Le brûlot de Begag

Bien qu’il ne soit disponible dans les librairies que dans les jours à venir, le dernier livre de Azzouz Begag “Un mouton dans la baignoire”, publié aux éditions Fayard, fait des vagues dans l’Hexagone, à quelques encablures seulement du premier tour de l’élection présidentielle et risque même, selon des observateurs avertis, de parasiter les sondages ou les pronostics si cette livraison n’est pas escamotée médiatiquement.

Les quelques bonnes feuilles livrées par l’hebdomadaire Marianne donnent, en tout cas, le ton sur les relations exécrables qui existaient entre Nicolas Sarkozy et l’auteur de ce brûlot qui fait ainsi des révélations fracassantes sur son départ du gouvernement Villepin tout en montrant au public la face cachée agressive et violente du candidat de l’UMP.

Contrairement à ce que rapportent certains médias bien-pensants plus ou moins proches de l’ex-ministre de l’Intérieur, Begag tient à rappeler que ce départ n’est pas un limogeage ou une révocation, mais bien une démission assumée pour marquer son désaccord total avec le pseudo mais néanmoins dangereux programme d’intégration prôné par Sarkozy. C’est de notoriété publique, Azzouz Begag, solidement attaché à ses principes, n’a jamais accepté de jouer le beur de service depuis qu’il a été choisi pour diriger un ministère qui n’avait en fait aucun impact sur la société malgré son titre pompeux. Ce refus de cautionner une politique-alibi fortement exacerbée pour les besoins de la campagne électorale finit par s’exprimer ouvertement suites aux propos jugés insultants, voire dégradants prononcés par le chef de file de la droite à l’encontre des jeunes des banlieues à majorité issus des communautés immigrées.

Begag ne supportera pas de voir Sarkozy traiter ces jeunes Français à part entière de voyous, de racaille qu’il faut nettoyer au karcher. Sa désapprobation monta d’un cran quand Sarkozy persiste et signe dans une émission télé grand public en ciblant ceux qui égorgent le mouton dans la baignoire, raccourci insidieux pour attaquer la communauté arabe et musulmane.

C’est d’ailleurs cette allusion perfide qui mit à mal tous les musulmans de France qui a inspiré le titre de son livre, aujourd’hui au centre d’une violente polémique qui embarrasse sérieusement Sarko. Au demeurant, si cette publication est pour l’heure mise au silence, c’est dit-on pour éviter que les éclaboussures soient trop compromettantes pour celui qui semble caracoler dans les sondages d’opinion. A la vérité, les révélations de Azzouz Begag sont illustratives de la nature violente de Sarko qui cadre mal avec le visage bienveillant qu’il affiche dans ses sorties publiques.

Les extraits publiés par Marianne sont à ce point sidérants : “Tu es un connard, un déloyal, un salaud. Je vais te casser la gueule…” Ce sont les mots relevant d’un langage ordurier qu’a lancés le chef de file de la droite par téléphone pour exprimer sa colère et pour évidemment le menacer de toutes les représailles possibles s’il venait à aller au bout de son entreprise. Etonnant de la part d’un personnage qui s’est toujours démarqué des voyous, des gens qui manquaient à ses yeux d’éducation et qui, de surcroît, se réclame de la libre expression et de l’exercice de son choix politique. Cette affaire qui fait couler beaucoup d’encre, mais que les grandes chaînes de télévision minimisent pour ne pas gêner aux entournures la marche du candidat de l’UMP, donne un aperçu assez pointu sur le traitement qui est réservé aux Français d’origine émigrée, comme c’est le cas de Azzouz Begag, et dont l’assimilation pleine et entière reste encore aléatoire. Hier cité comme un exemple de réussite de l’intégration normale dans un pays qui se flatte de sa diversité culturelle, le chercheur-écrivain est désormais devenu peu fréquentable avec le rajout de cet adjectif significatif de “franco-algérien” qui n’existait pas dans le lexique avant ce conflit avec Sarkozy.

La plaie, finalement, c’est l’origine, et quoi qu’on dise les politiques de manière générale ont du mal à l’oublier. De là à évoquer l’identité française pour en faire un thème de campagne porteur, il n’y a qu’un pas que des hommes comme Sarkozy n’ont pas hésité un instant à franchir. On attendra de voir, cela dit, si le livre de Begag sera médiatisé comme celui de Henri Besson qui est entré lui aussi en dissidence avec Ségolène Royal, ou pas. Les silences des médias disent souvent plus que l’on en croit. Begag, de son côté, a fait ce qu’il croyait être dans l’intérêt de l’opinion. La transparence, c’est bien, mais il faut savoir la consommer. Pour finir, cette réponse du leader du Front national à une question qui lui a été posée à Europe1 de savoir quelle différence y a-t-il entre lui et Sarkozy : “Nicolas Sarkozy est un candidat qui vient de l’immigration, moi je suis un candidat du terroir”, répond-il. L’origine, ça vous suit partout. On vous le dit.

A. Merad

Catégorie :: Informations & Décryptage

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