Le 17 octobre 1961

Une journée de l’histoire de l’islam en France…

17 octobre 1961 – 17 octobre 2006. Ici on réhabilite la mémoire !

interpelle_1961.jpgOctobre 1961-Octobre2006. 45 années séparent ces deux dates si lointaines et pourtant si proches . car des mémoires n’ont pas pansé leurs plaies ; elles n’ont pas fait le deuil du fait d’une «raison d’Etat» qui, par déni et refus de reconnaissance, a fait le choix de l’oubli et du néant.
Silence sur un événement refoulé qui pose dans toutes ses dimensions les questions de la mémoire, de l’impunité et de la réparation à l’égard d’une population qui, par une nuit d’automne fut l’objet de violences policières avec la complicité des autorités publiques de l’époque.
Paris, Octobre 1961. Alors qu’en Algérie la lutte pour un pays libre et indépendant s’intensifie, les nationalistes algériens décident de délocaliser la guerre en métropole en organisant une série d‘attentats perpétrés sur le sol métropolitain. L’objectif étant d’exiger du pouvoir colonial une solution politique à la question algérienne.

Le 5 octobre 1961, un communiqué du préfet de police Maurice Papon stipule qu’il «est conseillé de la façon la plus pressante aux travailleurs algériens de s’abstenir de circuler la nuit dans les rues de Paris et de la banlieue parisienne, et particulièrement de 20h30 à 5h30 du matin».

17octobre01.jpgEn réaction à ce couvre-feu et afin d’exprimer leur refus de ces mesures restrictives, des Algériens, femmes, hommes et enfants, sortent dans les rues de Paris afin de manifester pacifiquement. Mais, très vite, cette marche qui se voulait pacifique, se transforme en « tragédie : «Humiliations, fouilles, arrestations, violences verbales et physiques. Des corps sont jetés dans la Seine. Interpellations. Des hommes sont conduits au palais des Sports, au parc des Expositions, au stade des Courbetin et au centre d’Identification où ils sont enfermés pendant quatre jours et où certains meurent sous l’effet de la torture.

Des journaux de l’époque témoignent. «Plusieurs centaines de femmes algériennes ont manifesté à Nanterre. Elle ont défilé dans la rue de la République avec leurs enfants dans les bras, scandant : «l’Algérie à nous», écrivait le journal l’Humanité le 21 octobre 1961.

Selon La Croix du 25 octobre 1961, «la répression policière fut d’une violence inouïe. Des milliers d’Algériens parqués comme du bétail au palais des Sports ou au stade de Courbetin, des centaines d’autres matraqués, battus à mort dans des commissariats et dans les centres de tri; «Le 19 octobre 1961, France Soir commente «ils se réfugient dans l’entrée des immeubles. Sept hommes restent sur le trottoir, grièvement blessés. L’un d’eux devait succomber».
Combien de morts dans cette vague de violence ? L’historien Jean Luc Einaudie comptabilise près de 300 victimes. Dans l’introduction de son ouvrage «La Bataille de Paris» (1991), il écrit «après avoir assassiné Akkache Amar, on avait abandonné son corps sans papiers d’identité. Ainsi était-il devenu un «inconnu». Combien d’arrêtés, de violentés, d’assassinés, d’abandonnés ? Ces événements avaient été étouffés puis enfouis dans le silence et l‘oubli», conclut-il.

En Algérie, en 1968 soit six années après l’indépendance, les gouvernants ont proclamé le 17 octobre journée officielle de l’émigration. En France, les événements de la nuit du 17 octobre ont été passés sous silence. Des années ont passé. Et voilà que des souvenirs reviennent à la surface des mémoires, que des questionnements émergent et que, dans la société civile française, des individus expriment le «devoir» de rendre hommage aux victimes revendiquant ainsi une reconnaissance nationale de ces événements tragiques.

L’historien Jean-Luc Einaudie explique que les enfants qui ont vécu cet événement où dont les parents ont été acteurs ou témoins manifestent leur volonté de ressusciter cette nuit enfouie dans la mémoire de l’oubli : «Farid Aïchoune avait 10 ans à l’époque, écrit-il. Le 17 octobre a quitté apparemment sa mémoire. Et puis, un jour, alors qu’il a une vingtaine d’années, il lit quelques lignes sur le sujet. Sa mémoire se réveille. Il interroge sa mère. «En 1979, il publie un article sur le 17 octobre 1961 dans son journal Sans Frontières.

Nacer Kettane consacre un chapitre à cet évenement qu’il intitule Octobre à Paris. Dans les Beurs de la Seine, Mehdi Lalloui évoque l’événement à travers la parole de Farida qui interroge sur les raisons de ce silence : «Pourquoi, n’y-a-t-il pas de traces de tout cela ?, s’écrie-t-elle. Ils n’ont jamais existé… Ce n’étaient que des Algériens. Des indigènes, comme ils appelaient nos parents». En 1984, Didier Daeninckx publie Meurtres pour mémoire dans la série noire de Gallimard. Ce roman qui met en scène les événements et les acteurs de cette nuit est un livre sur «la lâcheté, sur le zèle aveugle et sur l’impunité de ces tragiques auteurs d’un pan de l’histoire de France peu glorieux».

Des films sous forme de documentaires sont également produits. Ainsi, en 1991, à travers Le silence du fleuve, Mehdi Lallaoui revient sur les lieux de cette nuit proposant une rétrospective de ces événements en s‘appuyant sur des témoignages et des archives de l’époque. Son objectif est «d’éclaircir le mystère qui entoure encore la violente répression dont ont fait l’objet les manifestants algériens». En 2001, Philip Brooks et Alan Hayling réalisent un film témoignage intitulé Journée portée disparue, qu’ils construisent sur la base de récits de témoins. Les réalisateurs posent deux questions : «comment de tels événements ont-ils pu se dérouler dans la capitale d’une démocratie occidentale ? Et pourquoi ont-ils été passés sous silence ?». Dans La Nuit noire, 17 octobre 1961, Alain Tasman se lance dans une approche qui reconstitue les événements à travers notamment le regard de plusieurs personnages.

Par ailleurs, les années 1980 1990 ont vu l’émergence d’associations (Au nom de la mémoire, 17 octobre 1961 : contre l’oubli, Africa….) dont l’objectif est de «lutter contre cette amnésie qui a tendance à prendre l’allure d’une dimension nationale» et ce, en organisant chaque année, des rassemblements sur le pont de Saint-Michel et une série d’activités visant à informer, expliquer et sensibiliser l’opinion publique : projection de films, débats, expositions de photos prises par des témoins. Le plus connu étant Elie Kagan dont les clichés qui constituent une source d’informations précieuses, sont conservés par la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC).
Ce geste de reconnaissance à travers la commémoration et la création de lieux mémoire est également le fait d’élus locaux, en l’occurrence les maires des villes de gauche et de tradition ouvrière. Ainsi, en 2001, Le maire de Paris, B. Delanoë a reconnu officiellement le 17 octobre 1961 en inaugurant une plaque commémorative au pont Saint-Michel à la mémoire des manifestants.

En octobre 2005, c’est au tour de la Courneuve et de Saint -Denis, deux villes du département du 93 de rendre hommage aux manifestants en baptisant des rues et en posant des plaques commémoratives. Didier Paillard, maire de Saint-Denis définit cet acte comme «une exigence de justice pour les victimes et pour leurs familles» en précisant «qu’il est vraiment temps de faire entrer la date du 17 octobre 1961, par la grande porte de notre histoire «La ville de la Courneuve a manifesté sa volonté politique de participer à» la bataille contre l’oubli «en s’associant aux organisations locales constituées en collectif et dont l’acte le plus significatif est la réalisation d’un livret à vocation pédagogique. Pour Aïssa Zekkour, président d’Africa, association implantée à la Courneuve et qui, depuis de très longues années, œuvre pour «sortir le 17 octobre 1961 de l’ombre», «ce livret qui a été largement diffusé dans les établissements scolaires a été favorablement accueilli par les enseignants. De plus, il a constitué pour nous, un support pour travailler avec les jeunes la question de la mémoire. Il faut dévoiler aux jeunes un pan de l’histoire que la France a occulté. Il faut dire la vérité et en débattre. C’est par cette approche que nous parviendrons à faire en sorte que l’échange et la communication soient au cœur des comportements humains. A force de commémorer cet événement, poursuit-il, nous avons réussi le rendre public et collectif et à sensibiliser les pouvoirs publics à la question du devoir de mémoire, «qui, à long terme, contribuera à faire valoir, notamment auprès des jeunes générations, des valeurs empreintes de paix, d’amitié entre les peuples algérien et français».

Ces notions d’amitié, de paix et de solidarité sont au cœur de la démarche de M. Everbecq, maire de Bagnolet, ville de tradition ouvrière qui, dès le début du siècle, a accueilli sur son sol des familles algériennes, les soutenant dans leur lutte pour l’indépendance de leur pays. Ainsi, pour commémorer cette date historique, la municipalité s’est associée à l’association des Berbères de Bagnolet. Le 17 octobre 2006, à 18h30, en présence de M. Bensebaa, maire d’Akbou, ville jumelée avec Bagnolet, une place sera baptisée «17 octobre 1961». De plus, une stèle commémorative sera posée «en mémoire de ce massacre trop souvent oublié».

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Pour Brahim Akrour, président de l’association des Berbères de Bagnolet dont la vocation est «d’organiser des activités d’ordre culturel, sportif, social et humanitaire, la commémoration du 17 octobre 1961 s’inscrit dans le cadre d’une lutte contre l’oubli car beaucoup ne savent pas ce qui s’est réellement passé cette nuit là. Et d’ailleurs, —poursuit-il — lorsqu’on évoque cet événement, on pense tout de suite à Charonne. Cela fait trois années que nous commémorons cette date. Mais cette année, c’est particulier puisque nous l’organisons en partenariat avec la municipalité. Et ça, c’est une reconnaissance pour les Algériens et leurs enfants car ici à Bagnolet, il y a beaucoup de familles qui ont participé à cette manifestation. Nous voulons à travers ces commémorations que le souvenir perdure».

Nadia AGSOUS
Source : La nouvelle république

Catégorie :: Opinions

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