Bientôt les élections du CFCM. Que faudrait-il changer ?

La superficie totale de la France est 551 000 km². Le nombre d’électeurs inscrits est de 42 millions. Selon la Constitution, seuls 76 électeurs par km² auraient dû voter pour choisir entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal lors de la dernière élection présidentielle. Cela signifie que seul 1 électeur sur 1 000 pouvait participer au choix du président de la République. Chaque électeur aurait été lui-même choisi par le maire de sa ville ou de son village, seul habilité à décider qui peut voter ou non.

Étonnant, n’est-ce pas ? Stupide même, non ?

C’est pourtant bel et bien cette règle qui est appliquée pour choisir les représentants du culte musulman en France.

Décryptage

Tous les conseils régionaux du culte musulman (CRCM) fonctionnent donc selon ce système de scrutin ubuesque. Dans le cadre des CORELEC (Comités Régionaux des Elections) structures provisoires et inefficaces mises en place par les CRCM pour la « préparation » des élections, des fidèles mesurent approximativement, à la louche, sans véritable contrôle, la surface de chaque salle de prière ou de chaque mosquée. Ils obtiennent alors un nombre qui sera décisif pour le scrutin : c’est en effet ce nombre qui va déterminer le nombre de délégués, désignés par le seul président du lieux de culte, et qui pourront participer à l’élection des représentants des instances du culte musulman. Concrètement, plus la surface du lieu de culte est importante, plus les délégués qu’y sont rattachés seront nombreux. Et plus ils pèseront sur le scrutin et le choix des présidents des différents CRCM. Le nombre de délégués électeurs des lieux de culte est défini selon le barème suivant :

Téléchargez le règlement électoral

Superficie utile

(1)

Nombre de délégués

Catégories

1

Jusqu’à 100 m²

1

Salles de prière

2

3

4

5

6

7

8

De 101 à 200 m²

De 201 à 300 m²

De 301 à 400 m²

De 401 à 500 m²

De 501 à 600 m²

De 601 à 700 m²

De 701 à 800 m²

3

4

5

6

7

8

9

Salles de prière

et

mosquées

9

Plus de 800 m²

15

Grandes Mosquées

10

18

Grande Mosquée de Paris

(1) Calcul de la superficie utile : superficie de la ou des salles de prières + 20 % de la superficie des autres locaux effectivement utilisés pour le culte (surface utile). A titre indicatif sont inclus dans la surface utile : les salles d’ablutions, les bibliothèques, les salles de cours de religion musulmane, etc. Sont exclus du calcul : les parkings, les préaux, les cours, les jardins, les escaliers, etc.

(2) Pour les salles de prière des foyers de travailleurs non fermées au public, seule est prise en compte la superficie de la salle de prière.

Comment donc dans ces conditions réussir à mettre en place des structures représentatives ? Nous marchons sur la tête. Ce type de scrutin est non seulement insensé, mais encore injuste et surtout en complet décalage avec la réalité. En Alsace par exemple seules 250 personnes sur plus de 100 000 musulmans peuvent élire leurs « représentants ». Il n’est par ailleurs pas surprenant que les élections des présidents des CRCM soient le théâtre de tension et de manipulation en tout genre : c’est le mode de scrutin même qui le veut.

Pour autant, les solutions ne manquent pas. Permettre une plus juste représentativité est tout à fait possible. Nous en formulerons une.

Proposition de principe

La plupart des lieux de culte musulmans sont en France gérés par des associations dite de « loi 1901 ». De fait, ces associations obéissent à une législation précise et bien déterminée s’agissant des statuts, de la comptabilité, de la fiscalité etc. Elles fonctionnent par ailleurs la plupart du temps grâce aux adhésions de ses membres.

Par conséquent, la cohérence voudrait que ce soit tous les membres adhérents qui élisent leurs représentants et non seulement une poignée d’entre eux. L’enjeu de ces élections qui engagent l’avenir des musulmans de France est bien trop important pour qu’on le laisse à la seule discrétion de quelques-uns.

A cet effet, nous formulerons ci-après deux propositions pour une meilleure prise en compte de la réalité et une représentativité effective et démocratique des instances musulmanes de France.

  • Les membres adhérents des lieux de culte doivent être à jour de leur cotisation pour participer à l’élection de leurs représentants. On peut imaginer par exemple un système triangulaire de paiement des cotisations :
  1. le fidèle qui veut devenir ou qui est déjà membre de l’association qui gère sa mosquée ou sa salle de prière envoie sa cotisation directement au CRCM.
  2. Le CRCM encaisse le paiement, puis le reverse à l’association à laquelle le fidèle est adhérent.

En procédant de la sorte, on s’assure que les listes que possède le CRCM sont à jour, ainsi que les cotisations des adhérents. Il sera en outre possible d’avoir une liste précise des futurs électeurs.

  • Les associations gestionnaires des lieux de culte doivent être irréprochables sur le plan de leur comptabilité. Pour cela nous proposons que chaque année le bilan comptable et financier de l’association soit approuvé par un expert comptable, sans qu’il ne soit possible d’y déroger..

Ces propositions simples permettront de satisfaire le souci de la communauté musulmane d’être véritablement représentée.

Nous nous étonnons que le Conseil français du culte musulman (CFCM) n’est jamais modifié son règlement électoral. Un tel changement s’impose pour asseoir sa légitimité sur une réelle représentativité démocratique. Il faudrait, a minima, expérimenter un autre système de scrutin à l’échelle de 2 ou 3 régions pilotes avant de l’étendre à toute la France.

CRCM ALSACE

Catégorie :: Opinions

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Commentaires (17)

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  1. Driss aghazzaf dit :

    salam
    La démocratie est un droit absolue pour tous.
    Domage le culte de la pérsonnalité réste toujours un problème à vaincre.
    je pense que les présidents des CRSM doivent avoir beaucoups de courage pour accepter une autre façon de revoir leurs éléction.

  2. cfcm tv dit :

    Assalam ‘alaykoum,

    Driss,

    Je ne pense pas que cet état lamentable dans lequel se trouve le CFCM, avec son système de scrutin ahurissant, ne soit dû qu’au culte de la personnalité des « représentants » de cette structure mais plutôt donne l’avantage à certaines fédérations religieuses qui ont pris en otage les lieux de culte musulmans en France. La question qu’il faut se poser est la suivante : à qui profite l’inefficacité du CFCM avec son mode d’élection anti-démocratique ?

    Ce système de scrutin a été discuté et approuvé par la majorité des 18 participants à la consultation de Nainville les roches en décembre 2002.

    Ces 18 participants étaient:
    – Le Centre culturel islamique d’Evry
    – La mosquée de Mantes-la-jolie
    – La grande mosquée de Paris (GMP)
    – La grande mosquée de Lyon
    – La grande mosquée de Marseille
    – Saint-Denis de la Réunion

    – Union des organisations islamiques de France (UOIF)
    – Fédération nationale des musulmans de France (FNMF)
    – Invitation et mission pour la foi et la pratique, Tabligh Daoua il Allah
    – Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles
    – Union turco-islamique d’affaires théologiques en France

    – M. Saada Mamadou Ba
    – M. Soheib Bencheikh
    – Cheikh Khaled Bentounes
    – M. Michel Chodkiewicz, remplacé ensuite par M. Eric Geoffroy
    – Mme Bétoule Fekkar-Lambiotte
    – M. Mohsen Ismail

    Il faut que la majorité silencieuse des musulmans de France, manifeste son désaccord avec cette prise d’otage de la « représentation » du Culte musulman. A notre niveau essayons de diffuser autour de nous la pétition pour la Liberté, la Dignité, et l’Honneur des musulmans en France : http://www.cfcm.tv/petition

  3. Ab_abdallah dit :

    assalamo alykom,
    On ne peux pas comparer les élections présidentielles avec celles du CFCM. Ce sont deux contextes complètement différents. Pour les élections présidentielles tout citoyen a le droit et le devoir ( au moins moral ) de participer aux élections. Pour élire les représentants du culte musulman il s’agit en premier lieu de déterminer ceux qui ont le droit de voter et ceux qui ont le devoir ( au moins moral ) de ne pas voter.
    Ici il ne s’agît pas d’élire les représentants des musulmans de France, mais d’élire les représentants du culte musulman en France. On ne peut pas faire voter un musulman qui ignorent les éléments élémentaires de sa religion et qui n’a pas envie de les connaître, on ne peut faire voter quelqu’un pour qui manger du porc ou du poisson semble quif quif.
    En revanche il est vrai que certains mosquées sont prises en otage par des fédérations ou des individus d’une manière illégitime, ainsi on fait désigner des représentants qui parfois ne fréquent rarement ou jamais les mosquées.

  4. Abdellah dit :

    Vous avez complètement raison M. Souffari, vous voulez mettre mille adhérents dans une petite mosquée de 50 m² , avec cette méthode vous y arriverez à faire mieux que d’y mettre un éléphant, quand celui ci est bien installé on lui appelle sa femelle pour lui tenir companie, et d’un coup de magie on rajoute les adhérentes femmes des adhérents pour que notre mosquée à 50 m² devienne une association à plus de 2000 adhérents !!!
    Soyons un peu raisonnable et clair, en sortant cette proposition des caves de la GMP vous voudriez donner plus de visibilité à des personnes qui ne fréquentent pas les lieux du Culte, ces personnes sont simplement plus nombreux en France que d’autres et plus nombreaux dans les bistrots et les bars que dans les mosquées.
    Soyons encore plus raisonnable M. Soufari, il s’agit bien du culte , trouve nous autre chose pour gérer le culte autre que la préférence nationaliste, fais nous montrer un président du CFCM qui fait ses prières avec ablutions dont la prière du maghreb est non silencieuse, on le suivra volontiers quelque soit sa nationalité.
    M. Soufari, je vous vois un homme sérieux, ne vous laissez pas vous faire instrumentaliser ni par le baron de la GMP ni par le grand mamouchi.

  5. anouar dit :

    Je trouve surtout ahurissant et complètement antidémocratique d’être représenté par un type plus que minoritaire au CFCM.

    Boubakeur n’a rien à faire à la tête du CFCM pas plus que la Mosquée de Paris qui n’a qu’un poids symbolique en France sans aucune commune mesure avec la représentation réelles des gens qui se rendent dans les mosquées en France.

    Pendant tout le temps où Boubakeur a spolié la direction du CFCM, il n’a pas évoqué la « démocratie ». Maintenant qu’il n’a plus d’espoir de s’accrocher contre tout respect des électeurs, il fait du cinéma. Ce n’est pas plus mal que lui et ses semblables soient écartés du CFCM ou qu’ils s’en écartent eux-mêmes.

  6. Samad dit :

    Le CFCM n’a jamais été une organisation représentative de la communauté musulmane de France, encore loin une entité démocratique. Dans une organisation démocratoque on ne désigne pas le bureau et on fait élire le CA par la base. C’est contraire au suffrage universel que Dalil Boubakeur (GMP) n’a pas dénoncé depuis son 1er mandat, idem pour le 2ème, ni Fouad Alaoui (UOIF), ni Mohamed Béchari (FNMF), ni Anouar Kbibech (RMF). Ces leaders mis en place par des pays étarngers avec l’accord des autorités françaises se renvoient les responsabilités pour que chacun d’eux se montre démocratique par rapport à l’autre. Ces personnages clés avec leurs wazirs se faisaient des alliances, se déchiraient entre eux, se dénonçaient, se reconcilients « au nom de la fraternité », qui en fin de compte, la communauté musulmane finit par comprendre qu’ils sont là pour leurs intérêts personnels en se faisant rémunérés (oh combien d’euros ou de dollars) par des pays étrangers. Il clair qu’ils ne travaillent pas fi sabililah. Ce sont des agents de renseignements de certains pays étrangers. Voilà la vérité pour ceux et celles qui veulent l’entendre.
    Il serait temps que la communauté musulmane de France prennent son avenir entre ses mains en appelant à des élections démocratiques de la base jusqu’en haut c’est à dire jusqu’à l’élection du Président du CFCM, aussi changer le mode de scrutin qui reste discriminatoire, aléatoire où des consulats étrangers ont mis des gens qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels en stimulant « daâwa lilah » et que les autorités françaises éffectuent des réformes adéquates pour l’intérêt national en vue de ne pas bâtir le nid des extrémismes qui sont entrain de porter atteinte aux valeurs républicaines.
    Je ne donne qu’une seule preuve à ce que j’avance: ce sont toujours les mêmes personnes qui sont à la tête des CRCM et du CFCM et les négociations des places se font dans les consulats… A vérifier dans chaque région mes dires… Salam à tous

  7. Soufiani salah dit :

    TOUTES LES ORGANISATIONS QUI COMPOSENT LE SOIT DISANAT CONEIL MUSULMAN DU CULTE SONT A EGALITE EN MATIERE D’HYPOCRISIE, DE FRAUDE, DE MENSONGE, DE LÂCHETE, DE CORRUPTION DE DEMAGOGIE ET SURTOUT D’INEFFICACITE TOTALE. NOUS LEUR PROPOSONS L’AUTODISSOLUTION PAR CONSENTEMENT MULTILATERAL ET QUE CHACUN CONTINUE SES MAGOUILLES DANS SA MOSQUEE OU DANS SA FEDERATION SANS DONNER A CES MAGOUILLES HONTEUSES UNE AMPLEUR NATIONALE APPELEE CFCM

  8. LEVY dit :

    KBIBECH, ALAOUI, BECHARI, BOUBAKEUR, laissez la place à des têtes nouvelles comme chez nous les juifs au CRIF

  9. boujaddi dit :

    Bonjour,
    Bien que je partage certaines des remarques, je souhaite apporter une remarque qui me semble essentielle:
    Le CRCM est le conseil représentatif du culte musulman et non le conseil représentatif de la communauté musulmane. Il ne s’agit là pas que d’une question de sémantique mais d’un positionnement républicain. En effet, les musulmans de France sont représentés par leur député, leur maire, leur conseiller général et régional élus au suffrage universel. L’idée du CRCM n’était pas de leur désigner un représentant institutionnel supplémentaire. Il s’agit de représenter le culte et non les pratiquants. Il n’y a dès lors rien de profondément choquant que ce soient les lieux de prières qui aient été désignés comme unité de partage des voies. Par contre, là où je vous rejoins et où je pense que nous pouvons nous améliorer – en tout cas, je fais entière confiance à M.Moussaoui pour entreprendre les réformes nécessaires, il manque un mode de désignation clair, transparent, apaisant et acceptable par tous pour désigner les délégués. Ainsi, il me semble judicieux de procéder à un suffrage indirect. les musulmans, reconnus comme tels, par exemple comme vous le suggérez à l’aide de leur adhésion à une association, seraient les électeurs de ces délégués.
    En résumé, je ne vois pas d’incohérence à attribuer un poids à chaque lieu de culte relatif à son importance, la superficie étant un critère acceptable, mais la désignation des délégués doit être remodelée et être plus démocratique. Enfin, quid des musulmans qui, comme moi n’adhèrent à aucune association ou qui exercent leur culte pour diverses raisons à la maison.

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