L’heure de vérité

Source : www.lefigaro.fr
Antonella Caruso, chercheuse associée à l’Institut Montaigne s’interroge sur cette instance créée dans l’enthousiasme mais qui souffre d’un manque d’autorité, dû notamment à sa dépendance vis-à-vis de l’État français et de certains pays étrangers. Le 8 juin prochain auront lieu les élections au Conseil français du culte musulman.

En annonçant son intention de ne pas participer aux élections qui doivent permettre de renouveler les instances représentatives régionales et nationales du culte musulman le 8 juin, Dalil Boubakeur, l’actuel président du CFCM (Conseil français du culte musulman), par ailleurs responsable de la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (GMP), engage un nouveau rapport de force avec les autres composantes de l’islam français. Mais, il court le risque, ce faisant, d’entacher un peu plus la crédibilité déjà bien fragile de cette institution.

Au-delà des vieilles querelles entre les différentes composantes de la communauté musulmane qui aident à comprendre sa décision, cet énième conflit met en fait en lumière deux éléments importants dans le (dys-)fonctionnement du CFCM : son déficit de représentativité d’une part, son absence d’autorité morale et d’indépendance d’autre part.

Sur le premier point, plusieurs voix se sont fait entendre à juste titre pour dénoncer le caractère byzantin du mode de désignation des instances dirigeantes du CFCM décidé en 2003 dans un consensus fragile mais garanti par les pouvoirs publics français. C’est lui qui a permis à la GMP, stipendiée par l’État algérien, d’obtenir en 2003, puis de conserver en 2005 la présidence du CFCM malgré un résultat électoral qui ne lui a pas été favorable, et au CFCM de faire ses premiers pas. Mais ce consensus a disparu depuis lors, si bien que se pose à nouveau la question du mode de scrutin, lequel est indirect, opaque et repose sur un critère surprenant : c’est la surface des mosquées qui détermine le nombre de délégués qui, à leur tour, désigneront les dirigeants du CFCM. Le résultat : 80 % environ des personnalités qui composent le CFCM n’ont pas été élues par les fidèles. En termes de représentativité,convenons-en, on pourrait faire beaucoup mieux…

À ce déficit patent, s’ajoute le manque cruel d’autorité morale du CFCM. Dans l’enthousiasme général pourl’institutionnalisation de l’islam qui a conduit les individus et les organisations musulmanes à rivaliser pour obtenir influence et prestige au sein du CFCM , un point fondamental a été négligé : la nécessité, pour ce type d’institution, de disposer d’une réelle autorité morale, d’être une référence religieuse incontestable aux yeux des croyants. Le visage qu’a montré jusqu’à présent le CFCM a été davantage celui d’une institution administrative gérée par des bureaucrates, censés organiser le culte mais en réalité plus prompts à se quereller entre eux, qu’une instance apte à s’exprimer au nom des musulmans pratiquants. Ces querelles, il faut le dire, ne sont pas étrangères aux luttes d’influence auxquelles se livrent quelques États du Maghreb et du Moyen-Orient. Or, uneindépendance politique et financière réelle serait nécessaire pour assurer la légitimité du CFCM.

Le scrutin de juin prochain se déroulera sans doute avec les mêmes règles garantissant hélas un CFCM affaibli et discrédité. Mais, une fois l’élection passée, il conviendra de remettre le métier sur l’ouvrage et le CFCM sur la bonne piste. Pour ce faire, trois mesures sont à envisager :

Pour acquérir le caractère représentatif qui lui fait défaut, le mode de scrutin devrait être modifié sur la base du principe «un homme, une voix». Chaque croyant à jour de sa cotisation à l’association culturelle (dont dépend chaque mosquée) pourrait ainsi directement participer à l’élection des délégués qui, à leur tour, éliront les instances dirigeantes du CFCM. Ce système de vote, conforme à la tradition islamique, a été adopté et mis en œuvre avec succès par la communauté musulmane en Autriche.

Pour jouir d’une autorité morale reconnue, le CFCM devrait afficher de façon très visible, dans la composition de ses instances dirigeantes, la présence de savants religieux dont le prestige et l’autorité sont reconnus par les croyants.

Pour assurer son indépendance d’où il tire une partie de sa légitimité , le CFCM devrait se défaire de ses liens de dépendance, politiques et financiers, à l’égard des États (français et étrangers).

À la condition de respecter ces trois recommandations de bon sens, le CFCM pourra devenir enfin la voix légitime des musulmans pratiquants de France, pour le plus grand bien et de la communauté et du pays.

Note du CFCM TV : Lire en complément notre article : Bientôt les élections du CFCM. Que faudrait-il changer ?

Catégorie :: Opinions

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