LIBAN: LE GÉNOCIDE AU QUOTIDIEN

israe12.jpgTu ne tueras point !

«Si nous nous révélons incapables de parvenir à une cohabitation et à des accords honnêtes avec les Arabes, alors nous n’aurons strictement rien appris pendant nos deux mille années de souffrances et mériterons tout ce qui nous arrivera.»
Albert Einstein, lettre à Weismann, le 25 novembre 1929.

Quelques heures après le bombardement par Israël de Cana au Liban sud, qui a vu le massacre de dizaines d’innocents dont de nombreux enfants, et comme demandé par le Premier ministre libanais, Kofi Annan a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité sur le Liban, dimanche 30 juillet. «Nous devons condamner cet acte dans les termes les plus fermes et je vous demande de le faire, a déclaré le secrétaire général des Nations unies lors de la réunion des 15 Etat-membres du Conseil. Je suis profondément consterné de constater que mes précédents appels à une cessation des hostilités n’ont pas été entendus, avec pour résultat que des vies innocentes continuent d’être perdues et que des civils innocents continuent de souffrir. Je répète cet appel une nouvelle fois et je vous demande d’en faire autant». C’est par ces mots où on sent, pour une fois, la révolte d’un homme rompu,pourtant, à l’art de «noyer le poisson» devant l’horreur du massacre de Cana, (52 morts dont 30 enfants) après tant d’autres dans l’histoire d’Israël jalonnée de cadavres des Palestiniens et des Libanais.(1)

La Commission européenne a condamné un acte «horrible» et réitéré son appel à un cessez-le-feu, «dès que possible». De son côté, la ministre des Affaires étrangères britannique, Margaret Beckett, a qualifié «d’effroyable» et de «tragédie pour les familles et le peuple libanais» le bombardement.

L’Organisation de la conférence islamique (OCI), a dénoncé «un crime de guerre» et appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à «agir d’urgence pour adopter une résolution proclamant un cessez-le-feu et amener Israël à stopper son agression». L’OCI prévoit une réunion extraordinaire sur la crise jeudi. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, en visite en Israël, s’est dite «profondément attristée» par la perte de «vies innocentes» à Cana, et à promis de «continuer à faire pression pour que le plus grand soin soit pris durant les opérations militaires afin d’éviter des pertes civiles». «Il est temps de parvenir à un cessez-le-feu, nous devons en instaurer un», «le plus tôt possible», a-t-elle poursuivi devant des journalistes. George W.Bush avait de nouveau refusé, vendredi, d’appeler à un cessez-le-feu immédiat.

La réalité du sionisme

M.Olmert a lui rejeté tout cessez-le-feu immédiat avec le Hezbollah. «Il doit être clair qu’Israël n’est pas pressé d’avoir un cessez-le-feu tant que nous ne serons pas parvenus à une situation nous permettant de dire que nous avons atteint les principaux objectifs que nous nous sommes fixés». Le Hezbollah a prévenu que «ce massacre horrible ne restera pas sans réponse».

La branche militaire du mouvement palestinien Djihad islamique a elle promis de commettre des «attentats suicide» contre Israël «dans les prochains jours». En Iran, le chef des Gardiens de la Révolution islamique a appelé ses troupes à se «préparer à donner la riposte à Israël et aux Etats-Unis», a rapporté l’agence iranienne Fars.Le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki, avait lui demandé à l’ONU de «traduire en justice» les dirigeants israéliens pour «crimes contre l’humanité» après ce bombardement meurtrier.

Voila pour le massacre de Cana qui rappelle à bien des égards un autre massacre le 18 avril 1996, dans la même localité du temps de Shimon Perez, le massacre qui a coûté la vie à 105 Libanais et Libanaises, a coûté son poste au Premier ministre lors des élections, les Arabes israéliens ayant voté contre le Parti travailliste, après la «colombe» ce fut un «faucon» en la personne de Benyamin Netanyahu qui fut élu. On connaît la suite.

Avec une lucidité remarquable, Kathleen Christison, ancienne analyste politique de la CIA pendant 30 ans, rapporte la vraie situation qui prévaut. Ecoutons-la: «Les mots manquent: les termes ordinaires ne sont pas adaptés pour décrire les horreurs perpétrées chaque jour par Israël et perpétrées depuis des années contre les Palestiniens. La tragédie de Ghaza a été décrite des centaines de fois, comme l’ont été celle de 1948, celle de la Qibya, celle de Sabra et Chatila, celle de Jenin, 60 années d’atrocités perpétrées au nom du judaïsme. Mais les oreilles de la majorité des Israéliens, comme celles du monde politique et celles des grands médias étasuniens restent sourdes à ces horreurs» (2).

Mais il est nécessaire de dire maintenant haut et fort ceci: «Ceux qui élaborent et mettent en oeuvre la politique d’Israël ont fait d’Israël un monstre et le moment est venu pour nous tous – tous les Israéliens, tous les Juifs qui autorisent Israël à parler en leur nom, tous les citoyens des Etats-Unis qui ne font rien pour mettre un terme au soutien de leur pays à Israël et à sa politique meurtrière – de reconnaître que nous nous salissons nous-mêmes en continuant de rester passifs lorsqu’ Israël commet ses atrocités contre les Palestiniens.»
Une nation qui érige la prédominance d’une ethnie ou d’une religion sur toutes les autres devient psychologiquement malade. Obsédée narcissiquement par sa propre image, elle doit s’efforcer de maintenir sa supériorité raciale à n’importe quel prix et sera inéluctablement conduite à considérer toute résistance à cette supériorité imaginaire comme une menace contre son existence même. Le projet de l’Allemagne nazie lorsqu’elle cherchait à maintenir une supériorité aryenne mythique est à l’oeuvre aujourd’hui en Israël. «Cette société ne reconnaît plus aucune frontière, ni géographique, ni morale», a écrit l’intellectuel israelien antisioniste Michael Warschawski (2) (3).

«Nous, aux Etats-Unis, nous sommes habitués à la tragédie provoquée par Israël et nous cédons volontiers à la manipulation qui, par quelque ruse de l’imagination, transforme les atrocités israéliennes en exemples de souffrances dont Israël est victime. Mais un commandement militaire qui, la nuit, jette une bombe de 500 livres sur un immeuble résidentiel et tue 14 civils qui dormaient, comme cela s’est passé à Ghaza voici 4 ans, n’est pas une armée qui opère selon les règles du monde civilisé. Un commandement militaire qui, la nuit, jette une bombe de 500 livres sur une maison et tue un homme sa femme et 7 de leurs enfants, comme cela s’est passé à Ghaza voici 4 jours n’est par l’armée d’un d’un pays moral. Une société qui peut considérer comme sans importance et pardonner le meurtre par un officier d’une jeune fille de 13 ans – un des 700 enfants palestiniens tués par les Israéliens depuis le début de l’Intifada – au prétexte qu’elle menaçait des soldats à un poste de contrôle, est une société sans conscience».

Comme l’écrit si bien N.Hirtt, enseignant et auteur de nombreux ouvrages sur l’école: «Aux yeux de nombreux observateurs, la politique actuelle du gouvernement israélien peut sembler parfaitement irrationnelle. Pourquoi courir le risque d’embraser le Liban, alors même que celui-ci se détache petit à petit de la Syrie? Pourquoi attaquer militairement le Hamas, à l’instant précis où ce mouvement s’apprêtait à céder aux pressions internationales et à reconnaître le droit à l’existence» d’Israël? En réalité, ces actes ne sont incompréhensibles que si l’on s’obstine à juger la politique d’Israël à l’aune de son discours officiel, celui qu’il tient sur la scène internationale, affirmant que «nous souhaitons seulement vivre en paix avec nos voisins». Les choses deviennent beaucoup moins obscures lorsqu’on examine la politique de l’Etat israélien à la lumière de sa doctrine fondatrice: le sionisme (4). Quand, vers 1885, des hommes comme Léo Pinsker, Ahad Haam et Theodor Herzl envisagèrent de créer un «foyer national juif» en Palestine, ils furent loin de faire l’unanimité autour d’eux. A vrai dire, la plupart des Juifs refusèrent ce projet. D’abord parce qu’il n’avait aucun sens : il était matériellement impossible d’envisager l’émigration de tous les Juifs du monde vers la Palestine (aujourd’hui encore, l’Etat d’Israël ne réunit qu’une infime portion des Juifs de la planète, même s’il s’arroge le droit de parler en leur nom). D’autre part, la très grande majorité d’entre eux n’avaient aucune envie de quitter le pays où ils étaient nés ; malgré les persécutions et les discriminations, ils se considéraient très justement comme des citoyens de France, de Belgique, des USA, d’Allemagne, de Hongrie ou de Russie. Enfin, beaucoup de Juifs, surtout les intellectuels et les progressistes, s’opposaient radicalement au caractère délibérément raciste et colonialiste du projet sioniste.

Ils ne se reconnaissaient pas dans les propos d’un Ahad Haam quand celui-ci décrétait que «le peuple d’Israël, en tant que peuple supérieur et continuateur moderne du Peuple élu, doit aussi devenir un ordre réel» ; ils ne pouvaient suivre Theodor Herzl quand il disait vouloir «coloniser la Palestine», y créer un Etat Juif et, pour ce faire, «rendre des services à l’Etat impérialiste qui protégera son existence». Même après la guerre et l’Holocauste, des personnalités juives de premier plan, tout en apportant parfois leur soutien matériel et moral aux Juifs qui s’installaient en Palestine, continuèrent de refuser radicalement l’idée d’y créer un Etat juif.

Einstein: «La conscience que j’ai de la nature essentielle du judaïsme se heurte à l’idée d’un État juif doté de frontières, d’une armée, et d’un projet de pouvoir temporel». «Le racisme et le colonialisme israéliens ne tiennent pas à la nature d’une majorité gouvernementale ; ils sont le fondement même d’un Etat qui se définit non par référence à une Nation, mais à une religion et à une ethnie particulières ; un Etat qui affirme, sur base de légendes poussiéreuses, le droit de «son» peuple à l’appropriation exclusive d’une terre pourtant déjà habitée et exploitée par d’autres populations. Quelle terre? Là encore, les textes fondateurs du sionisme éclairent la politique actuelle.

Etat raciste

Lorsqu’il s’adresse en 1897 au gouvernement français, dans l’espoir d’obtenir son appui pour la fondation d’Israël, Herzl écrit: «Le pays que nous nous proposons d’occuper inclura la Basse-Egypte, le sud de la Syrie et la partie méridionale du Liban. Cette position nous rendra maîtres du commerce de l’Inde, de l’Arabie et de l’Afrique de l’Est et du Sud. La France ne peut avoir d’autre désir que de voir la route des Indes et de la Chine occupée par un peuple prêt à la suivre jusqu’à la mort». Après la Première Guerre mondiale et les accords Sykes-Picot, les mêmes promesses seront adressées à l’Angleterre. Et depuis 1945 elles jouissent, comme on sait, de l’oreille très attentive du gouvernement américain. De la Basse-Egypte au Sud-Liban…

Il suffit d’un regard sur les cartes successives du Moyen-Orient, depuis la fondation d’Israël, pour observer avec quelle régularité systématique le plan de Theodor Herzl a été poursuivi. De la Galilée et de la bande côtière de Jaffa, les territoires proposés par le premier plan de partage de Bernadotte en 1948, Israël s’est progressivement étendu vers Jérusalem, la mer Morte, le Neguev, le plateau du Golan au sud de la Syrie ; aujourd’hui elle phagocyte petit à petit la Cisjordanie et Ghaza ; elle convoite même le Sud-Liban. Quand un gouvernement juge que la vie d’un soldat est plus importante que celle de dizaines d’enfants et de civils, au seul prétexte que ce soldat est juif alors que les civils et les enfants sont musulmans, chrétiens ou sans religion, alors l’Etat que représente ce gouvernement est un Etat raciste. Quand des forces armées, dans les territoires qu’elles occupent illégitimement, interdisent aux civils de se déplacer, de puiser l’eau aux puits et aux sources, de labourer leurs champs, de visiter leur famille, de se rendre à l’école ou à leur travail, de circuler d’un village à l’autre, d’amener un enfant malade chez le médecin, tout cela pour l’unique motif que ces civils ne sont pas de confession juive ou de nationalité israélienne, alors cette armée est celle d’un Etat raciste et colonialiste. Dire cela aujourd’hui, en Europe, oser contester les fondements du projet sioniste, c’est risquer de se voir attaquer comme antisémite, voire comme négationiste. Il est temps que cesse cette hypocrisie…

Gommons de la carte du Moyen Orient la frontière honteuse entre Juifs et Arabes. La politique de «deux peuples, deux Etats», la politique du partage de la Palestine sur une base religieuse et ethnique, est une politique d’apartheid qui n’apportera jamais la paix. Revenons à ce qui fut toujours, jusqu’à Oslo, le projet de l’OLP, mais aussi celui d’un grand nombre de Juifs comme, derechef, le grand physicien et humaniste Albert Einstein: «Il serait, à mon avis, plus raisonnable d’arriver à un accord avec les Arabes sur la base d’une vie commune pacifique que de créer un État juif».

En conclusion, ce à quoi nous assistons dépasse en horreur ce à quoi l’Etat théocratique qui se dit appliquer les preceptes de la Bible nous a habitués. Tu ne tueras point est-il dit dans la Bible au premier commandement que Dieu ordonna à Moïse (Que le salut soit sur lui). Tous les jours Israël bafoue le sacré et le profane en toute impunité conforté par des boutefeux, notamment ceux qui dans leur confort et leurs certitudes d’un autre âge, à des milliers de kilomètres, encouragent Israël à persister dans l’horreur en mettant en oeuvre un kherem (extermination). Je veux citer une vidéo de Denis Jeambar, tête à penser de L’Express qui déclare: «Il faut à tout prix qu’Israël gagne la guerre, la dernière guerre d’Israël sera celle qu’elle perdra d’après Ben Gourion le fondateur de l’Etat d’Israël.»

De fait, une défaite d’Israël serait la première victoire du nouveau fascisme, le fascisme à visage islamique qu’incarne le Hezbollah. Cette défaite d’Israël si elle devait survenir serait aussi la première défaite de la seule démocratie existante à l’exception de la démocratie indienne entre la Méditerranée et les rivages du Pacifique. Cette défaite d’Israël signifierait aussi, bien entendu, l’installation du Hezbollah au Liban qui serait le bras armé de l’Iran sur les côtes méditerranéennes.

Pouvons-nous accepter cela? Cette défaite d’Israël serait l’exaltation et le déchaînement d’un Islamisme radical conquérant qui voudrait changer les démocraties, Israël peut-il perdre, la réponse apparaît évidente: Non (5).

Non monsieur Jeambar, il n’y a pas de vainqueur quand on tue des centaines de personnes, il n’y a pas de victoire quand on capitalise la haine avec les voisins avec lequels on doit vivre. Je suis sûr que les mères israéliennes sont aux antipodes des va-t-en guerre de votre genre qui règlent leur compte avec l’Islam par procuration. En d’autres temps, le journal L’Express de Jean-Jacques Schreiber nous avait laissé l’image de l’honnêteté intellectuelle et non le visage de la haine.

1. Annan appelle le Conseil de sécurité à condamner le bombardement de Cana et à appeler au cessez-le-feu. Le Monde.fr | 30.07.06
2. Kathleen Christison: «Atrocités sur la Terre promise». Site Internet Comaguer le 17 Juillet 2006.
3. Michael Warschawski «A tombeau ouvert, la crise de la société israélienne». Edition: La Fabrique. 2004
4. N.Hirtt: Moyen-Orient: le prix de l’apartheid Site internet Millebabords 17 juillet 2006.
5. Denis Jambar Editorial: «Israël doit gagner». L’Express du 28 07 2006

Pr Chems Eddine CHITOUR

Catégorie :: Informations & Décryptage

Donnez votre avis




If you want a picture to show with your comment, go get a Gravatar.