceci s’explique car il y a une différence de cadence importante, entre une chaine d’abattage mécanisée  et une autre d’abatage rituel. Le volume de sortie est forcément plus cher pour le halal dans la logique des industriels, tout comme le casher de Franprix au 240 boulevard Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris.

La mosquée d’Evry s’enrichit grâce aux volumes et au prix plus élevés de la viande halal et non grâce à une taxe. Contrairement à la vraie taxe  cachée, des illuminations de Noël, que tous les citoyens sans distinction doivent payer.

Il faut reposer la question à Marine Le Pen en lui demandant de quelle taxe elle parle ? Elle a du mal comprendre la leçon du papa qui devait lui parler de la fameuse taxe que la Grande Mosquée de Paris percevait sur chaque kilo de viande halal (1 F le Kg) vendu en France, au temps du vizir Charles Pasqua qui leur accorda le privilège, époque où la Grande Mosquée de Paris avait l’exclusivité nationale sur la certification halal.

Aujourd’hui la donne a quelque peu changé, et il n’existe pas de visées autres que commerciales dans cette histoire de Quick Halal. Et la Mosquée d’Evry qui commande le CFCM via son président, le sait bien, soutiendra l’initiative  de Quick et en profitera pour crier à la discrimination aux opposants. Cependant les rivaux de Marine, tels que le maire de Roubaix, René Vandierendonck (PS) utilisent ce trompe l’œil médiatique pour pallier à leur programme politique électoral. Ils font dans de l’islamophobie primaire en jouant avec les sentiments et les ignorances des citoyens concernant la réalité du business halal made in France.

Quick s’est simplement trompé dans sa stratégie, il n’aurait pas du retirer le bacon, sans se poser la question de l’impact sur les consommateurs non-musulmans. Impact sur le plan médiatique également.

La double file aurait dû primer dans la réflexion de Quick et l’assurance de la « halalité » être avérée, celle des processus de fabrication, de la marchandise, des ustensiles et du personnel de cette nouvelle chaine halal, qui vend des produits plus chers que la chaine des partisans du traditionnel non-halal. Quitte  à séparer les chaînes pourquoi ne pas séparer les restaurants ?  Quick aurait pu lancer une enseigne sous un autre nom commercial qui ferait uniquement dans le halal et peut être que c’est ce qui se trame dans leur stratégie.

Aussi Quick a de sérieux concurrents dans ce segment commercial, les snacks « halal » se multiplient : Sophistiqués, où le marketing est de mise, certains gérants de ces snacks halal travaillent avec une éthique : celle de ne pas vouloir flouer le consommateur musulman sur la « halalité » de la marchandise. Beaucoup sont dénigrés, à justes raisons, mais trop peu de fois, sont mis à l’avant, ces jeunes entrepreneurs français musulmans agissant souvent à des échelles de base pour changer la donne, transformer l’opacité du marché halal en vérité palpables et cachetée.

Nous avons pour exemple le « King Halal » de Villeurbane, situé à peine à 200 m d’un des huit Quick pilotes. Un des témoins de l’engouement d’une nouvelle clientèle chez Quick depuis le lancement de son opération.

Il y a donc huit baromètres à l’échelle nationale qui observent les réflexes comportementaux d’une certaine clientèle qui se rue dans des mouvements de foule dès qu’elle entend le mot halal. C’est suffisant pour établir des statistiques de ventes en fonction de la dimension urbaine et psycho-sociale des zones de chalandise.

Ces expériences sociologiques permettent de mesurer aussi l’évolution de « conflits d’idées » sur des sujets pour l’instant, secondaires, tels que le halal, le niqab, le hidjab, le pèlerinage etc… entre les français de confession musulmane et non musulmane. Ces expériences deviennent nécessaires si l’on considère les problèmes d’assimilation des musulmans au modèle européen ou occidental (culturellement parlant) sous l’angle de la démographie. Dans 25 ans il y aura 51 % de musulmans en Allemagne, dans 50 ans probablement autant à l’échelle européenne.

C’est un des nœuds de réflexion de beaucoup de problèmes sociaux, en effet les schémas idéologiques islamiques  s’opposent, fondamentalement, aux schémas mondialistes politico-financiers tels qui se dessinent. C’est un obstacle dont il faut trouver une solution. Selon certains la solution réside dans le choc des civilisations, pour d’autres ils privilégient la transformation de l’intérieur des valeurs et croyances fondamentales de l’islam.

Les peurs de certains sont légitimes car le feu est attisé, un feu médiatique, politique qui est entretenu pour ternir les relations et les sentiments entre musulmans et non musulmans.

Certains prônent la culture de l’abandon que devrait adopter les musulmans, abandonner des valeurs, des préceptes, des vérités de leur histoire, de leur religion pour s’assimiler dans une sorte de compromis civilisationel de la culture française afin de faire obstacle à un ordre mondialisé déjà en place.

D’autres font l’apologie de la liberté de conscience et misent sur la politique de la diplomatie, mettent en avant la prose du dialogue des Civilisations ou des religions.

Puis, d’autres encore envisagent l’accompagnement de leur population d’origine sur les terres de l’ancien Empire Colonial. La politique du culte musulman et ses enjeux politico-économiques à l’échelle européenne est un enjeu important  dans les relations diplomatiques entre la France et les pays du Maghreb (Algérie, Maroc).

Nous y reviendrons dans la partie 2.

A suivre….

Kamel Chibout,

Président de la Fédération Régionale de la Grande Mosquée de Paris du grand est.

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Commentaires (5)

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  1. sceptik dit :

    Certain en font un symbole.

    Les compagnies privées s’adaptent à la réalité que leur clientèle veut souvent de la viande hallal, et est moins souvent choquée de ne pas avoir de bacon. C’est tout.

    Ces débats et cette crispation sur une chose aussi ridicule montre qu’il est grand temps d’élever le débat. Des français pensent n’avoir pas à accepter cette évolution de leur pays. Des politiques leur mentent, soit en niant l’ampleur de l’évolution et les incertitudes qu’elle amène inévitablement, soit en leur faisant croire qu’on peut faire machine arriere.

  2. Tâlib dit :

    As’salamoualaykoum,

    Pathétique opportunisme médiatico-politique que cette pseudo-affaire « Quick » où les islamophobes de tout bord ce servent de leurs boucs émissaires et joker fétiche dissimulant leurs perversités et autres maux politiques … l’Islam et les musulman(e)s.

    Quick ne s’est pas trompé de stratégie (bien au contraire) qui plus est, c’est une entreprise capitaliste ayant compris qu’elle peut se faire un maximum de bénéfices sur l’ignorance de la majorité des musulman(e)s (surtout ceux et celles issues d’une certaine génération de musulman(e), bien américanisé(e)s et aux moeurs de vie bien éloignées de l’Islam). Les commerces capitalistes n’ont pas obligation de se plier à la loi 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat, ils vendent ce qu’ils veulent vendre sauf contre-façon et autres produits interdit par les lois républicaines et laïques. Il n’y a pas encore de loi républicaines imposant un choix de politique commerciale et capitaliste, peut-être est-ce en cours de réflexion (?!)

    Pour que les lect(rices)eurs interressé(e)s puissent s’informer d’avantages, cette affaire cache une autre affaire économico-politique (et pire encore), une guerre de cheptel politique (hypocrite et peu courageuse) entre « Droite / Gauche / FN / Verts / Communisme / … » car le commerce concerné est lié à une autre vraie affaire, celle d’une idéologie politique perverse ayant pour seul (et dernier) ennemi aujourd’hui, l’Islam.

    J’invite les interressé(e)s à fouiller plus loin que cette « affaire buzz », j’invite chacun(e) à rechercher de vraies raisons de dénoncer cette affaire, quelques indices :

    « Nouvel ordre mondial, la Caisse des Depots et des Consignations, Monsieur Albert Frère, Monsieur Nicolas Sarkozy, des millions d’Euros, une politique perverse tirant de nombreux enseignements de la franc maçonnerie, … »

    Article ne faisant que très peu de bruit, mais ne subissant aucune plainte pour diffamation et/ou calomnie :

    Un procureur belge s’intéresse à Frère, l’ami patron de Sarkozy
    http://eco.rue89.com/2009/12/31/un-procureur-belge-sinteresse-a-frere-lami-patron-de-sarkozy-131810

    La CDC envisage une vente de la chaîne de fast-food Quick
    http://www.lesechos.fr/info/finance/reuters_00224975.htm?xtor=RSS-2059

    Que chacun(e) pousse sa recherche personnelle, et prenne conscience des vrais maux et perversités idéologiques dissimulés derrière cette affaire.

    Restant disponible pour toute correction et/ou précision de mes écrits, incha’ALLAH.

    Was’salamoualaykoum.

  3. syloune dit :

    salam
    à mon sens il ne peut pas y avoir de débat: pour qu’un « quick » ou autre fast-food soit hallal il faudrait retirer aussi toutes les boissons contenant de l’alcool, toutes les viandes contenant du porc ou autre matieres animales non hallal. il faudrait aussi que nos freres et soeurs puissent manger dans une atmosphere saine ( sans voir des filles habillées trop court ou trop collant, entendre des grossieretés…..). pour aller encore plus loin je dirais que la majorité des personnes sortent des toilettes sans se laver les mains et donc contaminnent tout ce qu’elles touchent… et donc tout ce que tout le monde touche!! calcul fait: répondez à ma question, s’il vous plait: peut-il vraiment y avoir des restaurants hallal fréquentés par des non-musulmans? je precise que je suis musulmane (depuis trois ans et j’ai découvert l’islam seule donc je ne suis pas parfaite) mais Dieu m’a fait don d’un cerveau pour me rendre compte que si je veux faire certaines choses je commets donc obligatoirement des fautes!!

  4. Tâlib dit :

    As’salamoualaykoum,

    @ Syloune

    Qu’ALLAH Ta’âla facilite votre cheminement, vos efforts, et votre recherche du savoir, Amîne.

    Pour ma part, j’invite tou(te)s les musulman(e)s a ne pas consommer des produits (dit) halal vendu dans des commerces capitalistes, car le marché du halal est un marché n’ayant rien avoir avec le marché capitaliste et pervers. Le marché du halal en France et en Europe doit se créer, s’implanter, et se développer par les musulman(e)s pour les musulman(e)s.

    Restant disponible pour toute correction et/ou précision de mes écrits, incha’ALLAH.

    Was’salamoualaykoum.

  5. syloune dit :

    Tâlib:
    salam,
    un grand merci, je me sens moins seule!
    quand j’essae d’expliquer à un musulman que même si, sur un emballage, il y a la mention « hallal », vu le procédé de fabrication, de vente… ce n’est plus hallal, je me heurte à un mur! à chaque fois on me répond; si c’est écrit c’est hallal! je ne dit pas que je suis parfaite et que je ne mange que du 100% hallal, mais au moins je suis consciente de mes fautes! je pense que même un simple légume (qui à la base est obligatoirement hallal) devient presque haram puisque les bénéfices tirés de cette vente sont simplement ENORMES, ce qui est interdit par l’islam! merci encore, et que Dieu vous protège.

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