Sur la Mosquée de Strasbourg

Bref rappel historique :

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Une délibération municipale, votée sous la houlette de Mme Catherine Trautmann – à l’époque maire de Strasbourg – avait prévu deux projets de construction de mosquée à Strasbourg, à savoir :

– L’une en faveur du projet du CAMS (Coordination des associations musulmanes de Strasbourg), présenté et soutenu par M. Boussouf – majoritairement d’obédience marocaine.

– L’autre, en faveur des français musulmans, présenté et soutenu par le professeur d’université Ali Bouamama.

A la veille des élections municipales de 2002, Mme Keller et M. Grossmann, alors candidats aux postes de dirigeants municipaux de la capitale alsacienne, attaquèrent la délibération que je viens d’évoquer, votée par leurs prédécesseurs.

Ils avaient soutenu tous les arguments développés par M. Harry Lapp, au nom du groupe UDF, lors de son intervention au conseil municipal du 22 mai 2002.

Après avoir donné des arguments juridiques relatifs au Code général des collectivités locales, M. Harry Lapp avait affirmé « ne pas comprendre qu’une affaire aussi complexe par rapport à une situation de concordat soit aussi mal présentée par rapport aux engagements que seraient amenés à prendre la ville. Nous devons établir avec les musulmans une manière de fonctionner car nous aurons des demandes multiples et je ne vois pas comment nous pouvons refuser aux uns et pas aux autres […] ».

Faut-il rappeler que la position de M. Lapp a été soutenue par M. Grossmann, aujourd’hui maire délégué à la C.U.S., et Mme Keller, maire de la ville de Strasbourg ?

Une fois élus, Mme Keller et M. Grossmann ont totalement évincé le projet des français musulmans, oubliant par la même la position de M. Lapp, et optèrent pour le projet CAMS.

Une commission extra-municipale a pourtant été mise en place. Ses membres ont par ailleurs été désignés et choisis par M. Grossmann et Madame Keller. Cette commission a bien travaillé pendant plus d’un trimestre sur cette question.

Aucune de ses demandes de clarification au sujet de la transparence du choix effectué, sans concertation véritable avec les représentants des musulmans d’Alsace, n’a été satisfaite.

Par une décision unilatérale, les dirigeants de la ville de Strasbourg ont accordé leur faveur au projet CAMS et ont écarté le projet des français musulmans.

En effet, ce qui fait problème dans cette affaire c’est que le projet CAMS s’inscrit dans une logique juridique de SCI (société civile immobilière).

Cette SCI, aux contours juridiques floues, est en réalité la personne morale qui agit, dans le cadre de la construction de la mosquée de Strasbourg, sur la base d’un mandat d’intérêt commun que trois (3) ou quatre (4) individus lui aurait confié, pour un prix convenu, aux fins de concrétiser le projet de cette même mosquée et, moyennant une rémunération convenue, à procéder elle-même ou à faire procéder tout ou partie des opérations juridiques, administratives et financières concourant à la réalisation de ladite mosquée de Strasbourg.

Comment la municipalité pourrait-elle affirmer, aujourd’hui, que la mosquée de Strasbourg appartiendra bien à tous les musulmans alors qu’elle a fait acter dans une des ses délibérations la possibilité d’ allouer des subventions et l’octroi de la propriété d’un terrain à une société immobilière de droit privé, instituée par trois (3) ou quatre (4) individus ?

A notre connaissance, malgré des demandes réitérées de plusieurs membres de feu la commission extra-municipale, aucun procès-verbal de réunions de bureaux, de conseil d’administration ou d’assemblées générales, aucun rapport d’activité ni aucun rapport moral n’ont été produits par les responsables de ladite SCI pour motiver les différentes délibérations municipales, relatives à la construction de la mosquée de Strasbourg.

Pire encore, aucun projet financier susceptible de rassurer sur l’origine du financement de cette mosquée n’a été rendu public.

C’est pour toutes ces raisons, qu’en ma qualité de président du conseil régional du culte musulman d’Alsace, j’ai, par écrit, saisi Mme Keller, maire de Strasbourg, et M. Grossmann, maire délégué de la C.U.S., pour obtenir un rendez-vous afin de clarifier « l’affaire » du projet de construction de la mosquée de Strasbourg et de prendre connaissance de l’intégralité du dossier « Construction d’une mosquée à Strasbourg », qui aurait été finalisé par l’association CAMS que la mairie dit déternir mais qu’elle n’a jamais rendu public.

Jusqu’à ce jour, aucune suite n’a été donnée à ma lettre. Plus de trois (3) mois se sont écoulés. Il s’agit assurément d’un mépris politique, jamais manifesté par les principaux dirigeants d’ une autre municipalité française, à l’endroit d’un conseil régional du culte musulman, qu’aujourd’hui toutes les institutions de la République considèrent comme une instance élue et représentative.

CRCM Alsace

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Commentaires (2)

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  1. Bonjour M. Soufari,

    Je suis d’accord avec vous pour considérer qu’il est inadmissible qu’un représentant officiel de l’islam alsacien, et citoyen avant tout, ne reçoive pas de réponse à son courrier.
    On pourrait à la rigueur comprendre qu’un choix difficile entre deux porteurs de projet ait été tranché en faveur des uns et donc pas pour les autres. Mais une fois cette décision prise, il faut que nos élus locaux l’assume y compris avec des conséquences négatives. On ne peut pas leur reprocher de s’être trompé lorsqu’ils avaient parié sur l’avenir. Mais s’ils constatent leurs erreurs, il faut qu’ils aient le courage de les rattraper ; autant que faire se peut.

    Avec tous mes respects
    Mohamed Pascal Hilout
    Initiateur du nouvel islam en France

  2. admin dit :

    Bonsoir,

    Cher Mohamed Pascal Hilout,

    Ce qui est surtout inadmissible ce n’est pas tant le fait qu’on ne réponde pas à mon courrier, mais c’est surtout le fait que ce projet de Mosquée, qui est censé se réaliser pour le bien de l’ensemble des citoyens de confession musulmane, et qui est financé en bonne partie par les deniers publics (près de 1 200 000€), se fait dans une totale opacité et est porté par une société de droit privé réservée à 3 ou 4 indicidus !!!

    Il est aussi de la responsabilité des élus de la municipalité de Strasbourg , du conseil général ,de promouvoir la transparence dans les différentes étapes de la conduite de ce projet.
    Pour moi il s’agit plus d’un projet commercial ou politique que d’un projet « communautaire » au sens noble du terme.

    Salutations

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