Benoit XVI – islam

Par Edmond Michelet, co-fondateur de France-Algérie et fait citoyen d’honneur de la ville d’Alger.

Fallait-il que le président du CFCM réagisse si rapidement et si schématiquement à la conférence du Pape sur « foi et raison » ? A mon avis, sa réaction est plutôt de nature à entretenir l’incompréhension et le ressentiment.

J’ai bien lu cette conférence en allemand et anglais, alors que la traduction française n’est pas encore disponible. Le Pape n’a nullement confondu islamisme et Islam comme le prétend le recteur Boukakeur. Il s’est en revanche livré à un commentaire sur l’Islam en soulignant que celui-ci place Allah dans une transcendance absolue : « Sein Wille ist an keine unserer Kategorien gebunden und sei es die der VERNUNFTIGKEIT ». Est-ce faux ? Allah des musulmans est-il aussi le Dieu du Logos ? Mais si c’était le cas, l’islamisme, c’est-à-dire la subversion idéologique de l’islam, serait-elle possible ? Ou plutôt, puisque les Musulmans ne sont pas les seuls à avoir abusé de la violence, l’islamisme de guerre pourrait-il prospérer sans encourir la condamnation unanime des Musulmans, ce qui est loin d’être le cas ? Est-ce bien la raison qui commande de tuer le plus grand nombre de mécréants pour la plus grande gloire de l’islam comme vient de le redire le N° 2 d’Al Qaida à destination des Français impies qui interdisent le port du voile dans leurs écoles publiques ?

La réaction du recteur de la Mosquée de Paris paraît illustrer cette difficulté qu’ont de nombreux musulmans à s’employer à ce que foi et raison puissent dialoguer et mutuellement s’enrichir. La réflexion du Pape appelle une réflexion sérieuse et approfondie de la part des Musulmans, pas un communiqué de presse qui détourne de la question posée.

Il faut sortir de l’émotionnel et du passionnel. C’est à ce prix que nous pourrrons gagner en respect et en compréhension mutuels. C’est à ce prix que l’islam pourra évoluer dans son approche du monde occidental. C’est à ce prix aussi que les religions retrouveront la place qui leur est due dans notre société qui a trop tendance à les mépriser.

Mon propos peut sembler bien exigeant. Mais c’est parce que la question que pose l’Islam à notre société touche à ses fondements mêmes que nous devons dialoguer sérieusement …

Donc nous attendons mieux que le communiqué du Président Boubakeur.

En toute amitié

Catégorie :: Opinions

Commentaires (3)

Trackback URL | Commentaires Flux RSS

  1. pouzoulet dit :

    Le recteur de la Mosquée de Paris a fort bien parlé d’Averroès au journal de France Inter. Mais, comme l’indique l’encyclopédie universalis, « on ne lui trouve pas de postérité en Islam : persécuté à la fin de sa vie, c’est à des Juifs et à des Chrétiens attachés à conserver et traduire ses oeuvres qu »il doit son influence posthume… »
    Il serait bon, par exemple, que le recteur nous précise l’influence d’Averroès sur le wahhabisme, qui est l’école de l’islam sunnite dont s’inspirent directement les membres d’Al Qaida, notamment ceux d’origine saoudienne.

    Le dialogue islamo-chrétien pour cesser de tourner en rond et de mouliner de bonnes paroles bien dépourvues de suite, doit affronter ce type d’interrogation.
    Que les sages de l’Islam tels que le recteur ne s’y dérobent pas….sous peine d’accroître encore un peu plus l’incompréhension et le rejet que suscite l’islam chez de plus en plus de non-musulmans traumatisés par l’islamisme de guerre.

  2. Auguste YEBOUE dit :

    Le Pape par ces propos, aide le monde musulman à engager en toute vérité, un débat qu’il jusque là évite: si l’islamisme proné par des groupes intégristes comme al quaida n’est pas l’Islam, alors que l’Islam le condane de toute ses forces, partout dans le monde.

  3. Ah si vous saviez !

    Averroès le musulman, n’est pas l’Averroès mécréant que les averroistes latins avaient créé de toute pièce pour contrecarrer l’Eglise.

    L’Averroès des latins séparait foi et raison. Or Averroès le musulman affirmait mordicus que foi et raison ne se contredisaient pas mais « se soutenaient mutuellement comme des soeurs ». Il en était si sûr qu’il a d’ailleurs interdit la publication de toute exégèse qui pourrait démontrer que les sept cieux superposés du coran ne tournaient pas rond lorsqu’on leur applique la physique géocentique d’Aristote, idôle d’Averroès.

    Aujourd’hui, Benoît XVI a la même tentation que les Almohades (du mot tawhid : unicité) du XIIe siècle. Ils avaient engagé Averroès pour étayer leur désir unificateur par le sable. Nous en connaissons les suites logiques : il était devenu tout à fait raisonnable de trucider les mécréants et de convertir les hésitants. Le juif Maimonide, cordouan comme son ami Averroès en sait quelque chose ! Il a du se convertir un moment à Fès avant de pouvoir fuir en Egypte et retrouver enfin sa liberté de conscience.

    Pour sauver notre bonne foi, acceptons ce que Galilée, fossoyeur de la physique aristotélicienne, proposait à l’Eglise : « Dites-nous où va ce monde et laissez nous vous dire comment va le monde ».

    Les amalgames almohades, bénédictins et des « intelligent designers » n’augurent jamais rien de bon. Ils nous annoncent une tentation totalisante dont peuvent naître tous les totalitarismes imaginables.

    Hommes et femmes de bonne foi, restons vigilants !!

Donnez votre avis




If you want a picture to show with your comment, go get a Gravatar.